RENE PECQUEUR
1933-2003

Les habitants de Louches — commune rurale du canton d'Ardres dans le Pas-de-Calais — se souviennent tous de leur concitoyen René Pecqueur, décédé à la fin de l'année 2003 : de sa silhouette trapue, de son contact facile, de son élocution lente et de l'intérêt qu'il portait au monde. Mais il était surtout connu pour son jardin insolite. En une dizaine d'années, à force de patience et d'amour, René Pecqueur avait planté autour de sa maison de la petite rue un décor original, aux couleurs chaudes, où se distinguaient des arbres-chandeliers en béton, plastique, céramique et silex. Les troncs étaient puissants, recouverts d'un ciment à l'apparence d'écorce ; les branches supportaient des vasques de fleurs, que Madame Pecqueur arrosait avec attention, et des manèges miniatures à sujets, que les enfants pouvaient faire tourner en toute liberté. Il y avait aussi un moulin, par lequel René Pecqueur avait commencé son œuvre, une volière, où il recueillait les pigeons blessés de la campagne environnante, une chapelle où il aurait aimé que l'on déposât ses cendres...

Mais la notoriété du louchois dépassait largement les bornes de son village. On venait de tout le Nord - Pas-de-Calais, de Paris, de Bruxelles pour admirer le jardin insolite : la presse, la radio et la télévision en avaient parlé, les spécialistes y avaient reconnu une authentique œuvre d'Art brut. L'Art brut a été défini vers 1950 par le peintre Jean Dubuffet (1902 - 1985) : c’est une production spontanée et inventive, échappant aux normes culturelles, réalisée par des spirites ou des malades mentaux ou encore des habitants paysagistes. René Pecqueur relevait de cette troisième catégorie, la plus populaire. Le palais du facteur Cheval à Hauterives est célèbre dans le monde entier ; la maison de Piquassiette à Chartres et le jardin de Robert Tatin à Cosse sont protégés au titre des Monuments historiques ; plus près de nous, l'église de Wirwignes, entièrement décorée par l'abbé Lepoutre, mériterait de l'être.

L'arbre à Chapelles

René Pecqueur n'avait jamais beaucoup quitté sa terre natale, sauf pour travailler sur les chantiers où le menait son métier de conducteur d'engins. Il aimait faire visiter son jardin aux curieux, aux amateurs de patrimoine, aux touristes, plus encore aux scolaires et aux étudiants. Père de trois enfants, il avait été très affecté par le décès de son épouse survenu brutalement en sa présence en 2000 : il ne créait plus, il allait au cimetière de Louches quatre fois par jour... Il s'était suicidé en novembre 2003 et depuis lors le jardin attendait. En août 2004, ce sont des engins mécaniques — de ceux qu'il conduisait autrefois ! — qui ont détruit les arbres-chandeliers, le moulin, la volière, la chapelle. René Pecqueur était mort une seconde fois.

Les autorités et les spécialistes de l'Art brut, avertis des menaces qui pesaient sur le devenir du jardin insolite de Louches, n'ont pas su - hélas — préserver l'œuvre de René Pecqueur. Pourtant, ce sont elles qui se préoccupent d'étendre le musée d'Art moderne de Villeneuve d'Ascq pour y accueillir à grands frais la collection d'Art brut de l’Aracine, elles qui n'ont pas hésité à dépenser des dizaines de milliers d'euros pour acquérir un masque de Pascal - Désiré Maisonneuve — autre créateur d'Art brut -, elles qui ont consacré, «Autour de Lille 2004 », à Carvin en septembre, une exposition «Autour de Jean Dubuffet, l'Art brut». Mais qu'en penserait donc l'inventeur de l'Art brut, dont les liens avec notre région étaient notoires ?

Michel CABAL

Photo extraite de la revue : PAYS DU NORD Avril-mai 2001


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