L'église de Groffliers

Lecture faite par M. Roger RODIÈRE à la séance du 2 juillet 1914
Paru dans le Bulletin de la Société d'Émulation d'Abbeville en 1915

(extrait)I

Groffliers est un village du Ponthieu, voisin de la mer. Jadis faubourg de la vieille commune de Waben, il a partagé les vicissitudes de cette ancienne ville de loi, prospère et populeuse au moyen-âge avec un port florissant sur l'embouchure de l'Authie.
Les guerres anglaises des XIVe et XVe siècles, le changement de lit du fleuve qui coule aujourd'hui à une lieue plus au sud, l'invasion des dunes sablonneuses qui ont enseveli tant de champs fertiles, toutes ces causes réunies ont ruiné Waben et son faubourg. Le voyageur, même averti, a peine à se figurer l'ancien état des lieux .
Dédié à Notre-Dame de Septembre, l'église de Groffliers, seule, garde encore des restes de sa splendeur. Elle était jadis paroissiale et faisait partie du doyenné de Montreuil, au diocèse d'Amiens ; mais, chose étonnante, bien que la cure fût du patronage de l'abbaye de Saint-Josse-sur-Mer, les cartulaires de cette maison n'en font aucune mention avant le XVIIe siècle, alors qu'ils citent l'autel de Waben à chaque page . Il est donc probable que, aux XIIe et XIIIe siècles, l'église de Groffliers dépendait encore de la paroisse de Waben. Le Pouillé d'Amiens, de l'an 1301, mentionne enfin la cure de Grofflies .
Le revenu net de cette cure était de 500 livres en 1728 .
Le plus ancien curé connu de Groffliers est sire Nicole Truffet, en 1561 ; puis viennent Pierre Loqueton, vice-curé en 1575 ; sire Lambert Moynel, vivant en 1590 ; Me Thomas Gaignon, mort vers le 1er juin 1634 et remplacé par Me Martin Paré . Il me serait facile de donner la liste de leurs successeurs, mais ce n'est pas ici le lieu. La cure fut supprimée par le Concordat et annexée à celle de Waben.

Si l'on ne sait rien de l'histoire de la paroisse de Groffliers, à plus forte raison ignore-t-on absolument l'histoire de l'édifice paroissial dans les siècles reculés. Il porte, sur les débris de ces murailles, les marques des calamités qui l'ont accablé. Mais le seul document écrit qui nous en dise quelque chose, est une délibération des mayeurs, échevins et paroissiens, en date du 8 mai 1575. On y voit que " pour la grand ruyne et descouverture advenus à lad église par les grands vents ", il était, " sans rédification et réparation " d'icelle, " impossible de célébrer le service divin quy journellement se y doibt chanter. " Les habitants vendirent deux journaux de terre pour payer les travaux qui durent donc être assez considérables.

Il ne reste cependant dans l'édifice actuel rien qui puisse être daté du XVIe siècle ; les traces de la restauration de 1575 ont donc disparu. D'après un auteur moderne (le texte date de 1914), un raz de marée aurait en 1748, détruit l'église de Groffliers . Bien qu'aucune pièce d'archives n'en fasse foi, ce sinistre n'a rien d'invraisemblable ; le 2 septembre 1859, la marée, rompant le cordon des dunes, est encore entrée dans les terres jusqu'aux premières maisons du village. Par ailleurs, le mur de remplissage qui obstrue aujourd'hui, entre les colonnes, les grandes arcades de la nef ; cet opus tumultuarium, mêlé de pierres, grés, briques, roches accumulées sans ordre et à la hâte, paraît bien remonter au XVIIIe siècle, à en juger par la forme des mesquines fenêtres qui l'ajourent, les unes carrées, les autres en plein cintre.

L'église de Groffliers n'a encore été étudiée qu'une seule fois : par M. Camille Enlart, dans son magistral ouvrage sur les Monuments de l'Architecture Romane dans la Région Picarde .

 

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