Histoire de Waben

Mémoire de la Société des Antiquaires de Picardie.
Monuments religieux de l'architecture Romane et de Transition dans la région Picarde

Waben

Camille Enlart

 

La ville de Waben(1) possédait depuis 1199 une charte de commune ; les seigneurs du lieu et les comtes de Ponthieu y avaient chacun leur château, et le roi de France, un bailliage ; le port de Waben commerçait avec la Normandie, la Flandre et l'Angleterre, lorsqu'après la bataille de Crécy les Anglais mirent la ville à sac : elle ne devait jamais se relever de ce désastre ; le port qui faisait sa richesse se mit, en effet à s'ensabler(2) . Elle végétait encore lorsqu'en 1542 la guerre éclata entre François 1er et Ch arles-Quint. Waben , comme les villages de Groffliers, Berck et Verton, appartenaient au second et se trouvaient enclavés dans les terres du premier : la garnison française de Montreuil s'empara de ces quatre localités, enleva tout ce qui était susceptible d'en être emporté, et brûla le reste.
Les malheureux habitants de Waben et Groffliers ne purent même pas faire parvenir leur demande en modération de taille au Conseil d'Artois qui toutefois la leur accorda en 1545 (1546) (3)
Aujourd'hui Waben n'est plus qu'un village de 350 habitants, distant de 7 kilomètres de la mer.
L'église actuelle paraît avoir toujours été la seule paroisse de Waben(4) .
C'était l'abbé de Saint-Josse qui depuis 1128 présentait à la cure. L'édifice qui existait alors a laissé des traces reconnaissables encore aujourd'hui.
Cette église avait un chœur dont le plan ne pourrait être reconnu que si l'on fouillait le cimetière, un transept surmonté d'une tour, une nef et des bas-côtés sans voûte. La nef seule a été conservée. L'arcade aujourd'hui murée qui la reliait au transept est à triple bandeau d'un tracé légèrement brisé ; des claveaux de pierre calcaire oolithique alternent avec des claveaux de craie dans le bandeau inférieur. De massifs piliers carrés portent cet arc.
Les grandes arcades étaient au nombre de huit ; les deux premières à l'ouest ne dataient que de la fin du XIIe siècle. Toutes sont actuellement murées mais visibles au nord ; la première seule est visible au sud ; la façade occidentale est complètement dénaturée.
Les arcades de la nef sont toutes en plein cintre, portées sur des piliers barlongs rectangulaires. Peut-être ces piliers sont-ils cruciformes ou à colonnes engagées sous les arcades, et les arcades ont-elles un second bandeau ; il est impossible de s'en rendre compte en l'état actuel. Nulle trace d'impostes non plus que des moulures sur les arcades, sauf dans les deux premières arcades où l'on discernait sur l'angle la trace d'un tore et sur un pilier celle d'une imposte en cavet avant de grossières refaçons qui ont eu lieu il y a peu d'années. Le premier pilier conserve encore sur l'angle du côté intérieur une colonnette dont le chapiteau à feuillage semble appartenir aux dernières années du XIIe siècle. Ce pilier devait rappeler ceux de l'église de Beauval(5) . Les piliers plus anciens sont construits en silex jusqu'à moi-hauteur ; tout le reste de la nef est en craie.
De très petites fenêtres en plein cintre surmontaient les arcades. L'appareil est régulier et de petit échantillon ; les joints sont moyens et faits d'excellents mortier.
L'église de Waben date vraisemblablement du début du XIIe siècle, peut-être même du XIe, sauf son extrémité occidentale qui peut-être attribuée a la fin du XIIe siècle.


1/ Archidiaconé de Pnthieu ; doyenné de Montreuil.
2/ Voir sur Waben l'article du Baron Albéric de Calonne dans le Dic. Hist. et Archéologique du Pas-de-Calais, arrond. De Montreuil, Arras 1975, in-8°.
3/ Arch. Nat. I. 1017. Registre des enquêtes faites par ordre du Conseil d'Artois de 1544 à 1546 sur les dommages subis par les paroisses de cette province qui sollicitaient d'être déchargées de la taille en raison de ces désastres. " Pour les manans et habitants de Waben, séant au bailliage de Hesdin, n'a aucune requeste esté a nous présentée a cause des emprinses et empeschemens que leur font journellement les gens du roy de France selon que nous a esté relaté par aucuns sergens de l'élection d'Artois n'y ozant depuis la surprinse de Hesdin faire aucune exécution a cause des menaches que leur font les gens dudict seingeur roy de les mener prisonniers à Hesdin comme ils ont fait aucuns du Conseil d'Artois. "
4/ La ville possédait aussi une léproserie et les deux châteaux avaient leurs chapelles.
5/Sur l'église de Beauval, voir la notice de G. Durand, Mém. De la Soc. Des Ant. De Picardie, in-8°, t. XXXI, 1890.