Histoire

.Berck

1235 Berck (C. de Valloires) - 1301 Berc (Pouillé cité par M. Darsy) - 1311 Berk (Aveu maintenay) - 1476 Bercq (Arch. Nationales) - 1507 Bercq sur mer (Bouthors) - 1587 Berque (Ortelius) - 1632 Bercq (Titres de familles) - 1632 Bricq (Th. géographique) - 1689 Bercq (Pouillé Feydeau)

vue de la plage de Berck en 1854 Dessin de M. Emile Lavezzari Architecte.

Berck-sur-mer (1758) suivant la carte de Cassini

en 1698 : 750 habitants

en 1790 : 902 habitants

en 1879 : 1650 habitants

en 1909 : 10195 habitants

en 1997 : 14730 habitants

Berck viendrait du germain "Birkja" = boulaie (bouleau) la région comportant plusieurs bois de bouleaux

 A 32 kilomètres au sud de Boulogne, à 26 kilomètres au nord de Cayeu, se trouve une plage remarquablement belle, sans galets, sans ruisseaux, et limitée par le cordon de dunes qui borde le territoire de la commune de Berck.
Cette plage qui était encore ignorée il y vingt-ans, jouit maintenant d'une réputation presque universelle, à cause des avantages exceptionnels qu'elle offre pour la santé du jeune âge.

Cette réputation, elle la doit surtout au docteur Perrochaud, dont le nom comptera désormais parmi ceux des plus célèbres médecins qui se sont occupés des maladies de l'enfance.

C'est en 1856 que le savant docteur commença les essais qui devaient être couronnés d'un succès vraiment inespéré. Plusieurs malades mis en pension dans la seule maison qui existait alors sur le sable, furent guéris en quelques mois sous l'action d'un traitement fort simple, et les expériences renouvelées l'année suivante produisaient des résultats analogues. L'Assistance Publique de Paris, à laquelle M. Perrochaud rendait fidèlement compte de ses observations, lui envoya 72 enfants qui ne tardèrent pas à recouvrer la santé.

Le Directeur général, M. Husson, vint alors examiner la plage de Berck ; convaincu des avantages qu'elle offrait pour l'application de l'hydrothérapie marine, il décida la création d'un hôpital provisoire en 1861.

Les bâtiments construits en charpente furent achevés en moins de trois mois et coûtèrent 102 118 francs avec le mobilier. L'assistance publique entretint pendant plusieurs années dans cet établissement cent enfants auxquels M. Perrochaud prodiguait ses soins et qui s'en retournaient presque tous guéris après un séjour moyen de neuf mois.

Les premiers médecins de Paris et notamment les docteurs Berjeron et Marjolin suivaient ces expériences qui furent des plus concluants : du mois de juillet 1861 au mois de décembre 1865, 380 malades se rendirent à Berck ; 234, soit 63 pour cent obtinrent une guérison complète, 93 ressentirent une amélioration notable, 18 moururent ; 35 soit 9 pour 100, n'éprouvèrent aucun changement.

Le 6 mai 1864 l'impératrice Eugénie visita l'hôpital de Berck et peu de temps après on mettait à l'étude le projet d'un établissement beaucoup plus considérable. Le 22 novembre 1866, le préfet de la Seine approuva les plans de M. Emile Lavezzari, le devis était de 2 400 630 francs.

On se mit immédiatement à l'œuvre et le 18 juillet 1869, l'impératrice vint présider l'inauguration de l'hospice le plus spacieux et le plus confortable des asiles consacrés à l'enfance.
Les bâtiments affectent la forme d'un vaste fer à cheval. Les garçons occupent l'un des côtés, l'autre est réservé aux filles. Le personnel administratif et médical habite l'extrémité de l'aile gauche et la partie correspondante de l'aile droite est réservée à la communauté des religieuses.

Au sommet et entre ces deux grandes divisions se trouvent les cuisines les salles d'hydrothérapie, ainsi que la piscine d'eau de mer qui permet de continuer les bains pendant la saison d'hiver et dans laquelle on se plaît à entretenir des fleurs et des feuillages.

Une cour vitrée sorte d'atelier de préparation pour les aliments, est en communication directe avec la cuisine et avec les services secondaires qui en dépendent : laverie, boucherie, panneterie, fruiterie, etc…

La chapelle est placée au centre, faisant face à la mer, avec une sortie indépendante pour les étrangers. L'infirmerie des maladies contagieuses et le logement de l'aumônier occupent des pavillons isolés.

Une terrasse qui s'élève à cinq mètres au-dessus du niveau des plus hautes marées, règne d'un bout à l'autre de ces constructions dont l'ensemble est véritablement grandiose, mais cette terrasse ne suffit pas pour les protéger contre l'action de plus en plus menaçante des flots et des courants.
Afin de conjurer le danger on a du construite deux grands épis de 250 mètres de longueur sur 8 mètres à 10 de largeur et trente épis de 25 mètres sur 3 mètres ont été établis contre la dune, avec une digue disposée en angles rentrants et saillants qui laissent passer le flux et retiennent le sable au reflux. Ces travaux ne suffisent pas encore et on vient de confier à des ingénieurs habiles, le soin d'en exécuter de beaucoup plus considérables.

L'hospice contient 600 lits, M. le docteur Perrochaud dirige l'établissement avec le concours de plusieurs internes des hôpitaux de Paris ; 80 religieuses franciscaines sont chargées du service intérieur, des classes et de l'infirmerie.
L'administration reçoit dans l'ancien hôpital, moyennant une légère rétribution (1 fr 80 par jour) les enfants dont les parents sans être pauvres ne peuvent supporter les frais de séjour à la mer.
Enfin, M. Le Baron James de Rothschild à fondé à Berck en souvenir de son père M. le Baron Nathaniel de Rothschild, une succursale de l'hôpital israélite de Picpus, qui fut inaugurée en 1871 et dans laquelle 25 jeunes juifs sont soignés gratuitement.

Le succès de l'hydrothérapie marine à beaucoup contribué au développement de Berck, mais la réputation dans cette plage la plus unie la plus vaste du littoral, y attire aussi un grand nombre de baigneurs.

Nous avons assisté aux progrès rapides de cette station de Bains depuis le jour ou M. Detunck y installa un premier hôtel en 1858. De 1866 à 1870 le terrain à bâtir se vendit 15 francs le mètre.

Aussi maintenant un grand nombre de chalets des plus élégants, et plusieurs hôtels offrent-ils un séjour agréable aux familles qui demandent avant tout aux bains de mer, le calme, le repas et la santé.
La population a plus que doublé depuis 1850, elle compte actuellement 4228 habitants, savoir : Berck-ville 2982 et Berck-plage 1246.
On a pu dire avec raison que Berck vit de la mer. Les berckois montent 110 bateaux qui vont jeter leurs filets jusque sur les côtes d'Angleterre. Le produit moyen de la pêche vendue au cri public à la halle de Berck est de 800 000 francs.
L'année 1872 à même donné les résultats suivants : pêche au hareng frais 480 000 fr. et pêche des autres poissons 540 000 fr. Douze ateliers de salaison ont livré à la consommation 116 000 kilogs d'harengs salés.

Le matelot berckois est très courageux, très hardi et il ne se passe pas d'année que l'on n'ait à déplorer des sinistres maritimes, principalement à l'époque de la harenguaison. On se souvient encore de la fatale nuit du 14 novembre 1861 pendant laquelle cinq bateaux se perdirent corps et biens sur les bancs de la côte d'Etaples. Cette horrible catastrophe qui coûta la vie à 32 hommes d'équipages, plongea trente familles dans le deuil, et vingt-et-une veuves avec soixante deux orphelins dans la misère.

L'histoire de la ville de Berck, ville née d'hier et déjà prospère, sera féconde pour l'avenir, à en juger par les détails que nous venons d'esquisser à grands traits. Quant à l'histoire de la bourgade de Berck, isolée et perdue au milieu des sables au point que les anciens atlas n'en font même pas mention, elle n'est pas absolument dépourvue d'intérêts.

Nous savons que les vassaux de Jean de Brimeu qui demeuraient à Berck au treizième siècle, devaient porter leurs grains au moulin de Tigny, et que les maîtres de bateaux payaient chaque année aux moines de Saint-Josse-sur-Mer une redevance de 20 sols parisis et 6 deniers.

Berck fut le dernier village français occupé par les anglais sous le règne de Charles VII ; ils le brûlèrent entièrement et ne conservèrent que la tour de l'église.

M. Bouthors a publié la coutume particulière de Berck. Cette coutume contenait 12 articles qui furent mis en ordre et rédigés le 22 août 1507 par messire Nicolas Hourdel, licencié-ès-lois, bailli du châtelain de Beaurain, en présence du curé et des notables au nombre desquels figure Jean Macquet.
Si un matelot s'engage au service d'un maître de bateau, le matelot et le patron ne peuvent se manquer réciproquement de parole sous peine de 20 sols parisis d'amende au profit du seigneur et de 20 sols de dommage (art. 1.2.3.)
Les batailles ou les rixes qui ont lieu sur la plage sont punies d'une amende de 60 sols s'il y a effusion de sang (art. 4). Nous ferons remarquer que les rédacteurs de la coutume déclarent n'avoir jamais vu imposer cette amende, " parce qu'ils n'ont point veu le sang advenir ".

Son également passible d'amende, ceux qui détruisent les lesques espèce de grands joncs qui fixent les sables (Art. 5).

Le droit de Lagan attribue au seigneur de Berck toutes les épaves rejetées par les flots, si elles ne sont pas réclamées dans le délai d'un an et un jour de même que la moitié de celles qui sont recueillies en mer.
Si les objets ne sont pas de nature à être conservés, on le vend au premier feu et le produit en est partagé entre le seigneur et le matelot qui les a trouvés (Art. 6 - 7).
Les esturgeons qui sont pêchés par les berckois appartiennent au seigneur. Le matelot ne peut réclamer que 5 sols (Art. 8).
Pour tous les cas qui ne sont pas formellement prévus on se conforme à la coutume de la châtellerie de Beaurain et de la Prévôté de Montreuil. (Bouthors)

Le seigneur dont il est question dans cette coutume était, croyons-nous, de la famille de Hodicq. Au siècle suivant messire Charles des Essarts, Chevalier, Baron de Maigneulx et gouverneur de Montreuil, possédait les terres et vicomté de Berck. Son fils tenait en fief de messire Claude de Croy, châtelain de Beaurain, par 10 livres parisis de relief, le tiers de Chambellage avec l'obligation à Beaurain d'assister de quinzaine en quinzaine aux plaids ou séances de justice qui se tenaient à Beaurain.
Aux termes de l'aveu qu'il servit le 26 juillet 1632, une immense étendue de terres labourables, de prairies et de pâtures ne produisait aucun revenu parce qu'elle avait été envahie par les sables ; aussi plusieurs des vassaux occupaient-ils des terres à la seule condition de les protéger contre les envahissements de la mer qui faisait de jour en jour de nouveaux progrès.

Le seigneur de Berck possédait du côté de Merlimont environ une lieue carrée de garennes peuplées de lapins ; il jouissait en outre de droits très variés. Ainsi le " mare " lui attribue, une fois l'an entre le dimanche des Rameaux et la fête de l'Ascension, toute la pêche des bateaux qui arrivent à Berck si le patron est un Berckois.

Le forage est dû sur les boissons, le vin ou les cervoises vendues à Berck. Les habitants qui étalent des denrées à leur porte ou à leur fenêtre paient 4 sols parisis. Les marchands étrangers doivent une obole ou un denier, suivant qu'ils transportent les marchandises sur la tête, sur un cheval ou dans une voiture à bras.

Les cordonniers étrangers doivent un denier pour droit d'étalage. Les marchands de bas, de linge ou de drap, de poteries, de futailles, de verres ou de mercerie, doivent la meilleure pièce de leur étalage, après qu'ils en ont eux-mêmes choisi une, sous peine de 60 sols parisis d'amende.

Le fait d'user de faux poids et de fausses mesures entraîné la confiscation des poids et mesures et l'amende de 60 sols parisis.

Le moutonnage se perçoit le jour de la Saint-Jean à raison de douze deniers par chaque bête à laine, et le terrage à raison de neuf gerbes du cent des warats. Le navire de fond plat chargés de marchandises, qui arrivent à Berck, acquittent un droit de 2 sols 6 deniers, et les navires à quille, un droit de 5 sols.

Les vassaux du seigneur de Berck ne peuvent avoir de four, de moulin ou de colombier, sans son autorisation ; il lui est permis d'envoyer dans les dunes et dans les pâturages telle quantité de bestiaux qu'il lui plaît. Il exerce la haute, la moyenne et la basse justice, et à cet effet il a un gibet comme ses devanciers.

Le lagan lui donne la propriété de toutes les épaves qui sont rejetée par la mer. Il prélève le sol pour livre de la vente du poisson, ainsi que le plus beau poisson après le meilleur sur chacun des bateaux.
Les bateaux doivent, en outre 28 sols chaque année.

Enfin, le vicomte de Berck établit un four à ban où ses sujets doivent venir cuire le pain ; sa qualité de seigneur fondateur de l'église oblige le curé à le recommander aux prières de ses paroissiens. (Archives du château de Verton, aveu parchemin original).

Ces différents droits constituaient le revenu, en somme fort modeste de la vicomté de Berck, lorsque Jean-Baptiste de Fresnoy, l'arrière petit fils de Charles des Essarts la transmit vers 1730 à sa fille, dame Marie-Flore-Aglaé qui épousa le comte Ferdinand de Grammont. La comtesse de Grammont se remaria, en secondes noces, avec Messire Antoine du Blaisel qui vendit la terre de Berck, moyennant 2 900 livres, à M. le Comte de la Fontaine-Solare, seigneur de Verton ; le 26 mai 1783 (Ibidem).

L'abbé de Saint-Josse nommait à la cure de Berck, mais le produit des dîmes étant à peu près nul, parce que le territoire se trouvait couvert de sable, les habitants payaient 300 livres au desservant.
La fabrique possédait un moulin qui était loué 1040 livres en 1772.
Il existe aux archives du département une série de comptes de fabrique depuis 1725 jusqu'en 1793.
La ferme du Halloy fût donné par le roi en 1729 à M. Hacot, garde du corps.
Le phare de Berck qui a été construit en 1855 à 28 mètres d'élévation.

Archéologue.
L'église est ensablé et on y pénètre maintenant par la fenêtre qui surmontait jadis le portail, le niveau du pavage étant à quatre mètres au-dessus du pavage primitif.
Le chœur date des premières années du XVIIe siècle.
La tour était autrefois beaucoup plus élevée.

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