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Ouvrages
Thierry Verstraete, Essai sur la singularité de l'entrepreneuriat comme domaine de recherche, Les Editions de l'ADREG, janvier 200, ISBN 2-9518007-0-3
cet ouvrage peut être téléchargé gratuitement ici
Thierry Verstraete (dir), Histoire d'entreprendre - les réalité de Entrepreneuriat Editions Management et société, 2000, ISBN 2-912647-50-9
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Thierry Verstraete, Entrepreneuriat - Connaître l'entrepreneur, comprendre ses actes, L'Harmattan, collection économie et innovation, 1999, ISBN 2-7384-8110-8
Lire la préface (de Bertrand Saporta, Professeur à l'Université de Bordeaux IV)
Thierry Verstraete, Entrepreneuriat - Connaître l'entrepreneur, comprendre ses actes, L'Harmattan, collection économie et innovation, 1999, ISBN 2-7384-8110-8
(c) L'entrepreneuriat serait-il à la mode ? L'Etat, l'Ecole, les banques, les associations, les collectivités territoriales ne jurent que par l'esprit d'initiative. Est-ce un présage pour le prochain millénaire ? Difficile de répondre simplement, d'autant que l'entrepreneuriat est un phénomène aux multiples formes d'expression et trop complexe pour être réduit à une simple définition. L'auteur nous propose alors une analyse du phénomène entrepreneurial fondé sur un large éventail de connaissances et de méthodes (en gestion, en économie, en sociologie, en psychologie, ...). Thierry Verstraete étudie l'acte d'entreprendre selon ses trois dimensions : la pensée, l'action, la structure. il s'interroge sur les facteurs clés de succès ou d'échec de la jeune entreprise. L'entrepreneur pense et agit pour surmonter les contraintes et casser les routines de son environnement social.
Cet ouvrage s'adresse à tous ceux qui cherchent des remèdes contre l'immobilisme économique : étudiants en économie et gestion, enseignants, chercheurs, décideurs ou encore managers de projets.
La préface de Bertrand SAPORTA, Professeur à l'Université Bordeaux IV Montesquieu
(c) "Entrepreneuriat" : d'aucuns pourront trouver lapidaire le titre de l'ouvrage que Thierry VERSTRAETE nous propose sur un sujet désormais très porteur (y compris pour des auteurs plus habitués à être lus par des cadres de multinationales, comme le montre la dernière publication de Tom PETERS consacrée au "Cercle vertueux" de l'Innovation ). Mais, outre que le choix d'un substantif sans article nous rappelle à bon escient qu'il s'agit d'un domaine qui est encore loin d'être balisé, le contenu du travail présenté témoigne par contraste de la richesse et du foisonnement d'une intelligence dont nous avons pu apprécier, au cours de ces dernières années de travail en commun, l'extrême fertilité.
Il est hors de propos, dans le cadre d'une simple préface, de résumer un ouvrage où abondent les pistes d'interprétation et les grilles de lecture. On sera tenté de retenir, comme fil conducteur, la thèse principale de l'auteur, qui propose une division du phénomène à étudier en trois composantes essentielles, et qui interagissent puissamment tout au long du processus de création. Ces trois dimensions, cognitive, praxéologique et structurale, nous font prendre connaissance des enjeux majeurs que représentent la vision qu'a le créateur de la structure qu'il projette dans l'avenir, les actions qu'il doit engager pour positionner cette structure dans l'espace social qui l'entoure, les efforts qu'il doit déployer pour la faire admettre par l'ensemble des parties prenantes qui ont intérêt à son émergence (le recours aux théories des conventions et des représentations sociales étant ici un apport notable de l'auteur). Ces thèmes sont développés le plus souvent de manière directe, notamment dans le domaine cognitif, où Thierry VERSTRAETE détient un savoir-faire empirique important (accompagnement d'un créateur avec l'outil des cartes cognitives). Mais ils nourrissent aussi le traitement de questions plus classiques, dont l'intérêt est alors renouvelé : l'identité de l'entrepreneur, le cycle de vie de l'entreprise nouvellement créée, et, bien entendu, l'interrogation cruciale sur les facteurs de succès ou d'échec en création d'entreprise. Le chapitre conclusif du manuel, très ambitieux, constitue en quelque sorte un retour en boucle sur les propos initiaux (le phénomène entrepreneurial y était considéré d'entrée comme d'essence organisationnelle).
En conclusion, nous incitons le maximum de lecteurs - qu'ils soient étudiants, enseignants ou professionnels de la création - à investir dans la lecture d'un travail qui témoigne du potentiel de la recherche française dans un domaine où l'initiative a été longtemps à dominante anglo-saxonne. Nous espérons que Thierry VERSTRAETE ne s'en tiendra pas là et qu'au cours de sa carrière, tout en uvrant pour notre discipline comme il le fait au sein de l'Académie de l'Entrepreneuriat, il continuera à nous faire bénéficier de ses prédispositions à l'enseignement et à la recherche. C'est, très amicalement, tout le mal que nous lui souhaitons.
Bertrand Saporta
Professeur de Sciences de Gestion
à l'Université Montesquieu-Bordeaux IV
Co-responsable du DESS "Création d'entreprise
et
Gestion des Projets Innovants"
(c) Selon les auteurs,
et les disciplines, lentrepreneuriat renvoie à des logiques parfois fort
différentes et il serait illusoire de croire en un possible consensus sur une
définition, une théorie ou un modèle de l'entrepreneuriat[1].
Alors qu'on pourrait relever dans ce constat des motifs de découragement, cela constitue
paradoxalement un formidable stimulant car reflet d'un domaine d'étude où les approches
s'enrichissent les unes les autres afin d'apporter de la connaissance sur un phénomène
complexe. Au final, cette complexité oblige à un certain éclectisme ; une seule
discipline ne saurait couvrir toutes les facettes du phénomène entrepreneurial. C'est
sans doute cette idée qui conduit Bygrave et Hofer a lancer l'appel suivant : "Au
début des années 1980, lentrepreneuriat était, au mieux, un champ de recherche
potentiellement prometteur. A la fin de cette même décennie, principalement en raison de
limpressionnante avancée en matière de recherches empiriques,
lentrepreneuriat pouvait prétendre à être un champ de recherche légitime à tout
égard excepté un : son manque dune fondation théorique substantielle. Le défi
majeur simposant aux chercheurs en entrepreneuriat des années 1990 est de
développer des modèles et théories construits sur des bases solides issues des sciences
sociales"[2].
Cet appel résonne depuis quelques années maintenant dans notre travail et le présent
ouvrage s'inscrit dans cette veine. La question générique nous guidant est celle posée
il y a quelques temps par Gartner[3] : de quoi parlons-nous
lorsque nous parlons dentrepreneuriat ?
Pour répondre, une
simple définition ne saurait suffire si l'on veut saisir cet objet dans toute sa
complexité, aussi nous proposons un modèle visant à rendre intelligible le phénomène
entrepreneurial. Cette proposition ne peut contourner deux limites. Premièrement, comme
les initiatives de nature entrepreneuriale sont d'une grande diversité et subissent des
contingences singulières, le modèle est forcément général. Deuxièmement, sa
construction s'est appuyée sur une base large issue des sciences sociales, aussi il est
difficile d'éviter un certain réductionnisme s'agissant des emprunts (de notions, de
concepts, de théories) opérés aux diverses disciplines mobilisées. Si ce
réductionnisme est inéluctable dans toute approche interdisciplinaire, nous avons
veillé à ne pas sombrer dans les facilités, biais et transferts imprudents.
Le premier chapitre
positionne d'emblée l'entrepreneuriat comme un champ d'étude scientifique et présente
le modèle construit, lequel est composé de trois dimensions : la dimension cognitive
(disons la pensée, mais nous verrons que cette dimension est plus large), la dimension
praxéologique (l'action) et la dimension structurale (la structure). Ces trois dimensions
sont le fruit d'une dialectique combinant un individu (l'entrepreneur) et une
organisation. L'entrepreneuriat est ainsi vu comme un phénomène complexe et comme un
type particulier d'organisation impulsé par un entrepreneur qui agit pour tenter de
concrétiser, au sein de la structure dans laquelle il baigne, la vision qu'il se fait de
cette organisation. L'entrepreneur s'efforce de la rendre conforme à la représentation
quil sen fait. Le lecteur ayant de bonnes connaissances de base en sciences
sociales commencera par ce premier chapitre. Dans le cas contraire, il le réservera
peut-être pour la fin.
De ce phénomène
naissent des formes organisationnelles et, pour ce qui nous intéresse, des entités organisées disposant d'une relative autonomie.
Ces entités sont d'une grande diversité mais, indéniablement, c'est la création
d'entreprise qui attire le plus l'attention. Cela n'est pas surprenant car la création
d'entreprise constitue sans doute l'archétype de l'acte entrepreneurial. Elle permet bien
de saisir les fondements du phénomène. De plus, elle renvoie à des enjeux de nature
sociale et de nature économique essentiels, ainsi en est-il de son impact sur l'emploi ou
de sa contribution au renouvellement du tissu économique. Outre la présentation de ces
raisons de s'intéresser à la création d'entreprise, le deuxième chapitre souligne la
difficulté de saisir les problématiques de ce moment crucial qu'est la création d'une
firme, difficulté résidant principalement dans une combinaison d'aspects spécifiques à
cette phase avec d'autres, susceptibles d'affecter également les firmes établies. Ainsi,
l'un des principaux défis se présentant au créateur est de savoir jongler avec des
registres spécifiques à la création et des registres connus par toute firme, jeune ou
moins jeune. Le parcours est éprouvant, notamment lorsque le créateur entreprend pour la
première fois, sa pensée (cf. dimension cognitive) n'étant pas pourvue des schèmes
facilitant l'élaboration de plans d'action (cf. dimension praxéologique) pour la
construction de la structure d'entreprise qu'il souhaite instaurer dans la structure
sociale plus vaste l'entourant (cf. dimension structurale).
Le troisième
chapitre relève quelques questions amenant à des réflexions fondamentales permettant
d'avancer dans la connaissance du phénomène de création d'entreprise[4].
Le questionnement ici retenu est triple. Premièrement, puisque l'on parle de la création
comme étant une phase du cycle de vie de la firme : quand la création démarre-t-elle,
quand finit-elle ? Y a-t-il un moment identifiable inscrivant précisément cette
situation de gestion dans telle ou telle phase du cycle de vie de la firme ? Ce moment
débute-t-il lorsque l'entrepreneur pense à l'organisation qu'il souhaite impulser, ou
avant, par exemple lorsqu'il n'a qu'une idée, ou après, par exemple lorsqu'il commence
à agir pour concrétiser sa vision ? A défaut de pouvoir baliser précisément le
phénomène, ce type de questionnement conduit à reconnaître le rôle fondamental que
joue l'entrepreneur et ainsi à poser un deuxième type de questionnement : que sait-on de
cet acteur majeur ? Ses dispositions pour l'entreprise sont-elles génétiquement
programmées ? Possède-t-il des caractéristiques le distinguant des non-entrepreneurs
(effectifs ou potentiels) ? Naît-on ou est-on entrepreneur de fait ou le devient-on par
ce que l'on fait ? L'intérêt majeur des réflexions afférentes concerne dans un cas
l'hypothétique repérage des personnes présentant le profil de l'entrepreneur, dans
l'autre cas il s'agit davantage de promouvoir un environnement entrepreneurial (en jouant
sur la structure) de sorte à favoriser la concrétisation (action) des visions
(cognition) d'essence entrepreneuriale. Cette promotion ne peut évincer le corollaire que
constitue lévitement de l'échec pour les personnes se lançant dans l'aventure
entrepreneuriale, donc favoriser le succès des entreprises. Encore faut-il définir ce
qu'est le succès, ce qu'est l'échec. Cela constitue le troisième type de questionnement
de ce chapitre. Comprendre comment interagissent pensée, action et structure oblige la
relativisation d'une notion fondamentale en stratégie : celle de facteur clé de succès.
En effet, les schèmes cognitifs de l'entrepreneur se construisent autour de facteurs
qu'il considère comme importants pour la concrétisation de sa vision. Ce sont ces
facteurs qu'il perçoit soit comme éléments clés de son succès, soit comme éléments
susceptibles de freiner l'évolution de l'organisation selon ses désirs. Croire en une
objectivité de ces facteurs, c'est faire fi de l'interprétation que chacun fait de la
réalité. La première contingence à la notion de facteur clé de succès, c'est la
représentation qu'ont les acteurs de ces facteurs, ce qui suppose, pour ce qui nous
concerne, de s'inscrire dans le référentiel du créateur.
Ce référentiel
est façonné par nombre de contingences, qui pourraient être regroupées en deux
familles. La première est relative à l'influence de l'environnement. Deux courants
d'étude (l'un en économie, l'autre en psychologie sociale) offrent un éclairage
particulièrement intéressant s'agissant de l'interaction de l'individu avec les
environnements auxquels il est confronté. Il s'agit de la théorie des conventions, telle
qu'étudiée en économie, et de la théorie des représentations sociales des
psychologues sociaux. Dans le quatrième chapitre, l'articulation de ces deux approches
fournit un cadre conceptuel permettant d'appréhender la notion de socialisation
entrepreneuriale et tout ce qui en découle (déploiement de l'exercice de conviction pour
emporter l'adhésion des parties premantes potentielles, passage à l'acte, promotion d'un
environnement entrepreneurial, diffusion de modèles entrepreneuriaux, etc.). Une fois de
plus, les trois dimensions de la modélisation du phénomène entrepreneurial
interagissent : la structure sociale portant les conventions et représentations sociales
qui façonnent la pensée de l'entrepreneur agissant. Cela ne conduit pas pour autant à
une approche holistique ; le cinquième chapitre rééquilibre les forces (individuelles
et collectives) en mettant l'accent sur le pouvoir producteur des schèmes
d'interprétation des individus. Indéniablement, le créateur, avec sa façon de penser,
joue un rôle déterminant dans la concrétisation du phénomène et même si cette
pensée subit l'influence de l'affect, de l'histoire donc de la trajectoire (c'est-à-dire
les différentes positions occupées le créateur durant son existence), la construction
des schèmes d'interprétation reste le fait d'individus singuliers.
[1] Bull I & Willard G, "Towards a theory of entrepreneurship", in Bull, Thomas & Willard, Entrepreneurship, perspectives on theory building, Pergamon, Elsevier Science, 1995. Voir aussi comment Stewart démontre que le consensus n'est déjà pas possible ne serait-ce qu'à travers une perspective anththropologique.
Stewart A, "A prospectus on the anthropology of
entrepreneurhip", Entrepreneurship Theory and
Practice, 16(2), 1991
[2] Bygrave WD & Hofer CW, "Theorizing
about entrepreneurship", Entrepreneurship
Theory and Practice, 16(2), 1991, p.13
[3] Gartner WB, "What are we talking about
when we talk about entrepreneurship ?", Journal
of Business Venturing, 5 (1), 1990
[4] Précision : toute création d'entreprise ne s'inscrit pas dans une logique entrepreneuriale, et les créations d'entreprise s'y inscrivant ne sont qu'une manifestation de la dite logique. Le premier chapitre présente ces nuances en distinguant logique entrepreneuriale et logique d'insertion pour le premier point, en distinguant création d'une firme et création d'une organisation pour le second point. Dans cet ouvrage la création d'entreprise à logique résolument entrepreneuriale nous sert en quelque sorte d'étude de cas pour appréhender ce qu'est, plus largement, l'entrepreneuriat.
Thierry Verstraete (dir), Histoire d'entreprendre - les réalité de Entrepreneuriat Editions Management et société, 2000, ISBN 2-912647-50-9
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(c) Qu'est-ce que l'entrepreneuriat ? La question est peut-être plus que jamais à poser puisque la demande sociale afférente résonne avec les investigations académiques menées pour comprendre ce phénomène complexe, hétérogène, multiforme et dont on voudrait encourager l'expression.
La réponse offerte par cet ouvrage s'appuie justement sur quelques-unes des manifestations de l'entrepreneuriat pour tenter de le cerner. Il s'adresse à un large public, du chercheur au praticien (entrepreneur ou tout acteur du développement économique et social). On oppose trop souvent les attentes de l'un et de l'autre, en raison notamment de la spécificité de leurs préoccupations. L'entrepreneuriat échappe à ce genre de clivage réducteur et constitue un domaine propice au rapprochement entre ces deux mondes qui souvent s'ignorent.
Les chapitres combinent des réflexions de type académique à des préoccupations d'ordre pragmatique. Les auteurs ont été invités à faire part de leur point de vue sur des thématiques liées à l'entrepreneuriat, et à inciter au débat.
Avant de revendiquer une société plus entrepreneuriale, voici l'occasion de saisir les contours du phénomène.
L'entrepreneuriat Un phénomène
aux multiples formes d'expression, Thierry Verstraete
Les dimensions socio-économiques et
politiques de l'entrepreneur, Sophie Boutillier, Dimitri Uzunidis
Dynamisme entrepreneurial et croissance
économique Une comparaison France USA, Alain Fayolle
Régions dynamiques et PME à forte
croissance Incertitude, information potentielle et réseaux à signaux faibles, Pierre-André
Julien
L'entrepreneuriat face à la
globalisation, Olivier Torrès
Entrepreneuriat et NTIC la
construction du Business-Model, Christophe Benavent, Thierry Verstraete
Le financement de la création
d'entreprise en France Nouvelles tendances, nouveaux acteurs, Gilles Copin,
Isabel Servais
La valorisation de la recherche
publique par la création d'entreprise, Stéphane Marion, Pascal Philippart, Thierry
Verstraete
Etat des réflexions actuelles sur
l'enseignement de l'entrepreneuriat en France, Nathalie
Schieb-Bienfait
La création d'entreprise de haute
technologie, Philippe Albert
La création de PMI sous-traitantes
industrielles, Christian Bruyat, Michel Bouche
Externalisation et
entrepreneuriat, Robert
Paturel
Reprise d'entreprise par une personne
physique Une pratique de l'entrepreneuriat, Robert Paturel
Intrapreneuriat - à la recherche de
complice innovant et entreprenant, Camille Carrier
Des entrepreneurs dans les franges du
salariat, Christel Beaucourt, Pierre Louart
L'entreprise familiale à la lumière
de l'entrepreneuriat, Bruno Amann
L'entrepreneuriat africain mythe
ou réalité, Bertrand
Saporta, Lucien Kombou
Typologie d'entrepreneur Est-ce
vraiment utile ?, Louis Jacques Filion
Entrepreneuriat et territoire, Michel
Marchesnay
De la difficulté de l'entrepreneur à
quitter son entreprise, Philippe Pailot
Conclusion
(c) L'entrepreneuriat - un phénomène aux multiples formes d'expression, par Thierry Verstraete.
Cet ouvrage s'adresse à un large public. Il intéresse autant le chercheur que le praticien (entrepreneur ou tout acteur du développement économique et social). On oppose trop souvent les attentes de l'un et de l'autre, en raison notamment de la spécificité de leurs préoccupations. Mais, l'entrepreneuriat échappe à ce genre de clivage réducteur et constitue un domaine propice au rapprochement entre ces deux mondes qui souvent signorent. Les chapitres de cet ouvrage le démontrent en combinant des réflexions de type académique à des préoccupations d'ordre pragmatique. Les auteurs ont été invités à faire part de leur point de vue sur des thématiques liées à l'entrepreneuriat, et à inciter au débat. Chacune des contributions peut être lue indépendamment des autres et dans l'ordre choisi par le lecteur. Avant d'exposer la trame ayant conduit à les retenir, peut-être faut-il préciser les contours du substantif qui sera le plus employé dans cet ouvrage, à savoir le mot "entrepreneuriat".
En effet, on ne peut déroger à la question, très souvent posée[1] : qu'est-ce que l'entrepreneuriat ? La réponse ne peut être immédiate. L'entrepreneuriat est un phénomène hétérogène dont les manifestations sont multiples. Souvent, il est étroitement associé à la création d'entreprise, voire de façon résolument synonymique. Ce rapprochement n'est pas surprenant en soi puisque cette dernière constitue sans doute l'archétype du phénomène. Néanmoins, il convient d'avoir une acception plus large de l'entrepreneuriat, tout en ayant paradoxalement à l'esprit que toute création d'entreprise n'a pas forcément la couleur de l'acte entrepreneurial "pur". Si la plupart des chercheurs en semblent désormais convaincus, le lecteur pourrait légitimement attendre une définition de ce qu'est l'entrepreneuriat qui lui servirait à classifier les phénomènes comme entrepreneuriaux ou non. Autant cette attente est compréhensible, autant elle paraît vaine. L'entrepreneuriat est un phénomène trop complexe pour être réduit à une simple définition, son intelligibilité nécessitant une modélisation. Cette complexité exclut la possibilité d'une délimitation stricte et univoque de ses frontières sémantiques. Ce constat lapidaire, faisant lobjet dun large consensus au sein de la communauté académique, peut heurter les demandes sociales (légitimes) d'une définition précise de l'entrepreneuriat. Ne serait-ce que pour limiter lusage du mot, qui se répand parfois de façon surprenante. Face à ce flou sémantique, le premier réflexe est d'aller en chercher une définition dans le dictionnaire. Malheureusement, celui-ci reste muet. Notre démarche de clarification sinscrira donc dans une autre perspective. Sans chercher à offrir une réponse pleinement satisfaisante aux académiciens[2], nous allons proposer une acception à la fois suffisamment large pour pouvoir y inscrire les utilisations raisonnables du terme, et suffisamment précise pour tenter de lever les principales ambiguïtés qui entourent l'entrepreneuriat. En première lecture, nous pouvons noter que le terme contient le mot entrepreneur. Sans verser dans létymologie, il est logiquement admis que la démarche entrepreneuriale est impulsée par cet individu[3]. L'entrepreneuriat est un phénomène combinant un individu et une organisation. L'un se définit par rapport à l'autre et vice versa.
Une relation symbiotique entre un
entrepreneur et une organisation
Le terme "organisation" est polysémique, c'est-à-dire qu'il possède plusieurs sens. L'organisation intègre une dimension dynamique : c'est l'action d'organiser et de structurer les éléments qui nous entourent (et dont nous faisons partie).
L'organisation, c'est aussi le résultat de cette action. Ainsi une firme est une entité organisée, elle est une "forme" organisationnelle résultant d'un "processus" d'organisation. Dès lors, à quel sens du terme faisons-nous référence ici ? A l'action ou à l'entité ?
En fait aux deux. La compréhension du phénomène entrepreneurial passe sans doute par l'acceptation de cette polysémie.
Dans son essence, lentrepreneuriat apparaît inséparable de la création dune dynamique : l'entrepreneur agit, structure et engage[4] son environnement à des fins socio-économiques. Son action induit du changement et conduit à une modification partielle d'un ordre existant. L'entrepreneur construit son ordre. Celui-ci ne lui est profitable (pas seulement économiquement) que si l'ordre socio-économique[5] dans lequel il s'insère y trouve également un intérêt et en tire de la valeur.
S'agissant de l'entité, les actions à l'initiative de l'entrepreneur structurent les éléments de telle façon qu'une entité va naître, voire renaître dans certains cas[6], de l'action d'organiser. Cela peut être une firme, ou une autre forme organisationnelle. En effet, on semble désormais s'accorder pour reconnaître que, d'une part, toute firme ne naît pas d'un phénomène entrepreneurial (ex : changement de forme juridique) et que, d'autre part, le phénomène entrepreneurial peut donner lieu à la création d'entités aux formes juridiques (sociétés commerciales, associations, etc.) et organisationnelles (réseaux et autres formes réticulaires) diverses. Ces formes sont ainsi plus ou moins tangibles, notamment lorsque non régies par un cadre juridique permettant de les identifier[7]. De plus, l'organisation impulsée par l'entrepreneur s'imbriquant avec l'organisation socio-économique existante, la notion de frontière perd de sa pertinence.
Cette entité devient la base structurelle du déploiement du phénomène et n'en est qu'une composante. Une firme par exemple peut n'être qu'un maillon dans l'organisation. Limpulsion[8] de l'organisation peut éventuellement donner lieu à la création de plusieurs entités. En fait, il ne faut pas confondre création dune firme et création dune organisation, même si les logiques de lune peuvent se retrouver dans lautre.
La relation entre
l'entrepreneur et l'organisation est de type symbiotique. A terme, l'un ou l'autre peut
devenir un commensal (il vit sur son hôte en détournant une partie des ressources de
ce dernier mais sans lui causer trop de préjudices), pire, peut devenir un parasite (il
infecte son hôte et peut causer sa mort)
Il devient dès lors difficile de
continuer à parler d'entrepreneuriat... Pour cette raison, on ne peut pas réduire
l'entrepreneuriat à l'entrepreneur, car l'organisation créée peut échapper au
contrôle de son initiateur et avoir une "existence" indépendante. Néanmoins,
toute étude de cet acteur central améliore la connaissance du phénomène. De même,
l'étude de l'organisation socio-économique apporte de la connaissance sur les
conditions d'émergence du phénomène puisque celui-ci naît en son sein. Cette
perspective ouvre l'étude de l'entrepreneuriat à nombre de disciplines scientifiques
(économie, sociologie, gestion, histoire, psychologie, etc.). D'ailleurs, il est un objet d'étude plus ou moins directement
travaillé par des chercheurs de diverses origines investissant le champ souvent en
privilégiant, bien légitimement, un angle d'étude en rapport avec les préoccupations
de leur discipline. L'idée que les différents angles de vue apportent de la
connaissance conduit à des approches interdisciplinaires ou transdisciplinaires et offre
des perspectives de débats pluridisciplinaires[9].
Evidemment, cela rend sans doute encore plus illusoire
l'idée dun consensus sur une définition, un modèle ou une théorie de
l'entrepreneuriat. En 1995, Bull et Willard[10] en faisaient le constat, lequel reste valable. Cette
situation ne constitue pourtant pas une exception. Quel que soit lobjet
détude, quelle que soit la discipline, et dès lors qu'on ne cède pas à l'emprise
dogmatique, l'hétérogénéité paradigmatique constitue la base de la fertilisation
croisée.
L'hypothétique consensus envisageable réside dans cette dialectique individu-organisation, voire dans la relation symbiotique qui les lie et qui perdure plus ou moins. En ce sens, tout dirigeant n'est pas un entrepreneur. Dès lors qu'il n'impulse plus dorganisations[11], il en perd le statut. La relation symbiotique peut se renouer :
Ø pour l'entrepreneur, avec l'impulsion d'une autre organisation. Un individu peut, au cours de sa vie, alterner des phases où il est entrepreneur à dautres où il ne lest plus. Cette activité peut se déployer dans un ou plusieurs champs sociaux (business, sport, politique, ), de manière simultanée ou pas. Dans certains cas, la logique entrepreneuriale[12] se prolonge, se maintient tout au long dune carrière[13] ;
Ø pour l'organisation, la relation symbiotique peut se renouer avec un autre entrepreneur prenant le relais du premier.
Mais pour chacun de ces deux cas, ce n'est pas le phénomène initial qui perdure, c'est un nouveau qui naît. Le phénomène entrepreneurial n'apparaît pas forcément ex-nihilo, c'est-à-dire à partir de rien ; il se manifeste de différentes façons. Cet ouvrage veut en donner l'illustration.
Les contributions du présent
ouvrage pour illustrer diverses expressions du phénomène entrepreneurial
Il ne s'agit pas d'en établir une liste exhaustive mais plutôt, sur la base des chapitres, de montrer que ces manifestations sont diverses. Il ne s'agit pas non plus d'anticiper sur les propos des auteurs, mais simplement d'exposer la trame de l'ouvrage et montrer que l'entrepreneuriat est un domaine de recherche à multiples points d'entrée.
Pour livrer le fil conducteur du livre, complétons la section précédente en précisant que selon nous, l'entrepreneuriat est un phénomène complexe impulsé par un entrepreneur qui agit pour tenter de concrétiser, au sein de la structure socio-économique dans laquelle il baigne, la vision qu'il se fait de "son" organisation entrepreneuriale, sachant que la structure socio-économique est porteuse de registres qui, d'une part, ne sont pas neutres sur la façon dont s'est construite cette vision (socialisation, représentations sociales, conventions) et, d'autre part, se confronteront éventuellement aux registres que cherche à imposer l'entrepreneur. Dans la dialectique individu-organisation, la cognition, l'action et la structure constituent les trois dimensions interagissant tout au long du phénomène. Selon cette approche, la création à partir de rien n'existe pas, puisque l'entrepreneur compose toujours avec un existant (la structure dans laquelle le phénomène va apparaître). Tout au plus, cet existant n'est pas une entité au sens où nous l'avons présenté dans la précédente section et la tendance est alors de parler de ex-nihilo. Sophie Boutillier et Dimitri Uzunidis[14] construisent d'ailleurs une typologie des entrepreneurs contemporains sur la base de leur capital social, lequel est composé d'un aspect financier (patrimoine ou ressources potentiellement accessibles), d'un aspect cognitif (connaissances de l'entrepreneur) et d'un aspect relationnel (relations personnelles, familiales et professionnelles). Outre cette notion[15], la façon dont l'entrepreneur s'insère dans le monde marchand et l'impact des politiques publiques pour faciliter cette insertion constituent un plaidoyer pour la considération de la dimension structurale du phénomène.
Cela permet aussi de comprendre que le dynamisme entrepreneurial n'est pas le même en tout lieu. Alain Fayolle[16] présente les premiers résultats d'une étude comparant la France et les USA sur le plan de l'activité entrepreneuriale et de son éventuelle influence sur la croissance économique. Pierre-André Julien[17] se focalise sur la notion de signal pour démontrer que des régions sont plus entrepreneuriales que d'autres sur la base de la capacité des réseaux à diffuser de l'information ou des signaux permettant de partager et de diminuer l'incertitude. Ces réseaux jouent un rôle particulièrement important pour favoriser les "gazelles", qui sont ces jeunes et petites entreprises présentant un potentiel de développement particulièrement élevé, surtout dans les régions ne disposant pas d'avantages concurrentiels absolus (comme par exemple la possession d'une matière première rare).
La disponibilité de l'information constitue un des facteurs de développement de ce qu'on appelle la nouvelle économie, ou la net-économie. Olivier Torrès[18] présente un texte liant plus largement globalisation et entrepreneuriat. Leur articulation prend toute sa mesure dans la mobilisation des notions d'espace et de temps. L'un et l'autre peuvent être courts ou longs ; dès lors, quatre possibilités se dessinent (espace court temps long ; espace long temps long, etc.) et fournissent un cadre conceptuel des transformations à l'uvre dans le champ de l'entrepreneuriat. Lorsque l'espace est long (c'est-à-dire mondial plutôt que local) et que le temps est court (par exemple, lorsque les innovations de rupture remplacent les adaptations lentes), l'entrepreneur doit faire preuve d'un talent certain. Christophe Benavent et Thierry Verstraete, en se focalisant sur le domaine de la net-économie, parlent de capacité d'improvisation[19]. Dans un contexte de forte incertitude, où les choses changent rapidement, une hypothèse peut être formulée consistant à faire reposer ce qu'on appelle le business-model sur la capacité de l'entrepreneur à savoir amender rapidement la vision qu'il a des affaires et à savoir engager l'environnement sur la base des représentations qu'il se forge de la structure dans laquelle il évolue ou souhaite évoluer. Alors qu'on pourrait croire que cette problématique pose des problèmes particuliers à des financeurs pouvant reculer devant des risques trop importants, on constate un fort développement des opérations boursières dans le domaine et des tours de tables (appels de capitaux) faramineux. Est-ce à dire que les conditions d'obtention de capitaux changent ?
Force est de reconnaître qu'on ne connaît pas bien, en France, le paysage actuel du financement, et pour ce qui nous intéresse ici particulièrement, celui du financement de la création d'entreprise. Gilles Copin et Isabel Servais[20] dressent en la matière un état des lieux et distinguent ce qui relève des évolutions quantitatives et de mouvements conjoncturels de ce qui relève des évolutions qualitatives et des changements structurels. L'Etat français est fortement interventionniste dans le domaine du financement, notamment dans celui du secteur de la haute technologie. Doit-il maintenir cette intervention ? La réponse n'est pas simple et dépasse le cadre du financement.
Si l'on s'attarde sur le souhait de
voir les travaux de recherche développés dans les laboratoires publics être valorisés
par la création d'entreprise, alors que le code de la fonction publique nécessitait un
texte pour que le chercheur puisse entreprendre sans contrevenir à ses obligations
statutaires, on constate une hésitation dans le degré d'intervention. Le texte de
Stéphane Marion, Pascal Philippart et Thierry Verstraete[21] illustre la
nécessité pour l'Etat français d'intervenir pour favoriser la création d'entreprise
de haute technologie, mais démontre dans le même temps que les dispositions ne sont
peut-être pas assez franches pour offrir un caractère suffisamment libéral inhérent à
l'acte d'entreprendre. De plus, à côté des questions de financement,
systématiquement mises en avant, peut-être que les questions plus profondes tendent à
être occultées, comme celle de la culture entrepreneuriale. Or, si l'on considère que
l'esprit d'entreprise est aussi une question de culture, alors le système éducatif
peut être appelé pour, à côté d'autres facteurs de socialisation comme la famille,
favoriser son expression. Nathalie Schied-Bienfait[22] pose l'état des
réflexions actuelles dans l'enseignement de l'entrepreneuriat en prenant comme base de
réflexion l'étude des actes du premier congrès de l'Académie de l'Entrepreneuriat,
tenu en novembre 1999. On sent bien également l'importance de la dimension culturelle
dans le chapitre de Philippe Albert[23]. Son texte renvoie
aussi largement vers les autres chapitres. Il présente les principales spécificités
des nouvelles entreprises de haute technologie dans le contexte européen. L'idée n'est
évidemment pas de prôner pour une attention exclusive vers ce type d'entreprise.
Christian Bruyat et Michel Bouche[24] ont focalisé la leur
sur la création de PMI sous-traitantes industrielles (d'ailleurs souvent partenaires
des jeunes entreprises de haute technologie). Alors qu'on pourrait, a priori, voir
dans le titre de leur chapitre une répétition, des
PMI sous-traitantes peuvent ne pas faire de sous-traitance industrielle dans la mesure où
ce qu'elles vendent n'est pas forcément incorporé aux produits des clients. Les
auteurs exposent les difficultés qu'il y a, aujourd'hui, à créer ces PMI alors qu'il
est capital de penser à leur renouvellement. Ils dénoncent le manque de connaissances
pratiques de ceux qui tiennent à l'occasion des discours surprenants sur les modes
opératoires à déployer pour favoriser la création de PMI sous-traitantes industrielles
et qui, bien souvent, confondent ou amalgament les finalités des recherches en
entrepreneuriat. Les occasionnels et dommageables raccourcis parfois faits entre les
connaissances fondamentales apportées par les chercheurs et les besoins pragmatiques des
praticiens conduisent à offusquer les premiers et à frustrer les seconds, voire à les
couper du monde de la recherche. Ce regret pourrait aussi être illustré par le domaine
de l'externalisation.
La vague d'externalisation touchant la France devrait
être relayée par un entrepreneuriat équivalent, par exemple par ce qu'on appelle la PMIsation
par essaimage[25]. Mais les liens entre externalisation et entrepreneuriat
sont moins directs qu'il n'y paraît. Robert Paturel en précise les contours et les
contenus.
Ces liens ne renvoient pas seulement à la création
d'entreprise, mais aussi à la reprise d'entreprise[26]. Si toute création d'entreprise ne résulte pas de
l'acte entrepreneurial pur, il en est de même pour la reprise d'entreprise et pour une
forme particulière : l'intrapreneuriat. Camille Carrier y a consacré plusieurs travaux
et nous propose un chapitre synthétique sur la question[27]. On y constate que ce qu'on appelle intrapreneuriat
ne relève pas forcément et toujours de l'entrepreneuriat, mais, comme pour la reprise
d'entreprise, les champs sont appelés à se recouvrir largement.
L'intrapreneuriat renvoie au développement de la
créativité, de la capacité d'initiative et d'entreprise des salariés. Christel
Beaucourt et Pierre Louart[28] démontrent que la plupart des aptitudes
entrepreneuriales peuvent se révéler chez les salariés, sous réserve de mobiliser des
méthodes adéquates, voire plus profondément une gestion des ressources humaines de ce
qu'on pourrait appeler l'entrepreneuriat salarial. On peut même supposer que cela
constitue l'un des défis posés aux organisations modernes, dont les formes sont
davantage réticulaires et dont les frontières sont de plus en plus floues.
Une autre thématique avec laquelle l'entrepreneuriat
possède des affinités est celle de l'entreprise familiale. Bruno Amann[29] se livre au difficile exercice de rapprocher le champ
de recherche sur l'entreprise familiale de celui de l'entrepreneuriat. Si l'on peut
comprendre sa demande d'une définition, le consensus en la matière relève de l'utopie.
Le seul consensus auquel sont parvenus les chercheurs est celui consistant à reconnaître
qu'il ne peut y avoir consensus sur une définition
La complexité du phénomène,
ses modes d'expression mais aussi ses contextes d'apparition sont tellement changeants
qu'aucune définition ne peut précisément rendre compte de la réalité observée.
Ainsi, alors que pour l'essentiel les textes
présentés concernent une économie proche de la nôtre, Bertrand Saporta et Lucien
Kombou[30] nous parlent de l'entrepreneuriat africain, lequel
aurait bien des difficultés à se reconnaître dans une définition européenne ou
anglo-saxonne, davantage centrée sur l'individu, alors que la culture africaine
sub-saharienne à laquelle ils s'intéressent privilégie avant tout les valeurs
collectives et la fusion dans le groupe social. A ce titre, le recours aux typologies peut
être d'un grand secours pour appréhender les convergences et différences des formes
d'entrepreneuriat ou des types d'entrepreneurs. Comme nous le rappelle Louis Jacques
Filion[31], quel que soit le domaine abordé, la classification permet
de comprendre et d'apprendre. Alors, peut-être que dans le domaine de l'entrepreneuriat,
et à côté des efforts de modélisation du phénomène, faut-il davantage recourir à
cette forme de construction de la connaissance plutôt qu'à tout prix vouloir obtenir une
définition. Même si les types dégagés par l'exercice ne sont jamais purs, et il
convient de le préciser aux utilisateurs des typologies, les critères discriminants
mobilisés permettent de bien saisir leurs logiques majeures sous-jacentes. Le texte de
Michel Marchesnay[32] l'illustre, en dressant une typologie des entrepreneurs
au regard des perspectives de développement territorial. Sur la base des relations qui
s'instaurent entre le territoire et l'entrepreneur, l'auteur distingue quatre
idéaux-types, dont les acteurs du développement territorial gagneraient à appréhender
les attentes, comportements et potentiels en termes de performance.
Enfin dans le dernier chapitre, alors que, comme le
souligne Philippe Pailot[33], la littérature en entrepreneuriat est davantage
préoccupée par l'entrée et le maintien dans la fonction d'entrepreneur, qu'en est-il de
la sortie de ce statut ? La phase de séparation entre l'entrepreneur et l'organisation
qu'il a créée peut être, pour certains, déchirante tant l'attachement est fort et
relève d'une relation quasi-charnelle. Outre les problématiques de gestion que pose la
transmission du point de vue de l'organisation qui doit continuer à exister, sans doute
faut-il aussi penser à ce que devient celui qui en était l'entrepreneur.
La présentation de cette trame ne met en avant que quelques-uns des thèmes reliant les différents chapitres entre eux. La construction de cet ouvrage est davantage systémique que linéaire et si l'on devait représenter les liens unissant les textes, la carte tracée ressemblerait à une nébuleuse
[1] Elle est reprise dans le titre d'un article devenu classique lorsque lon évoque cette question: Gartner WB, "What are we talking about when we talk about entrepreneurship ?", Journal of Business Venturing, 5(1), 1990
[2] Le mot "entrepreneuriat" n'est pas dans le dictionnaire. Julien & Marchesnay rappellent que le terme a été choisi au Québec par le Conseil de la langue française, au détriment du terme franglais entrepreneurship.
Julien
P-A., Marchesnay M., L'entrepreneuriat, Economica, collection gestion poche, 1996
[3] Cet aspect consubstantiel pose la question de ce que pourrait recouvrir "l'entrepreneuriat collectif". Le concept de noyau stratégique, tel que le présente Martinet, semble pouvoir être mobilisé pour traiter cette problématique. Une autre approche consiste à étudier dans quelle mesure chaque membre du collectif s'inscrit bien dans la dialectique exposée dans la suite du texte, en gardant à l'esprit qu'à partir d'un certain seuil, lanalyse de ce "phénomène agrégatif" renvoie plutôt à dautres notions (équipe dirigeante, etc.) et à d'autres champs de la gestion (la stratégie, notamment dans sa dimension socio-politique, la gouvernance, etc.).
Martinet AC, Management stratégique : organisation et politique, Ediscience, 1984
[4] Cf. ce que Weick appelle enactment
: Weick KE, The social psychology of organizing,
Reading, Massachussetts, Addison-Westley, 1979
[5] Sur la base de théories économiques, on peut parler "d'ordre socio-économique" plutôt que "d'organisation socio-économique". A ce titre, le texte de Langlois pourrait fournir la base conceptuelle d'une étude économique du phénomène entrepreneurial, et conduirait à rejoindre le courant institutionnaliste. Sur une base systémique, il nous semble préférable de parler d'organisation et nous utiliserons ce vocable dans la suite du texte.
Langlois R., La firme planifie-t-elle ?, dans Garrouste P. (éd.), Les frontières de la firme, Economica, 1997
[6] Cf. les problématiques liées au développement, à la reprise d'entreprise, à l'intrapreneuriat, au corporate entrepreneurship, etc.
[7] Sil nexiste pas de définition juridique de lentreprise (voir Supiot, 1994 ; Robé, 1999), ce domaine permet de tracer des frontières où physiquement il n'y en a pas. Ces frontières "artificielles" permettent, outre une réponse aux principes de responsabilité et de propriété (donc aussi de répartition du capital), de fixer momentanément et partiellement le cadre daction et de contractualisation de lorganisation en lui donnant une relative stabilité. Cela sapplique parfaitement à la firme. Ainsi, par exemple, le dépôt des statuts ne lui donne pas forcément une visibilité sociale, la configuration organisationnelle afférente nétant pas encore mise en place. Dans certains cas, elle ne le sera jamais (cf. les "coquilles vides" ou les "boîtes aux lettres"). Quoi quil en soit, le registre juridique consacre l'existence de règles instituées, notamment par des conventions ou des contrats, qui vont permettre aux acteurs internes et externes de finaliser (d'autres disent nouer) leurs relations (fournisseurs, salariés, clients, partenaires financiers, etc.).
Supiot A. (1994), Critique du droit du travail, PUF, collection «Les voies du droit».
Robé J.-P. (1999), Lentreprise et le droit, PUF, collection «Que sais-je ?», N° 3442.
[8] Limpulsion ne renvoie pas forcément à la soudaineté et à la brièveté dune force exerçant une action en vue de modifier un état donné, mais concerne surtout le développement, le dynamisme dune activité, dune entreprise (cf. Larousse).
[9] Selon Wacheux, linterdisciplinarité procède de lutilisation de théories, concepts et méthodes importés dune discipline pour les appliquer dans une autre, la transdisciplinarité renvoie à la construction de connaissances indépendamment dune discipline particulière. Lauteur définit la pluridisciplinarité comme lactivation dune discussion et dun échange entre chercheurs de disciplines différentes autour dun thème particulier. Wacheux F., Méthodes qualitatives et recherche en gestion, Economica, 1996
[10] Bull I. & Willard G., "Towards a theory of
entrepreneurship", dans Bull I., Thomas H., Willard
G. (éd.), Entrepreneurship, perspectives on
theory building, Pergamon, Elsevier Science, 1995
[11] Sachant qu'il peut impulser le phénomène en s'appuyant sur une configuration, ou une entité, qu'il n'a pas créée, et qui devient la base structurelle d'un nouvelle organisation.
[12] Par distinction avec la logique d'insertion (ex :
individu créant à travers lentreprise son emploi).
[13] Bird B., Entrepreneurial
Beharvior, Glenview : Scott Foresman & Co, 1989
[14] Voir le chapitre : "Les dimensions socio-économiques et politiques de l'entrepreneur".
[15] L'angle de vue de ces auteurs les conduit à considérer
l'entrepreneur comme ayant une fonction dans deux types de marchés, celui de
l'économique et celui du travail. Boutillier et Uzunidis proposent alors une conception
originale du capital social quil ne faut pas confondre avec celle proposée par
Bourdieu, laquelle est également mobilisée dans certaines études en
entrepreneuriat.
Boutillier S., Uzunidis D., La
légende de lentrepreneur, Syros-Alternatives économiques, 1999
[16] Voir le chapitre : "Dynamisme entrepreneurial et croissance économique Une comparaison France USA".
[17] Voir le chapitre : "Régions dynamiques et PME à forte croissance Incertitude, information potentielle et réseaux à signaux faibles".
[18] Voir le chapitre : "L'entrepreneuriat face à la globalisation".
[19] Voir le chapitre : "Entrepreneuriat et NTIC la construction du Business-Model"
[20] Voir le chapitre : "Le financement de la création d'entreprise en France Nouvelles tendances, nouveaux acteurs"
[21] Voir le chapitre : "La valorisation de la recherche publique par la création d'entreprise".
[22] Voir le chapitre : "Etat des réflexions actuelles sur l'enseignement de l'entrepreneuriat en France"
[23] Voir le chapitre : "La création d'entreprise de haute technologie"
[24] Voir le chapitre : "La création de PMI sous-traitantes industrielles"
[25] Voir le chapitre de Robert Paturel : "Externalisation et entrepreneuriat"
[26] Voir le chapitre de Robert Paturel : "Reprise d'entreprise Une pratique de l'entrepreneuriat"
[27] Voir le chapitre : "Intrapreneuriat- à la recherche de complice innovant et entreprenant"
[28] Voir le chapitre : "Des entrepreneurs dans les franges du salariat"
[29] Voir le chapitre : "L'entreprise familiale à la lumière de l'entrepreneuriat"
[30] Voir le chapitre : "L'entrepreneuriat africain mythe ou réalité"
[31] Voir le chapitre : "Typologie d'entrepreneur Est-ce vraiment utile ?"
[32] Voir le chapitre : "Entrepreneuriat et territoire"
[33] Voir le chapitre : "De la difficulté de l'entrepreneur à quitter son entreprise"
Philippe ALBERT, HEC et
INSEAD, a été
directeur-fondateur du Centre des Entrepreneurs du Groupe ESC Lyon de 1984 à 1997. Ses
publications concernent principalement la formation à l'entrepreneuriat, les pépinières
et la création d'entreprise de haute technologie. Consultant et administrateur de
sociétés, il est Président d'honneur de l'Académie de l'Entrepreneuriat, Président de
l'Entrepreneurship Committee et administrateur de l'E.F.M.D. (European
Foundation for Management Development).
à l'IUT de Valence et affilié à l'ESA (école supérieure des affaires) de Grenoble, Université Pierre Mendès France.
Ses travaux portent essentiellement sur l'entrepreneuriat et plus particulièrement sur la
création d'entreprise. Il est membre du comité de direction de la Revue de l'Entrepreneuriat.
Trois-Rivières. Outre des cours de base en management, elle dispense des cours plus
spécialisés et reliés directement à ses thématiques de recherche, notamment un cours
intitulé "créativité, innovation et entrepreneuriat". Membre de l'Institut de
Recherche sur les PME et du comité de direction de la Revue Internationale PME,
l'essentiel de ses contributions internationales porte sur l'innovation, la créativité,
l'intrapreneuriat.
créé l'ERFI (Equipe de Recherche sur la Firme et l'Industrie) en 1975, dont
il est actuellement Président. Il préside également l'AIREPME (association
internationale de recherche sur l'entrepreneuriat et la PME). Il est
membre du bureau de l'AIMS (association internationale de management
stratégique). Comme l'attestent ses nombreuses publications, il fût parmi les premiers,
en France, a mener et diriger des travaux de recherche sur l'entrepreneuriat et sur la
PME.