Quelques meuniers exercent encore leur profession, tant bien que mal, mais surtout la grande majorité des moulins survivants sont abandonnés à leur triste sort et disparaissent les uns après les autres. Il en reste encore quelques beaux exemplaires complets. Il est encore temps de les sauver. Avec un ami, Jean Bruggeman va s'atteler à la tâche. Le recensement démarre en 1965, à vélo, en train, en voiture, le Nord est parcouru à la découverte des vestiges existants, parallèlement à la recherche de leur histoire dans les Archives Départementales. Cela débouchera sur l'édition du livre " Nos Moulins-Flandre-Hainaut-Cambrésis " paru en décembre 1971 et qui fut une véritable révélation pour le public de la richesse du patrimoine molinologique de sa région, mais aussi de sa grande misère. Cet ouvrage aura un impact médiatique extraordinaire, qui se poursuivra l'année suivante avec le prix de la Fondation de la Vocation, puis de la création de la première grande exposition sur les moulins, au centre socio-éducatif de Wattrelos en janvier 1973.

Impact tellement fort qu'en février, le premier moulin est sauvé, à Leers, près de Wattrelos, et en mars, Jean Bruggeman abandonne son emploi pour se lancer dans la grande aventure de la sauvegarde des moulins. Et les événements vont s'enchaîner. Participation au Troisième Symposium International de Molinologie à Arnhem qui débouche sur le sauvetage du deuxième moulin à Templeuve, grâce à la pétition signée par les quarante-trois participants de douze pays différents. En juillet, la commune en devient propriétaire. De juin à septembre, la deuxième exposition est installée au musée d'Hazebrouck, en plein cœur de la Flandre des moulins, puis en octobre au musée de Béthune. C'est dans une salle du musée d'Hazebrouck le 23 juin que Jean Bruggeman réunit une partie des vingt-quatre membres qui vont composer le Conseil d'Administration.


1973-2003 : 30 ans d'actions de l'ARAM Nord-Pas de Calais
Jean Bruggeman
L'année 1973, avec la création de l'ARAM Nord-Pas de Calais, fut assurément une année importante avec le véritable début de la sauvegarde des moulins du Nord-Pas de Calais, mais elle est d'abord le résultat de plus de dix ans d'actions, de recherches, de rencontres. En effet, dès 1961, Jean Bruggeman, par le biais de ses études en Art Graphique, découvre les moulins.
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Les actions vont se succéder, organisation du premier chantier de Jeunes Bénévoles au moulin de Cassel en juillet et septembre. Deux conférences sont données, l'une à Artenay en Beauce le 8 décembre, et la seconde à Lille le 15. Le 22, pour clôturer cette fameuse année 73, nous visitons l'atelier des charpentiers de moulins à Gistel en Flandre belge. La toiture du moulin de Leers y était déjà assemblée. Elle sera montée en juin 1974 et les ailes en janvier 1975, les premières d'une longue série de trente-trois, à la date d'octobre 2002.

Mais 1974 est aussi l'année d'acquisition de notre premier moulin, dont la restauration s'étalera sur neuf ans, en grande partie sous forme de chantiers de Jeunes Bénévoles durant les vacances d'été. Et cela parallèlement avec la construction de 1978 à 81 des bureaux et de l'atelier de l'Association, le sauvetage de cinq moulins et la rénovation de neuf autres. C'est ainsi que l'année des dix ans de l'association, sept moulins ont été inaugurés . Les sauvetages vont se multiplier encore, pour ses vingt ans, ce sont vingt-deux moulins qui ont retrouvé leurs ailes et pour les trente ans, onze de plus, sans compter les douze roues neuves ou rénovées par l'ARAM.

C'est en 1979 que l'Association acquiert son deuxième moulin, inauguré en 1988, et un troisième en 1989, inauguré en 1993. Le Musée des Moulins construit de 1992 à 1995, abrite aussi les mécanismes presque complets de trois moulins à eau dont un martinet. La région s'est également enrichie de trois nouveaux moulins, un moulin-tour à Achicourt en 1994, et deux moulins sur pivot, Hondschoote (1993) et Terdeghem (2000). Tous trois réalisés sur des plans de J. Bruggeman. Et notre action, loin de se limiter au Nord-Pas de Calais, s'étend maintenant en dehors de ses frontières avec la restauration d'un moulin à vent dans la Somme, un autre en Côte d'Or, deux en Belgique et enfin celui de Port Louis à l'Ile Maurice. Ce résultat a pu s'obtenir grâce à une gestion saine et dynamique, mais aussi grâce à de nombreuses subventions provenant aussi bien de l'Etat (Culture, Environnement, Jeunesse et Sport) que de la Région et du Département du Nord et Européennes pour le Musée des Moulins.

L'objectif que s'était fixé l'Association à sa création a donc été largement atteint et même dépassé. Mais le plus important, et c'est ce qui assurera la pérennité des sauvetages, c'est le fait que la plupart des moulins restaurés sont propriétés communales, assurant ainsi une garantie pour leur avenir. Le Nord en compte quinze, plus deux moulins à eau, et le Pas-de-Calais deux. Six appartiennent à des associations dont trois à l'ARAM.

Jean Bruggeman

Les restaurations