Les moulins à eau en danger de mort !

Un exemple dans la région Nord-Pas de Calais.

Le Moulin Snick à Blendecques

Le moulin Snick, d’origine très ancienne, il a été moulin à foulon avant la Révolution, est devenu une minoterie à cylindres, sous la direction en dernier lieu des frères Leleu. La minoterie à cesser de fonctionner le 1er juillet 1983.

Sur les conseils de l’ARAM, elle n’a pas été démantelée. Rachetée par une association culturelle, le rez-de-chaussée a été converti en restaurant, tout en conservant le mécanisme. L’abri de la roue a été démoli pour la laisser apparente. Elle a été reconstruite en 1989 sur les plans de l’ancienne, relevée par l’ARAM, qui a aussi débloqué une subvention de 50.000 francs de la Région pour la reconstruire ainsi qu’un nouvel arbre moteur, le tout en bois de doussié.

Le moulin est ensuite racheté par un particulier, qui agrandit le restaurant, sans toucher aux étages où se trouve tout l’appareillage.

C’est alors qu’entre en jeu, le SmageAa, qui avait d’abord pour but de régler le problème des inondations. Lors d’une visite des lieux, nous constatons que la vantellerie est disparue. Le propriétaire nous dit qu’il a été harcelé en vue de signer un papier autorisant la démolition. Ce qu’il a finalement fait (Cliquer ici pour consulter les courriers).

De notre part, nous protestons contre cette démolition, par courrier du 12 mai 2006. La réponse du 13 juin est également reproduite ci-après. En mars 2009, nous retournons sur place, et que voyons-nous, une superbe passe à poissons d’une extraordinaire inutilité, vu la hauteur de la chute, mais coûteuse …

Le site du SmageAa, nous dévoile le coût de l’opération de destruction du barrage soi-disant  infranchissable, et de la création de sa première passe à poissons, dont il est très fier.

2004 : maîtrise d’œuvre pour « réfection » du vannage du moulin : 36.780 €

2008 : remise en état de la roue, de la vanne du coursier et la passerelle : 17.442,97 €

2008 : création de la passe à poissons, et confortement du seuil : 95.357,08 €

Soit un total de 149.580,05 €.

Depuis, une dizaine de barrages ont été démantelés dans la vallée de l’Aa. Vallée, qui a compté 70 moulins puissants, à farine, à huile, à papier, car l’eau y est toujours abondante et nerveuse. Un potentiel énergétique inutilisé. 

La directive 2001/77/CE relative à la promotion de l’électricité produite à partir de sources renouvelables impose aux Etats membres de supprimer toute mesure empêchant le développement de la production d’électricité renouvelable. Le France préconise exactement le contraire, et agit…

 

Le moulin et ses meuniers

Le moulin au 19-11-1989

Le moulin au 19-11-1989

Autre vue au 19-11-1989 Le moulin au 30-03-2006 Le moulin au 05-04-2009
 

Le moulin au 05-04-2009

   

 

Et en dernière nouvelle : Extrait du bulletin n° 92, octobre 2012 de la FFAM.

Un peu plus d’Europe dans la France s’il vous plait…

L’annonce est passée à peu près inaperçue cet été mais elle est pourtant de la plus grande importance. L’Europe a en effet lancé le projet RESTOR (Renewable Energy Sources Transforming Our Régions) avec la ferme volonté de donner un nouveau souffle aux projets de très petites centrales hydroélectriques sur le Vieux Continent. Sont concernés les moulins à eau dont le potentiel se situe entre 5 kW et 100 kW. C’est-à-dire la très grande majorité de nos moulins.

L’objectif de RESTOR ? Obtenir sous 36 mois une évaluation qualitative et quantitative la plus précise du potentiel en Europe ? Puis soutenir les projets de restauration selon un modèle précis (financier, technique et légal) et un montage original qui inclut la création de coopératives dans lesquelles les collectivités locales sont parties prenantes et perçoivent leur part des revenus de la vente d’électricité. Un montage quoi devra d’abord faire ses preuves sur des sites pilotes. En clair, prudence…

Quoiqu’il en soit l’Europe ne lésine ni sur les objectifs ni sur les moyens. La perspective est d’équiper, en 2020, 87.500 moulins en Europe sur les 300.000 existants avec, pour levier financier, les Fonds structurels européens. L’ambition ne s’arrête d’ailleurs pas en 2020. En 2050, l’Europe vise 256.000 moulins produisant 53 TWh/an dans lesquels elle compte avoir investi 33,7 milliards d’euros. Des chiffres astronomiques !

Alors pourquoi cette « générosité » de l’Europe ? Parce qu’elle s’alarme du non développement de la petite hydro malgré le fort potentiel qu’elle présente, « les Etats membres en ayant largement ignoré ses bénéfices jusqu’à maintenant. » Parce que l’Europe croit au rôle de la petite hydro sur deux axes : pour atteindre les objectifs de 2020 qui fixent les taux d’utilisation d’énergie renouvelable dans le mix énergétique européen et les seuils de réduction de gaz à effet de serre ; et pour participer à la stabilité du réseau et à la sécurisation de la distribution au moment où l’Europe veut relancer l’éolien et le photovoltaïque – sources intermittentes.

Dans ce contexte, comment va réagir le nouveau gouvernement en France ? Difficile d’anticiper mais les premiers signes ne sont pas décourageants. La petite hydro a été la grande absente des débats sur le mix énergétique et les énergies renouvelables qui se sont tenus les 14 et 15 septembre 2012 à Paris sous l’égide de la Ministre Delphine Batho. On y a parlé soutien aux filières éoliennes et photovoltaïques mais rien n’a été évoqué concernant la petite hydro. Encore une occasion ratée !

An contraire de l’Europe, la France ne considère pas la petite hydro comme un investissement d’avenir. Le renouveau des moulins, c’est peut-être comme l’économie : la relance n’aurait-elle de salut qu’à l’échelle européenne ?

 

                                                                                                  Eric Montagne

                                                                                                  FFAM – MillWatts

Voir le site de la FFAM

Et au Pays-Bas, dans la revue « Molens » n° 107, septembre 2012, de la « De Hollandsche Molen ». 

Dont voici un résumé de la traduction:

Des moulins à eau du Brabant-du-Nord fournissent de l’électricité verte

Des voitures roulent à l’eau

Le moulin à eau de Spoordonk (petit village situé dans la commune néerlandaise d'Oirschot, dans la province du Brabant-Septentrional) fait encore de la mouture et offre, depuis le 7 juin 2012, du courant électrique pour charger la voiture, pendant que vous buvez votre tasse de café.

Le texte a été rédigé par la famille Emile van Esch, propriétaire et meunier de ce moulin à eau. La roue à eau tournante alimente une génératrice livrant de l’électricité à un poteau d’alimentation pour voiture électrique.

Une nouvelle association a vu le jour : l’Association des Roues Tournantes qui a pour but de produire, à partir de 2015, 1 Gigawat/heure sur le ruisseau, le Dommel. Ainsi ils sont déjà à trois pour participer à ce projet: Martin Hermans de Waalre (président), Bas Verhaegen (entrepreneur d’Eindhoven) et van Esch.

Suit un historique: aux Pays-Bas ainsi qu’en Angleterre, on a essayé lors de la deuxième guerre mondiale de produire de l’électricité à partir des moulins à eau. Les grandes centrales électriques ont mis fin à ce projet.

Le meunier de Spoordonk lance un projet basé sur une turbine, adaptée à la région (dénivellation : 0.5 à 2 m) correspondant aux normes d’un haut rendement (au minimum 75%), avec passe à poisson, et frais de production peu élevés.

Actuellement 7 propriétaires (particuliers) font partie de l’association. Leur projet consiste à produire ensemble à partir de 2015 annuellement 1.000 Mégawatt/heure. Pour cela divers moulins à eau et chutes devront être pourvus d’une génératrice. Le Spoordonkse molen est le troisième de cette série, après le Volmolen en aussi le Hooydonkse moulin à eau, situé à Nederwetten.

A Spoordonk la génératrice est accouplée à la roue à eau, mais à Nederwetten il a été opté pour une vis d’Archimède pour produire l’électricité. A l’avenir viendra s’ajouter la possibilité de développer aussi la turbine, inventée par Verhagen. Dans tous ces moulins, l’aspect authentique subit peu de changement: à Spoordonk il n’y a qu’un petit moteur électrique sur l’axe de la roue, qui est relié au réseau électrique et qui livre à ce réseau de l’électricité lorsque la roue atteint une vitesse plus élevée. En outre il y a quelques fils électriques et un petit tableau permettant la maintenance. La valeur monumentale du moulin, classé par le Royaume, n’est entamée en rien.

Une journée entière de la roue tournante produit environ 25 kWh, assez pour permettre de charger une voiture électrique. Le coût sera récupéré dans un délai de 5 à 10 ans, et, dans le meilleurs des cas, à l’avenir 300 habitations (1 GigaWh) seront pourvues d’électricité venant de la Dommel. Nous sommes dans une phase de transition entre de l’énergie produite par de grandes centrales et une énergie durable et locale: un moulin à eau permet de jouer un rôle dans cette évolution.