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Le Moulin Fanchon
Candas (80750)

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Moulin de Candas
 

Le 18 novembre 1997, l’Association pour la Sauvegarde du Patrimoine de Candas est créée, avec pour objectif principal la restauration du moulin Fanchon. Les premiers temps, son action consiste à faire connaître son projet sous diverses formes : information, organisation d’une exposition et de fêtes, édition de cartes postales. Toutes ces actions sont effectuées en étroite collaboration avec la municipalité qui est partie prenante dans l’opération. Une première réunion a lieu le 18 juin 1999 avec des responsables de l’association, au siège de l’ARAM. Une deuxième réunion a lieu sur place. Les relevés de la tour permettent de constater que celle-ci a été rehaussée de 1,50 m ainsi que tous les planchers, afin d’y adapter un mécanisme moderne dans le courant du XIXe siècle, pour actionner une deuxième paire de meules.

Une étude du cadastre permet aussi de découvrir que la commune a compté au moins trois tours octogonales en bois érigées vers 1860, de type picard.

Une deuxième visite des lieux se tient le 23 août pour compléter les relevés et les plans de la tour. Une première estimation du coût des travaux est établie. Les plans définitifs sont réalisés en mars 2000 et transmis en mairie lors d’une réunion de travail le 18 novembre.

Sans attendre de lancer les demandes de subvention pour la rénovation du moulin, la commune décide d’entamer immédiatement une première tranche de travaux, et débloque un budget de 100 000 F à cet effet. Le 5 mai 2001, tous les protagonistes sont réunis en mairie ainsi que l’artisan maçon Bruno Hordequin de Beauquesne à qui la commune confie la commande. Celle-ci consiste en un démontage de la partie surélevée de la tour avec récupération des vieilles briques, en un coulage d’un chaînage en béton armé, en une réfection des arcs des fenêtres et des portes et en une reprise des lézardes.

Les travaux qui devaient commencer en juin ne l’étaient pas encore en août, mais le 5 octobre, nous avons pu constater que le chaînage en béton était réalisé. Le même jour, une importante réunion s’est tenue à la mairie pour lancer les demandes de subvention pour la totalité du projet (restauration du moulin et construction de la maison du meunier).

L’attachée de mission du syndicat mixte des Vals d’Authie, Nièvre et Somme était présente pour apporter une aide précieuse à la commune.

L’ARAM se charge de faire établir les devis pour la totalité des travaux du moulin : maçonnerie, menuiserie, charpente et mécanisme. C’est chose faite en novembre. 

Mais il faut encore plusieurs années de patience, car il faut obtenir les subventions, trouver un architecte et lancer les appels d’offres.

Ce n’est que le 5 mai 2004 qu’une première rencontre a lieu en mairie avec Joël Letocard, architecte D.E.S.A.-Urbaniste I.U.G., en présence du maire, d’adjoints et de Pierre Desbureaux, président de l’association pour la sauvegarde du patrimoine de Candas. Le dossier d’appel d’offre est déjà en cours ; le 23 juin nous faisons le tri parmi les entreprises postulantes, le 28 juillet c’est l’ouverture des plis et le 29 septembre l’analyse des offres. Le 16 décembre, les dossiers concernant les lots charpente-mécanisme-menuiserie sont signés par l’entreprise Création Bois Construction, et transmis à la préfecture le 23.

Une première réunion préparatoire a lieu le 9 février 2005, à la mairie puis sur place, avec le maître d’ouvrage, les maîtres d’œuvres (architecte et ARAM), les entreprises Création Bois, De Keyser pour l’électricité et SFR Clin pour la serrurerie. La principale entreprise, de maçonnerie, Hubert Callec, s’est excusée. Les prévisions concernant le lot du charpentier sont : pose de la toiture du moulin ainsi que les ailes vers les mois de septembre et octobre 2005. La prochaine réunion (l’architecte est maintenant Daniel Bertin représentant Joël Letocard) doit permettre au maçon et au charpentier de s’accorder, pour la pose des poutres, dont un plan précis est fourni par J. Bruggeman. Elle a lieu le 31 mars. L’entreprise Hubert Callec indique qu’elle interviendra à partir du 18 avril avec trois ouvriers, les directives sont données par l’architecte. A la réunion suivante, le 7 avril, M. Barbier, adjoint au maire, propose de récupérer des briques d’un bâtiment en ruine offert par un habitant de Fienvillers, village voisin. Le coordinateur de sécurité est présent. Il est demandé de sabler l’intérieur du moulin. La prochaine réunion programmée le 21 avril ou le 28 a lieu le 12 mai. Le représentant de l’entreprise de maçonnerie, toujours en retard, est présent. La sablage a été effectué et l’échafaudage est monté dans la tour. Au 16 juin, la dalle de béton est coulée, les briques sont récupérées, le rempochage commence. Au 23 juin, il faut rappeler au maçon les hauteurs de chaque niveau, les détails d’encastrement des poutres, etc. Les réunions s’enchainent, le 30 juin, le 7 juillet, le 21 juillet. A ces deux dernières dates, il est demandé l’intervention du charpentier pour installer les poutres des étages, mais ce n’est que le 1er septembre qu’il est présent à la réunion, au cours de laquelle il donne son nouveau planning : à partir du 15 septembre, pose des poutres, des planchers, des portes et fenêtres, de la charpente sur place, couverture et ailes, de décembre à avril pose des aménagements intérieurs. Le maçon doit rajouter deux rangées de briques au sommet de la tour et prévoir la fin des travaux pour fin septembre.

Entre-temps, la fabrication des ailes est lancée à Saint-Amand-les-Eaux, par l’entreprise Solespam pour la partie métallique, et par le président de l’ARAM, en août, pour le lattis et planches de vent, le tout achevé fin août.

A la réunion du 8 septembre, concernant le gros œuvre, le sol en brique est en cours de réalisation, les linteaux des portes en grès sont enfin fait, la saignée dans le mur intérieur est bouchée, mais en oubliant la gaine pour les câbles électriques, la maquette du panneau de chantier est approuvée.

Ce n’est que le 19 octobre que les meules et la poutre pour tailler l’arbre-moteur sont enlevées du terrain de l’ARAM par Création Bois. Les meules sont expédiées en Hollande pour y être restaurées. En fin novembre, le charpentier nous demande les plans du moulin, ce qu’il avait déjà en sa possession ! Et en janvier 2006, la dimension des voiles ! Le rouet est fabriqué en décembre-janvier, la charpente est assemblée à la même date. Des modifications y sont apportées sans qu’il y ait une seule concertation, dont des défauts graves, et que le charpentier se refuse à corriger.

Les réunions de chantier reprennent le 18 janvier 2006. La restauration de la tour se poursuit péniblement. Les menuiseries sont en cours d’installation ainsi que les poutres, sans aucune coordination entre les diverses entreprises. Ces dernières ne sont pas posées sur des achelets comme ordonné à plusieurs reprises.

Le 24 janvier, les éléments de la charpente sont amenés sur place. Mais c’est sur place aussi que le taillage de l’arbre-moteur est achevé… La charpente est réassemblée et couverte de bardeaux au sol, par un froid glacial. A cause du retard, des avenants aux marchés pour accorder un délai sont signés par les entreprises. Les réunions se succèdent : 31 janvier, 7, 14, 21 février. Le rempochage n’en fini pas de se prolonger… Après maints rappels, le panneau de chantier règlementaire est enfin posé, avec onze mois de retard…

Enfin, le 28 février voit la mise en place de la calotte tournante au moyen d’une seule grue. Les meules, qui arrivent de Hollande le matin même, sont posées à leur place dans le moulin directement. Et nous constatons qu’elles ne sont pas rhabillées, quoique bien restaurées et cerclées à neuf. La gisante n’a pas son boitard ! Les escaliers courbes sont aussi déchargés et installés. Des briques du sommet de la tour tombent lors de la mise en place du toit, là aussi le plan n’a pas été respecté, il faut maintenant les enlever. Le 7 mars, c’est au tour des ailes d’être montées. La verge  extérieure a  été placée à l’envers dans la tête en fonte, les cales sont en chêne alors qu’elles devaient être en  bois exotique ! La queue est également logée le même jour.


Le chantier, qui devait être terminé fin mars, ne l’est pas encore fin avril, et un délai supplémentaire est accordé aux entreprises. Le charpentier reporte même l’aménagement de la bluterie en juin voire juillet … Une visite se tient le 4 avril pour examiner le mécanisme ; une liste de défauts à corriger est dressée, mais le 18 avril, date de la réception provisoire, pratiquement rien n’a été fait, et une nouvelle liste est dressée, à achever pour la réception définitive portée au 9 mai. Mais ce jour, qui devait voir le moulin tourner à plein régime, les ouvriers sont encore en train de remplacer les tirants de la queue, la trempure ne fonctionne pas, les cales du rouet n’ont pas été remplacées, et ce n’est que le matin même que les voiles sont installées. Un petit essai, de rotation des ailes est effectué, aussitôt stoppé !… Le vent était pourtant de la partie, comme les jours suivants d’ailleurs. L’électricien, lui aussi, n’a pas encore terminé son travail, ni le maçon. Lors d’une visite, le 20 mai, M. Barbier, maître d’ouvrage, nous fait remarquer que les portes sont en train de se déformer, n’ayant pas de cadre et l’épaisseur des traverses étant bien trop faible ! Le charpentier a jusqu’au 26 mai pour achever son travail, mais le 11 juin, jour de la fête du moulin les ailes sont immobiles, les travaux n’étant toujours pas exécutés. On apprend cependant ce jour là que des essais ont été effectués le 24 mai sans que le maître d’œuvre soit invité ! Essais qui n’ont pas été concluant car les dents du rouet ne s’engrennent pas dans les fuseaux de la lanterne, et ne parlons pas de la meule ! La fête par contre obtient un franc succès, se déroulant de plus sous un magnifique soleil. Un nouveau rapport est adressé au charpentier en recommandé, qui répond par une lettre adressée au maire rempli d’injures d’une grossièreté incroyable contre le maître d’œuvre. Ce n’est que les 29 et 30 septembre que des travaux sont entrepris au moulin. A plusieurs reprises le charpentier doit intervenir pour remettre le rouet à sa place, car le calage qu’il s’obstine à ne pas corriger est inopérant. La bluterie qui devait être montée en septembre, puis novembre est maintenant reportée en janvier-février !… La meule ne fonctionne toujours pas !…

Enfin, la bluterie est installée en février 2007. Nous apprenons que lors d’un essai pour faire tourner la meule, le grand fer s’est soulevé, en brisant deux fuseaux de la lanterne. Le 3 juillet, nous nous rendons sur place pour vérifier les dégâts, tout à fait compréhensible, car le système de trempure ne fonctionne pas et que les dents ne rentre pas suffisamment dans la lanterne. Nous constatons aussi, que la fixation du rouet sur l’arbre a encore une énième fois été refait. Le rouet est maintenant bloqué par une série de 16 équerres en fer, mais les cales sont restées comme anciennement ! Du bricolage. 

Le 9 juillet, nous apprenons que l’entreprise a été totalement réglée, alors qu’elle a livré un moulin non fonctionnel. Qu’une réception définitive avait été faite, à notre insu, afin de ne pas perdre les subventions. Et ce sont les maîtres d’œuvres qui se font réprimander par la municipalité ! Le charpentier s’empêtre dans ses explications mensongères, prétendant que le grand fer est le coupable de ses problèmes. Un long courrier rappelant les nombreux rapports et mises en garde sur le dangerosité du moulin est adressé au maire. Celui-ci répond le 23 juillet, disant que le charpentier s’engage à réparer les malfaçons. Le grand fer est embarqué pour « réparation » ! La lanterne retrouve deux fuseaux neufs, sans aucune modification, alors que c’est là que réside la principale malfaçon. Comme toujours, personne ne nous tient au courant des travaux, il faut que nous relancions la commune, en octobre, avec l’architecte, qui n’est plus au courant de rien, mais qui a été réglé de ses honoraires alors que nous attendons toujours les nôtres… Nous constatons ensuite que le grand fer a été « corrigé » et que son sommier a été remplacé par un nouveau déjà renforcé par de multiples boulons et les dents du rouet rentre à peine entre les fuseaux. Il est convenu d’attendre que le charpentier fasse des essais, pour dresser un constat. Le 31 octobre, date à laquelle une cérémonie de remise du prix National des « Rubans du Patrimoine » au Moulin Fanchon est accordée, le moulin n’est toujours pas fonctionnel, et ne l’est pas encore deux ans après la fin théorique des travaux.

 

Textes : Jean Bruggeman



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