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Le Moulin d'Achille
Moringhem (62910)

[Photos et vidéo]
[Bibliographie]
Liste des moulins




 

Moringhem est la fusion de deux villages : Moringhem et Difques. La carte de Cassini n’y signale aucun moulin, mais l’inventaire de 1790 mentionne un seul moulin sur pivot, à Moringhem, appartenant à Guillaume Vieillard. Un deuxième est érigé avant 1811, et à la même date Difques possède son moulin, en pierre. Il aurait été construit en 1799.
C’est le seul qui subsiste de nos jours. Parfaitement entretenu par son actuel propriétaire, M. et Mme Debacker.
 

 D’après le cadastre, il appartenait en 1811 à Louis Decroix, demeurant à Barbinghem (hameau près du moulin), puis aux héritiers, et vers 1871 à Augustin Decroix, propriétaire à Lumbres, suivi de Marie Decroix vers 1904. Il est alors occupé par Fleury Roussel-Vasseur, meunier, qui en devient propriétaire en 1908. Il y ajoute aussitôt un moteur abrité dans une construction près de la tour, la transmission passant dans un souterrain. En 1928, le moulin est légué à son gendre Achille Herbert-Roussel, qui travailla durant toute la dernière guerre jusque vers 1955 après avoir perdu deux ailes. Il est acquis par M. Lemaire en 1959 pour en faire sa résidence secondaire, mais il enlève les meules et ses transmissions. Le moulin se dégrade et il le vend en 1964 à M. Charles Debaecker et son épouse, qui entreprennent aussitôt la restauration dans le respect du moulin, en conservant tous les éléments subsistants. 

Description technique 

La belle tour en pierre blanche, de type cylindrique, a une hauteur de 9,15 mètres, un diamètre extérieur de 7,21 m et intérieur de 4,97 m à la base. En 1813, d’après un renseignement du fisc, le moulin est à un moulage, c’est-à-dire qu’il n’a qu’une paire de meules. Actuellement il est équipé de deux paires de meules (enlevées en 1959). La plus ancienne photo le représentant date de 1910, la tête des ailes est encore en bois. Les ailes ont une envergure de 21 mètres, le rouet un diamètre de 2,35 m avec 48 dents. La grande lanterne un diamètre de 1,87 m avec 42 dents, et le hérisson comporte 156 dents. Les deux pignons-lanternes sont malheureusement disparus. Les meules étaient actionnées par le dessous, et se trouvaient au 2ème et dernier étage.

Le renouveau du moulin 

Dès son acquisition, la famille Debacker entreprend des travaux qui vont s’étaler sur dix ans. Renouvellement en ardoises de la couverture qui fuyait de toutes parts, des planchers, des fenêtres, des portes, traitement général contre les vers, rejointoiement de la tour à la chaux, mais aussi empierrement du chemin d’accès qui était impraticable en voiture, sur une distance de près de 500 mètres, avec adduction d’eau et d’électricité.  

Les premiers contacts avec le futur président de l’ARAM date de 1969. Le moulin a déjà été restauré, et il n’est pas encore question des ailes. Mais les années passant, la tentation devient de plus en plus forte. En 1991, le projet recommence à voir le jour plus sérieusement, mais en 2004 un autre projet voit aussi le jour, l’implantation de 26 énormes éoliennes dans les environs du moulin. Il n’est plus question d’installer des ailes dans un environnement pareil, mais … une forte opposition fait capoter ce projet démentiel. En 2008, nouveaux contacts pour réaliser concrètement le projet, d’autant plus que le village compte une entreprise de constructions mécaniques, capable de les fabriquer, et dont par ailleurs, le chef d’entreprise, Régis Lebriez, est le petit-fils du meunier du moulin de Nortbécourt tout proche.

Les plans et conseils sont fournis par l’ARAM. Un devis est établi le 28 juillet 2008. La Fondation du Patrimoine est contactée et une réunion se tient au moulin le 23 septembre 2009 pour faire le point. L’ARAM fait don d’une poutre en chêne de 12 mètres de long, pour faire la queue du moulin (ancien entrebut du moulin de Valmy !) et des barreaux pour les ailes, qui sont enlevés le 4 février 2010 par l’entreprise Lebriez  Celle-ci entame la fabrication des ailes en hiver. Elles sont achevées en avril. Les arbres qui cachaient le moulin sont coupés. D’ultimes conseils sont encore donnés le 27 avril pour effectuer les petits travaux obligatoires avant la pose des ailes : vérification du frein, fixation des ailes, de la queue, etc. 

Le grand jour arrive, le 15 juin 2010, la grue, les élévateurs, toute l’équipe de l’entreprise Lebriez sont sur place au matin de bonne heure. Le ciel est gris, mais le vent, aujourd’hui indésirable, est aussi de la partie. La verge intérieure est néanmoins installée dans la tête peinte en rouge. Le lattis est mis en place dans la foulée, mais le vent, décidément trop fort, empêche le placement de l’autre verge. C’est le lendemain matin de bonne heure, malgré le vent toujours présent, mais moins violent que la veille, qu’elle est mise en place. Dans l’après-midi, les ailes entièrement habillées, sont en état de fonctionner. Ce sont les 41ème que l’ARAM a contribué à faire renaître, les 6ème du Pas-de-Calais. Le village s’enrichit d’un superbe moulin, qui se voit des kilomètres à la ronde. Le petit-fils du meunier de Nortbécourt, et ses enfants peuvent être fiers de la parfaite réussite de l’opération, et Agnès et Charles Debacker ont enfin réalisé leur rêve.

Textes : Jean Bruggeman



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