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Le Moulin de la Marquise
Moulbaix (7780)

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 Moulin de Moulbaix

 

D’après l’historien Jules Dewert, le moulin de Moulbaix a été racheté par Gabriel-François, Marquis du Chasteler de Moulbaix ,en 1748, à un nommé Mercier, qui l’avait construit l’année précédente avec la permission du baron de Lucé, intendant de France lors de l’occupation du pays par les Français. La date, reportée sur le grand rouet, que certains prétendent être 1614, est en réalité 1814. on retrouve d’ailleurs cette date avec l’inscription « F. DEGAUQUIER ». Par ailleurs une carte datée 1690, et une autre de 1745, n’indiquent aucun moulin à Moulbaix.

Probablement abandonné depuis quelques temps, le moulin est sauvé en 1927 par la marquise du Chasteler. Un nouveau meunier, Jules Cyril Mylle, originaire de Flandre, le reprend en juillet 1928, jusqu’à son départ le 21 mai 1937. de nouveau à l’abandon, il sera définitivement sauvé par l’arrivée en 1942 d’un nouveau meunier, également originaire de Flandre : Joseph Dhaenens. Avec son père Hector, descendant d’une longue lignée de meuniers, il va remettre le moulin en ordre. Depuis, il ne cessera plus de fonctionner. De nos jours, il tourne encore, sous la direction de son fils, également prénommé Joseph.

Le moulin a subi plusieurs grandes rénovations, notamment en 1959-60, avec le remplacement du maître sommier et du pivot, provenant du moulin de Rollegem-kapelle. Ce dernier porte l’inscription « I.H.S. DOMINICUS ENDE JOANNES DE VOS 1783 ».

Les travaux sont exécutés par les charpentiers de moulin Robert Vandekerkhove de Ingelmunster et Herman et Guido Peel de Gistel. Ces deux derniers vont encore effectuer une grande rénovation en 1984, avec le remplacement des ailes.

En 2003, les démarches sont de nouveau entreprises pour le rénover de fond en comble, afin de laisser aux générations futures un monument (classé en 1944) en parfait état.

Une quatrième campagne de travaux est envisagée dans les années 1990, principalement pour préserver l’avenir en effectuant une profonde et durable restauration dans les règles de l’Art. 

C’est évidemment le problème du financement qui fait retarder les choses, mais le feu vert pour lancer les opérations arrive enfin en l’an 2000. Le 31 juillet, une visite approfondie du moulin permet d’établir la liste des éléments à restaurer ou à remplacer, suivi d’un premier devis estimatif. Mais c’est la réunion du 20 avril 2001, au château du comte d’Urssel, qui lance véritablement l’affaire. Etaient présents, le comte d’Urssel (depuis décédé), le bourgmestre Bruno Vangrootenbrulle, le secrétaire communal Marc Duvivier, le meunier Joseph Dhaenens et son beau-frère Stefaan Vroman, l’architecte Michel Fourmentin et Jean Bruggeman. Il y est débattu du financement, qui sera assuré par la Région Wallonne, la province de Hainaut, la ville d’Ath et le propriétaire, qui sera l’association du Moulin de la Marquise en cours de gestation. 

Une première réunion de démarrage se tient au domicile du meunier le 3 décembre 2002. Les relevés du moulin débutent le 18 janvier 2003 par un froid glacial et vont se poursuivre durant plusieurs semaines, en grande partie par J. Bruggeman, l’architecte les redessinant en trois dimensions. Lors de la deuxième réunion du comité d’accompagnement, qui a lieu le 26 février, les plans en 3 D sont présentés et permettent déjà de connaître avec plus de préçisions les pièces à remplacer.  

A la troisième réunion, du 16 avril, il est débattu des essences de bois, des renforts métalliques, de l’appenti de la bluterie, du désir du meunier qui demande de maintenir l’outil en activité pendant le chantier, etc. Les plans sont achevés au début 2004. Une ébauche de cahier des charges est fournie par J. Bruggeman. Le définitif est fait par l’architecte. 

Enfin, le 7 février 2005, nous nous retrouvons autour d’une table pour faire le point et relancer le dossier qui a pris du retard. La quatrième réunion est programmée le 22 février. La commune demande que le financement de la Division du Patrimoine soit porté à 80%. Il s’agit maintenant de lancer les avis de marché ; au final, c’est la société momentannée Dherte S.A. – Vanleene Eric qui est retenue à l’adjudication du 6 septembre 2005. 

Les démarches administratives enfin achevées, la première réunion de chantier a lieu le 27 janvier 2006. L’entrepreneur devra soumettre son planning pour la prochaine réunion du 31 janvier et la commune donnera son ordre de commencer les travaux. Ce sera le 3 avril. En attendant ce sont encore des formalités administratives qui sont réglées, ainsi que des détails techniques, type de brique, bardeaux, panneau de chantier, etc. On apprend que le financement est finalement assuré à 80% par le Ministère de la Région Wallonne, 19% par la commune et 1% par la province de Hainaut. 

Le premier grand jour a lieu le 11 avril, avec l’enlèvement des ailes intérieures, suivi de l’étançonnement à l’ancienne du moulin, le tout effectués de main de maître par Eric Vanleene. Les fouilles sont faites autour des dés pour examiner l’état des fondations en brique, qui sont saines. A la quatrième réunion de chantier qui se tient le même jour, le choix des matériaux est décidé. Au 18 avril, la démolition des dés en béton est bien entamée. C’était du solide ! L’entrepreneur propose de remplacer les quatre liens extérieurs du piédestal par de nouveaux, sans modification de prix, ce qui est accordé. Les quatre dés sont arasés, le moulin n’est plus soutenu que par les étais. Le pivot lui-même a été descendu pour pouvoir examiner son téton, qui est en parfait état. 

Les deux ailes extérieures sont enlevées le 16 mai. Le piédestal est entièrement achevé. Le petit rouet et les deux pignons-lanternes sont démontés en vue d’une restauration en atelier. A la réunion du 23 mai, il est surtout débattu du choix du bois pour la robe, et de son traitement, qui, pour l’ARAM n’est pas nécessaire. En définitive, faute de trouver les longueurs en mélèze, c’est du pin d’orégon qui est choisi, et non traité.

En juillet, les bardeaux en châtaignier commencent à couvrir la façe au vent. Le moulin est ensuite complètement entouré d’échafaudages, sécurité oblige. La toiture en bardeaux est achevée en octobre. L’échafaudage est démonté en décembre. Les travaux se poursuivent tout l’hiver et seront achevé au printemps 2007. 

C’est un moulin quasiment neuf que Moulbaix retrouvera, le dernier de Belgique qui fonctionne encore régulièrement pour moudre le blé panifiable, avec un authentique meunier passionné par son métier.

Le moulin est inauguré le 19 mai 2007, sous un magnifique soleil. Cependant, les travaux ne sont pas terminés. Il reste à installer la bluterie, achevée depuis un certain temps par le menuisier du village, et qui attendait sa soie. Rares en effet sont les entreprises qui peuvent encore livrer des soies traditionnelles. C’est la société Troccon de Bourg-en-Bresse qui livre la gaze, en nylon (nytal). Le tambour de la bluterie, de 4,19 m et de 2,575 de périmètre, est un peu plus long que l’ancien. Le meuble lui-même, est réalisé dans un très beau pitchpin, et mieux conçu, pour une plus grande facilité d’entretien, car l’espace dans l’appentis est restreint. Le 21 septembre, l’ancienne bluterie est démontée au petit matin, et la nouvelle installée à sa place. Le 26 octobre la réception provisoire a lieu.

Cette profonde restauration, réalisée dans les règles de l’Art par une excellente entreprise, permettra au dernier vrai meunier d’un moulin à vent de poursuivre sa noble tâche de moudre le blé, durant encore de très longues décennies.

 

Textes : Jean Bruggeman



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