Les cloches d'Hesdin et Henri IV

Ce sont les archives de Bures-en-Bray en Seine Maritime qui nous révèlent cette histoire des premières cloches de la ville d'Hesdin. A l'époque où Henri IV, occupé à conquérir son royaume, bataillait à Arques, il vint plusieurs fois au manoir de Tourpes, situé sur la paroisse de Bures, visiter Gabrielle d'Estrées. On rapporte qu'un soir, ne sachant pas trop par où pénétrer dans l'enceinte du château entouré de larges fossés remplis d'eau, le Béarnais fit demander de quel côté on pouvait l'aborder. "Par l'église" lui fut-il répondu, réponse à double sens, faite au visiteur qui n'était pas encore converti au catholicisme. La tradition ajoute que, dans cette visite ou dans une autre, pressé par Gabrielle de se faire catholique, il lui demanda si elle assistait souvent à la messe de sa paroisse, elle qui paraissait se montrer si fervente. "Rarement" répondit-elle, la cloche est si petite que je ne l'entends pas sonner. "Ventre-saint-gris", répartit le roi, s'il y a de belles cloches dans la première ville dont je me rendrai maître, elles seront pour Bures. Peu de temps après cet entretien Henri prenait Hesdin et envoyait à Bures quatre magnifiques cloches qui y sont restées jusqu'en 1793, ainsi que la petite cloche nommée Berline, de laquelle Gabrielle d'Estrées se plaignait à Henri IV. La République de 1793 en a pris trois. La plus grosse et la plus petite sont restées à l'église. Malheureusement elles ont été renfondues et leurs anciennes inscriptions n'ont pas été conservées".

Cependant, si cette anecdote s'est passée au temps de la bataille d'Arques, aucune date ne correspond. Depuis 1580 1e carillon de Notre-Dame d'Hesdin se compose de 13 cloches avec cette inscription : "Nous fit Martin Hewlin, l'an 1580". Gabrielle d'Estrées ne vit pour la première fois Henri IV qu'en novembre 1590. La "belle Gabrielle" fut faite duchesse de Beaufort le 10 juillet 1597 et mourut probablement empoisonnée, sur le point de devenir Reine de France, en 1599.
Les cloches d'Hesdin arrivées à Bures ne sont donc qu'une légende qui prend place parmi ces innombrables anecdotes qui firent la popularité d'Henri IV.