Martin et Martine de Cambrai

Quelle histoire que celle de Martin et Martine de Cambrai. Nous vous soumettons pêle-mêle ci-dessous e nombreux éléments qui vous permettrons de vous forger votre opinion...

  • préambule
  • 1ère version
  • 2de version
  • le chanson de Martin et Martine
  • la légende romancée

Préambule

Lors de la fête du 15 août 1713 apparaissent pour la première fois des personnages vivants représentant Martin et Martine et hissés sur un char de triomphe.

Le Rouge dans son Voyage en France en 1719, décrit la procession de Cambrai avec parmi ses quatre chariots de triomphe, le char du "clocher de l'Hôtel de Ville avec son horloge et deux personnages "Martin et Martine" sonnant l'heure sur une clochette véritable".

Les géants de Cambrai, issus des jacquemarts de l'Hôtel de Ville, sont véritablement nés en 1899. Le char, exécuté par Jules Deudon, représentait Martin et Martine de chaque côté d'une grosse cloche en fonte tandis qu'une tour crénelée les précédait. La première guerre mondiale voit la destruction de ces premiers géants pendant que les jacquemarts, précipités du haut de l'Hôtel de Ville, sont emmenés à Liège. Rendus à Cambrai le 4 avril 1919, ce sont les restes rassemblé~ des jacquemarts qui remplacent les géants lors du défilé triomphal du 15 août suivant. L'idée d'exécuter de nouveaux géants ne réapparaît qu'en 1923. Sous l'appellation "Le coup de marteau", le char, exécuté par Paul Désormais, représente Martin et Martine assénant leurs coup de marteau sur le casque du seigneur de Thun. Enfin, le 15 août 1927 est marqué par la naissance de nos géants actuels parrainée par tous les géants du Nord encore existants à cette époque (Boulogne, Caudry, Douai, Lille).

Contrairement aux autres géants du Nord, les géants cambrésiens ne dissimulent pas de porteurs mais sont placés sur deux chars traînés par des chevaux. La hauteur est de 5,40 mètre pour Martin et de 5,15 mètre pour Martine.

 

 

Première version

 

Martin et Martine commémoraient l'exploit de deux géants: deux forgerons installés rue du Mail - rue de la porte Notre Dame à présent - qui, vers 1370, au temps de l'Evêque Robert, Comte de Genève, se trouvaient au nombre des bourgeois sortis nuitamment de la ville pour combattre le seigneur de Thun - Lévêque, accusé de rançonner tout le Cambrésis et de désoler la contrée. Au petit jour, la troupe surprit la garnison de la forteresse qui était le refuge des bandits. Martin, qui n'était armé que d'un lourd maillet de fer, de même que sa femme Martine, s'élança l'un des premier à l'assaut et se trouva face à face avec le chef des assiégés. D'un coup de massue, il étendit son adversaire à ses pieds. Le casque du seigneur ne se brisa pas, car il était de bon acier, mais s'enfonça jusqu'au dessous des yeux du malheureux guerrier. Etourdi, aveuglé, le seigneur de Thun ne put se relever et devint subitement fou: c'est l'origine du «coup de marteau» que reçoivent à midi sonnant, suivant l'expression consacrée, les profanes qui viennent admirer le mécanisme de l'horlogerie adapté à Martin et Martine.

 

Seconde version

 

Leur histoire daterait de l'époque où des Maures installés en Espagne auraient suivi Charles Quint venu mater une révolte des Brugeois. L'un d'eux, Hakem s'était fixé à Cambrai. Il avait pour voisine une jolie Flamande prénommée Martine. Le musulman et la chrétienne constatèrent un jour qu'ils s'aimaient, mais que leur union était impossible puisqu'ils ne voulaient ni l'un, ni l'autre abjurer leur religion. L'opinion publique s'émut de ces relations coupables et Hakem et Martine furent arrêtés et condamnés à être enfermés dans la tour de l'horloge où ils devaient, armés d'un lourd marteau et sous la menace du fouet, sonner les heures jour et nuit. Sur l'intervention d'un vieux prêtre, ému par leur sort, le tribunal accepta de les libérer le jour où le prêtre aurait trouvé deux Maures pour les remplacer. Le prêtre se mis au travail et l'on vit un jour deux automates vêtus à l'orientale prendre la place des sonneurs et donner l'heure avec une précision étonnante. Fou de joie, Hakem se convertit sur le champ et reçu au baptême le nom de Martin. Tout se termina bien entendu, par un mariage et Martin et Martine eurent beaucoup d'enfants.

 

La chanson de Martin et Martine

 

La chanson de Martin et Martine
On leur trouvait dans leur jeune âge
Minois joli pour leur couleur.
Mais un jour, sur leur vieux visage,
Le temps marqua toute sa rigueur
Nous sommes tous, les garçons de Martin
Vous êtes toutes les filles de Martine

 
 

Tin, tin, tin, tin
Tine, tine, tine
Nous sommes tous les enfants de Martin.
Je vais vous raconter l'histoire de Martin

Et de sa Marton, oui mes amis,
Il faut en croire tous les couplets de ma chanson.
Toujours perchés sur leur tourelle,
Ils sont dev'nus fort curieux.
Dans un ménage, quand on s'querelle,
Ils s'gardent bien d'fermer les yeux.
Nous sommes tous, les garçons de Martin
Vous êtes toutes les filles de Martine

 
 

Refrain

Et de sa Marton, oui mes amis,
Il faut en croire tous les couplets de ma chanson.
Quand il pleut la journée entière,
Ils disent entre eux avec chagrin :
De l'eau, ça ne nous convient guère,
Nous aimerions mieux du bon vin.
Nous sommes tous, les garçons de Martin
Vous êtes toutes les filles de Martine

 
 

Refrain

Et de sa Marton, oui mes amis,
Il faut en croire tous les couplets de ma chanson.
Martin n'peut pas s'passer de Martine,
Sans elle Martin s'rait malheureux,
Et si Martin quittait Martine,
Martine s'ennuierait encore mieux.
Nous sommes tous, les garçons de Martin
Vous êtes toutes les filles de Martine

 
 

Refrain

 

Et de sa Marton, oui mes amis,
Il faut en croire tous les couplets de ma chanson.

   
 

La légende romancée

 

Vers l'an 153O, l'empereur Charles Quint dominait les Flandres. Il avait ramené avec lui les hommes les plus courageux des pays qu'il avait conquis.
Les Maures d'Espagne étaient de valeureux cavaliers et d'exceptionnels artisans. Le petit Hakem avait suivi son père, un habile sellier de Tolède.

Hakem avait tout de suite aimé le ciel gris et changeant des Flandres, les murmures des champs de blé et le bruit du vent dans les ailes des moulins. Devenu homme, et instruit de l'art de son père, il était devenu artisan aisé et apprécié des habitants de Cambrai. En outre, Harem était très beau, toutes les filles de Cambrai étaient bien d'accord là-dessus. Ses cheveux noirs et ses yeux sombres avaient lait rêver plus d'une demoiselle. Mais il était, depuis l'enfance, amoureux de la fille du boulanger, la jolie Martine qui l'aimait aussi. Mais en ce temps-là, comme aujourd'hui d'ailleurs, rien n'était simple peur des amoureux qui n'étaient pas de même religion.

Lorsque Martine dévoila à ses parents qu'elle aimait un Maure, elle se vit menacée du couvent sur l'heure. quant à Hakem, sa famille envisagea de le renvoyer en Espagne, s'il persistait à vouloir épouser cette chrétienne.

Les amoureux avaient déjoué la surveillance de leurs parents et s'étaient réfugiés chez leur amie Mieke, la petite blanchisseuse. Les larmes coulaient sur les jolies joues de Martine, consolée par Hakem qui lui caressait les cheveux.
- Nous allons partir ensemble. Rendez-vous à quatre heures, cette nuit, quand ton père sera occupé au fournil. Nous nous enfuirons en Espagne, à Séville où personne ne viendra nous chercher.
- À ce soir, répondit Martine en lui envoyant un baiser du bout des doigts.

La jeune fille sortit dans la rue sans remarquer qu'un homme la suivait. Pierre, l'ouvrier de son père, avait tout entendu. Depuis toujours, il avait espéré épouser Martine. C'était le moment rêvé pour se venger de son amour déçu. Il courut réveiller son patron qui dormait avant de se mettre à sa fournée.
- Maître, maître, votre fille va s'enfuir avec le Maure, cette nuit. Il Faut l'enfermer au plus vite.
- Pas du tout, Pierre, pas du tout. Nous allons les laisser partir ensemble, répondit calmement le boulanger. Et nous les arrêterons sur la route de Paris. Ua chercher les archers du guet. Ils se posteront en embuscade. Ainsi le Maure ira en prison pour son forfait et nous en serons débarrassés.
- Et votre fille, maître, qu'en ferez-vous ? demanda Pierre avec un méchant sourire.
- De quoi te mêles-tu ? gronda le boulanger. Tu n'espères pas l'épouser, par hasard ?

Pierre comprit qu'il avait trop parlé et fila chercher le guet sans demander son reste.
Tout se passa comme le père de Martine l'avait prévu : les amoureux furent capturés sur la route de Paris et reconduits à Cambrai comme des malfaiteurs par des hommes en armes.
- Toi le Maure, tu seras jugé et peut-être bien pendu, menaça le boulanger. Toi, ma fille, si tu demandes pardon, j'oublierai ta désobéissance Tu iras quelque temps au couvent de Clair-Marais, pour y apprendre le respect. Allons, demande pardon.

Pour toute réponse, Martine s'avança vers Hakem et lui déposa un baiser sur la joue.
- J'ai choisi mon mari et c'est avec lui que je veux être. Jugez-nous ensemble.

Les juges ne voulurent point la mort des jeunes gens qui s'aimaient tant. II fallait pourtant les punir, sinon les enfants n'obéiraient plus à leurs parents.
Martine et Hakem furent attachés de part et d'autre de la cloche du beffroi de la ville. Sans plus jamais se voir, ils égrenérent les heures armés d'un maillet, pendant plus d'un an.
A cause du vent et de la pluie, Martine devint aussi brune que son fiancé. Le père Bruno, un bon curé qui montait souvent au beffroi réconf'ortcr les jeunes gens, les exhortait de demander pardon.
- Au nom de Dieu, Hakem, si tu te convertissais à la religion catholique, je pourrais obtenir ton pardon du père de Martine.
- Pourquoi est-ce que je me convertirais ? Votre dieu n'est pas plus fort que le mien puisque tous deux me laissent prisonnier ici, répondit le jeune homme en frappant les douze coups de midi.

Le curé, vexé, réfléchit au moyen de détromper le Maure. Il Avait heureusement des talents d'horloger. Peut-être aussi que le bon Dieu l'aida dans cette affaire. Tant et si bien qu'un matin, on vit des ouvriers transporter au sommet du beffroi deux automates qui ressemblaient comme deux gouttes d'eau à Hakem et à Martine. Le père Bruno délivra les amoureux et installa à leur place les automates qui se mirent à sonner l'heure aussi bien que les petits fiancés.
- Alors, Hakem, n'ai-je pas fàit la preuve de la supériorité de mon Dieu ? interrogea le bon père. Il m'a envoyé l'inspiration pour construire ces machines qui vous sauveront peut-être, si tu y mets du tien, conclut le curé.

Hakem sourit à Martine, qu'il n'avait pas vue depuis un an. Il caressa les joues brunies de sa compagne d'infortune et répondit au curé
- Tu as gagné, père Bruno. Baptise-moi sous le nom de Martin.

Quant au père de Martine, il n'osa pas refuser son pardon. Dame Réjane, sa femme, avait promis de l'attacher elle-même au beffroi s'il ne donnait pas sans attendre sa bénédiction au mariage de sa fille avec Martin.