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Il était une fois, dans la châtellenie de Douai, un vieux beffroi de pierre qui se dressait vers le ciel. De toutes les rues avoisinantes, on pouvait l'apercevoir et admirer sa masse imposante, ornée de tourelles, lucarnes, pinacles, et girouettes. Le vent de la plaine du Nord faisait tourner la tête du petit lion juché tout en haut du sommet. A chaque angle, deux gargouilles hideuses scrutaient l'horizon de leurs yeux vides. Entre les contreforts, de hautes fenêtres fermées d'abat-sons abritaient Clochinette et sa famille, les cloches du grand carillon, qui rythmaient la vie de la paisible cité.
Tous les quarts d'heure, en effet, la mécanique composée d'engrenages et de pignons se mettait en route et actionnait avec fracas les battants d'acier qui martelaient la robe de Clochinette et la faisaient vibrer jusqu'aux oreilles. Crapautine, la plus vieille, la plus laide, mais aussi la plus sage de nos amies gargouilles, regardait inexorablement vers l'Est, apparemment insensible à la ritournelle, et sa mélodie mécanique qui se déversait sur la ville depuis tant d'années.
En ce soir de juillet, , Douai est en fête, c'est la rentrée des époux Gayant, les plus grands géants de la Châtellenie. Alors imaginez les bruits, les rires, les cris, les clameurs, les roulements de tambour, les rigaudons, qui envahissent les rues, les places, qui enflent..., enflent..., et montent jusque la chambre des cloches du vieux beffroi.
La fête bat son plein quand soudain, au milieu du brouhaha, l'attention de Clochinette est attirée par une mélodie carillonnée, tellement fine, tellement légère, tellement musicale, qu'elle se sentit fondre de plaisir. D'ailleurs toutes les cloches de la ritournelle en étaient toutes retournées.
A travers les lames des abat-sons, Clochinette aperçut même Crapautine qui dodelinait de sa vieille tête de pierre de gauche à droite, au rythme de cet autre carillon. Après le dernier accord, un tonnerre d'applaudissements déferla sur la place, soudain devenue trop petite. Les cloches de la ritournelle en restèrent médusées. Jamais elles n'avaient connu pareil succès ! Jamais les passants n'avaient applaudi à la ritournelle, ils ne se retournaient même plus. Jamais Crapautine n'avait détourné la tête pour les écouter ! Quelle amertume pour elles ! Alors, sous la houlette de Clochinette, elles tinrent un conciliabule. (un conciliabule est une réunion secrète de cloches qui tintinnabulent dans un vestibule à la Sainte-Gudule) .
On pouvait y entendre cela : - Avez-vous entendu cette finesse ? - C'était... comme si les anges les avaient fait sonner. - J'en ai pleuré pendant tout le concert ! - Mais pourquoi les gens ont-ils tant applaudi ? Oui, Pourquoi ? même Crapautine semblait sous le charme de ce nouveau carillon.
Mais on pouvait y entendre également ceci : - Non mais ! Qu'ont-elles de plus que nous ces bêcheuses ? - Vous avez vu ces pimbêches... Pfff ... clochasses va ! - Faudrait peut-être que l'une d'entre nous aille y voir de plus près. - Oui mais, y a t'il une volontaire ? Moi ! moi ! moi ! s'exclamèrent en choeur toutes les cloches. Pour qu'il n'y ait pas de jalouses, elles décidèrent donc de tirer au battant ... trou, trou...
Gling, gling, Colinette Secoue la clochette... Ding, ding , dans mes poches Des milliers de cloches... Un, deux, trois En haut du beffroi Y'a un beau garçon Qui sonne le bourdon Choisit la plus belle De la ri.tour.nelle !
Et le sort tomba sur la plus petite...La toute petite Clochinette. - Et comment je vais faire, je n'ai même pas de jambes ?- Non, tu n'as pas de jambes, mais tu as un cerveau. Tu n'as qu'à l'utiliser, lui répondirent ses consoeurs. - C'est une bonne idée, répliqua Clochinette, un peu vexée. Je vais demander à ma vieille copine Crapautine si elle n'a pas une bonne idée derrière sa trombine. Clochinette se pencha vers Crapautine et lui expliqua la situation. Et voici ce que Crapautine lui dit : - Ce que tu viens d'entendre, petite, c'est le carillon ambulant de Douai. - Comment, un carillon ambulant ? - Oui, le beffroi qui porte les cloches est posé sur une remorque, qui est elle-même tirée par un gros camion blanc. - Quel curieux équipage ! - Chaque année, ce curieux équipage comme tu dis, part dans le monde entier pour donner des concerts. Tu devrais partir avec lui, suis-le. Peut- être découvriras-tu le secret du succès de ce carillon. Et puis, ce voyage te permettra de découvrir d'autres cloches, d'autres carillons. Mais attention ! Seule une cloche très courageuse peut quitter la sécurité de sa chambre pour un voyage aussi long et aussi périlleux. - Oh mais je n'ai peur de rien, répliqua effrontément Clochinette. Dis-moi plutôt ce que je dois faire pour rejoindre ce carillon. - Oh ! C'est très simple. Lorsque le père Lulu du Haut, l'horloger, viendra remonter les contrepoids de l'horloge, tu lui demanderas de te décrocher, de te placer sur son nombril et de prononcer cette formule magique :
Digue don daine, ras de la boudaine... - Oh la la ! C'est vieux tout ça. Digue don daine, ras de la boudaine Digue don don, ras du bourdon.
- Et alors ? - Alors, tu te retrouveras comme par enchantement sous Bourdonou, la plus grosse des cloches du carillon ambulant, qui te protégera pendant tout ton voyage. Tu pourras aussi te faire aider par le Maître des Cloches. Mais attention ! A Noël le charme sera rompu, et si tu n'as pas regagné ton clocher, tu resteras à jamais prisonnière de la terre étrangère où tu te trouves. Bonne chance ! bon voyage !
Clochinette fit exactement ce que lui avait dit Crapautine : " Digue don daine, ras de la boudaine, Digue don don ras du bourdon " Et la voilà comme par enchantement sous Bourdonou. Au revoir ! Au revoir ! Chantaient avec nostalgie les cloches de la ritournelle au moment où le curieux équipage s'ébranlait sur les pavés de la vieille ville. Et le convoi disparut dans le crépuscule.
Sur la route, alors que le soleil s'était couché depuis bien longtemps, les cloches du carillon ambulant étaient encore tout à la joie de ce nouveau voyage. Au moindre cahot, elles sonnaient gaiement comme dans un grand éclat de rire. Loin de partager cette liesse, Clochinette se posait mille et une questions : Avait elle eu raison de partir ? Serait- elle à la hauteur de sa mission ? Trouverait- elle le secret du succès du carillon ? Serait- elle de retour à Noël ?
Et Clochinette s'apprêta à passer sa première nuit loin de sa famille. Elle se blottit sous Bourdonou, et comme lui avait dit Crapautine , elle y trouva chaleur et réconfort, et finit par s'endormir. Le lendemain matin, elle ouvrait les yeux sur un paysage inconnu... Arrivé à Cloppenburg, petite ville de Hollande, pays des tulipes, des moulins, du fromage... mais aussi des carillons, le curieux équipage s'arrêta sur une magnifique place bordée de splendides maisons aux façades flamandes. Mais, d'où vient ce son, si doux, si pur, sibyllin ? Clochinette s'approcha de la Grande Halle aux Draps d'où lui semblait provenir cette merveilleuse mélodie. Au fond de la grande salle, sous le grand vitrail , sur une grande table tendue de velours rouge, toute une famille de cloches , encore plus petites qu'elle, attendaient patiemment. Par de grands gestes gracieux et aériens, Deya la fée des Handbells, les saisissait tour à tour et les entrainait dans un ballet magique. Ses mouvements délicats et précis les faisaient virevolter autour d'elle comme une nuée de libellules. Emerveillée, Clochinette rejoignit le carillon ambulant au moment où celui-ci allait donner son premier concert. Quel beau spectacle ce fût. Un tonnerre d'applaudissements déferla sur la place, à en faire rougir le Maître des Cloches. Mais Clochinette n'avait rien vu, elle avait passé tout ce temps sous Bourdonou. Elle se laissa glisser un peu, pour regarder, par dessous et alors là... catastrophe ! Le Maître des Cloches l'aperçut, la saisit par les oreilles et la secoua... la secoua... comme une vulgaire clochette de cuisine ! - Un passager clandestin, s'écria-t-il ! Mais d'où sors-tu ? - Ben... euh... enfin... euh...du dessous de Bourdonou, dit Clochinette un peu confuse.
Et alors, elle lui raconta toute son histoire : pourquoi elle avait voulu voyager avec le carillon ambulant pour découvrir le secret de son succès, comment elle avait pu, grâce à Crapautine et sa formule magique arriver jusqu'au carillon. Le Maître des Cloches ne pouvait rester insensible à l'histoire de Clochinette.
- Ainsi, tu veux connaître la raison du succès du carillon ambulant, c'est une bonne raison pour voyager avec nous. Allez moussaillon ! Je t'accepte à mon bord, et c'est d'autant plus vrai que demain nous prenons le bateau pour l'Angleterre. Là-bas tu entendras Big Ben, c'est un groupe de quatre, connu dans le monde entier. Il passe à la radio tous les jours. Ravie, Clochinette retourna vite sous Bourdonou, en route pour le pays de sa Très Gracieuse Majesté.
Le voyage se déroula sans encombre et le concert du soir, donné devant le Parlement à l'occasion de la grande Fête du Pudding, fut à nouveau un véritable triomphe. Le carillon et le Maître des Cloches furent chaleureusement applaudis. Clochinette, que le Maître avait assise tout contre lui, en était... béate d'admiration. Qu'il était beau, qu 'il était sensible, qu'il était émouvant... Et c'est à contrecœur qu'elle dut retourner sous Bourdonou afin de continuer le voyage. Mais cette fois, alors que le carillon roulait dans la nuit, Clochinette osa même mêler sa voix à celle de ses nouvelles amies...
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Sur le bateau qui les ramenait sur le continent, Clochinette était inquiète. La cloche de pont sonnait lugubrement, tellement la houle était forte. Et Clochinette, de plus en plus secouée, commençait à avoir mal au coeur... Elle sentait comme un danger, et se faisait la plus petite possible sous la grosse carapace protectrice de Bourdonou. Survint alors une incroyable tempête. Imaginez un vent terrible, des vagues énormes, des creux impressionnants, des paquets de mer qui s'abattaient sur le pont, sur le carillon, et sur le pauvre Bourdonou qui en devint tout vert, vert de peur, vert de rage, vert de gris !
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La tempête calmée, Clochinette sortit prudemment du dessous de Bourdonou et, en le voyant, elle ne put s'empêcher de rire aux éclats.
- Oh la la ! T'as vu ta tronche ! Tu ressembles à une grosse cacahuète salée. Non... à une grosse pistache.Arrivé à son tour sur le pont, le Maître des Cloches fut lui aussi consterné par les dégâts provoqués par l'eau salée sur le bronze. Il décida donc de changer d'itinéraire et de partir pour les Savoies, là où se trouve l'hôpital pour les cloches : la fonderie.
Au détour d'une route de montagne, dans un virage que le " Carimionneur " eut bien du mal à négocier, Clochinette se laissa glisser au bas de Bourdonou pour admirer le paysage. Elle aperçut soudain un autre carillon ambulant... vachement bizarre. Ecoutez-moi ça : une seule cloche, quatre pattes, deux cornes, et de drôles de battants roses par dessous... Elle en profita pour demander son chemin à ce carillon ambulant vachement bizarre. - C'est là-bas, au bord du lac, répondit l'animal, peu bavard : Meuuuuhhh !
Arrivée à la fonderie, Clochinette tremblait un peu pour les copines (depuis le début du voyage elles sont devenues copines). Il y régnait une odeur de soufre et une chaleur d'enfer. Dans les ateliers résonnaient des bruits terrifiants et, là-bas dans le fond, une grande gueule de feu laissait échapper des flots d'airain incandescents.
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Clochinette, stupéfaite, vit alors que l'on enfermait ses amies dans une vaste cabine sombre, sinistre, menaçante. Elle écoutait, de plus en plus inquiète , et soudain, entendit de grands cris. Des cris de stupeur d'abord, suivis par de grands éclats de rire. - Ca chatouille ! Ca gratouille ! Et Clochinette vit les cloches ressortir, l'une après l'autre, toutes pimpantes. Douchées sous une pluie de sable elles étaient redevenues aussi belles qu'au premier jour... Ouf !
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La tournée reprit alors, les concerts et les ovations se succédaient, et Clochinette désormais, avait toujours sa place réservée auprès du Maître des Cloches. Elle pouvait donc l'admirer autant qu'elle le voulait pendant qu'il jouait. Elle s'émerveillait toujours de le voir frapper sur le clavier, parfois avec violence, parfois avec tendresse. Elle s'étonnait de la facilité qu'il avait pour passer des mélodies les plus calmes aux sonorités les plus vives. Elle partageait avec lui tous les applaudissements, bien mérités. N'était-elle pas en train de tomber...
Mais le Maître des Cloches n'était pas seulement un excellent musicien, c'était aussi un vrai professeur. Auprès de lui, elle apprenait chaque jour davantage : le mystère de la naissance des cloches, la magie de leur voix, le secret de leur langage. Elle apprit l'Angélus qui depuis si longtemps rythme la vie des hommes, la volée joyeuse pour fêter mariage ou baptême, le tocsin qui sonne l'alarme, le glas funèbre qui annonce la mort. Il lui fit découvrir aussi que des milliers de cloches chantaient de par le monde. Il y en avait même de très célèbres mais qui ne sonnaient plus, comme la Liberty Bell, aux Etats Unis, qui a tant chanté la liberté, qu'elle s'en est brisée la voix, comme celle qui se trouve à Moscou, sur la Place Rouge, la Tsar Kolokol, qui s'est cassée avant même d'avoir pu sonner. Elle pesait deux cents tonnes. C'est ainsi que le Maître des Cloches lui parla de la Chine, car le carillon devait se rendre au Festival de Wuhan.
La Chine... Quel pays fascinant ! quelle région mystérieuse ! quelle contrée étrange !
Dans les rues grouillantes de Wuhan, Clochinette était émerveillée : quel charivari, quel tohu-bohu, quelle cacophonie... Le concert fut, comme chaque fois, exceptionnel, et le Maître des Cloches fut reçu en grande cérémonie au Musée Campanaire de la ville. Clochinette était ravie, il l'avait emmenée avec lui. Et pendant que les personnalités prononçaient les discours d'usage, Clochinette qui n'y comprenait rien, s'aventura dans les différentes salles du Musée. Au détour d'une sombre galerie, elle resta figée devant un masque, hideux, qui lui rappelait quelqu'un... mais qui ? Fais bien attention..., tu dois être rentrée pour Noël, sinon le charme sera rompu et tu te retrouveras à jamais prisonnière dans la terre étrangère où tu te trouves....
C'est vrai, elle avait presque oublié ! Clochinette alla vite rejoindre le Maître des Cloches, et là, elle le trouva, immobile, devant de très vieilles cloches comme elle n'en avait encore jamais vues. - Et comment s'appellent-elles ? demanda-t-elle un peu jalouse... et même franchement jalouse. - Ces vieilles et nobles dames sont les fameuses cloches " Zhong ", tes ancêtres, répondit -il complètement fasciné. On les fabriquait déjà il y a quatre mille ans. Alors, en le voyant aller et venir parmi les vieilles Zhong, leur parler tendrement, les caresser du bout des doigts, Clochinette comprit. Il fallait désormais aller vite, Noël était proche, et Clochinette était impatiente de retrouver le beffroi de Douai et toute sa famille.
Après un voyage qui lui parut interminable, elle aperçut enfin le petit lion doré qui scintillait sous le soleil tout en haut du beffroi. Et quand le convoi passa la porte de la ville, Clochinette, perchée sur le joug de Bourdonou, trépignait d'impatience. C'est alors que la ritournelle se mit en route, il était juste midi. Mais quelle horreur ! Elle ne reconnaissait pas le refrain qu'elle avait tant de fois joué. Jamais elle n'aurait cru que sa voix avait autant d'importance dans la mélodie. Il faut absolument que je retourne là-haut au plus vite. - Et si je demandais au Maître des Cloches de prononcer la formule magique : Digue don daine, ras de la boudaine, Digue don don, ras du bourdon. Et Bourdonou regarda tristement Clochinette s'éloigner vers la chambre des cloches. Clochinette ! Clochinette ! Enfin te revoilà. Nous sommes vraiment contentes. Allez, vite ! reprends ta place pour la sonnerie du quart d'heure, tu nous raconteras ton voyage plus tard. Et à midi et quart, quelques personnes levèrent la tête vers le beffroi, un peu étonnées. La dernière note n'avait pas fini de résonner que toutes les cloches pressèrent Clochinette de questions. Mais elle voulait garder son secret pour la fin, car elle n'était pas peu fière de révéler toutes ses nouvelles connaissances. - Savez-vous qu'il existe une cloche aux Etats-Unis qui s'est brisée d'avoir trop sonné. Savez-vous qu'il existe une cloche à Moscou qui pèse plus de deux cents tonnes. - Deux cents tonnes ! - Oui. Et je peux même vous dire son nom : on l'appelle la Star Coloquinte. - Tsar Kolokol, Clochinette, dit le Maître des Cloches qui, curieux, avait gravi les marches du beffroi pour la retrouver. Mais, continue je t'en prie...
Sans dévoiler son secret elle poursuivit alors le récit de son voyage, la Hollande et les handbells, l'Angleterre et Big Ben, les péripéties de son cher Bourdonou dans la tempête, le carillon vachement bizarre, et enfin la Chine et sa fabuleuse rencontre avec les cloches Zhong. - Mais alors, finalement, le secret, l'as-tu trouvé ? Et Crapautine qui, dehors, regardait toujours vers l'Est la nuque un peu raide, tendit l'oreille. - Ce que j'ai appris, c'est que nos voix sont aussi belles que celles des cloches du carillon ambulant, mais ce serait trop long à vous expliquer. Et Clochinette, en rougissant, demanda au maître des Cloches de s'installer sur le banc poussiéreux du carillon.
Il sortit alors d'un vieux cartable râpé, une grande feuille de papier couverte de notes de musique qu'il installa devant lui sur le pupitre. Il se concentra quelques secondes, leva légèrement les bras, et ensuite ses poings se mirent à courir avec légèreté sur la clavier, tandis qu'au pédalier ses pieds marquaient le rythme de la mélodie avec une aisance déconcertante. Alors, dans la chambre des cloches se mit en marche tout un enchevêtrement savant de pignons, de tringleries et de ressorts qui n'avaient pas fonctionné depuis fort longtemps. Le Maître des Cloches était heureux, et Clochinette attendait avec impatience qu'enfin, au hasard de la partition, sa robe se mette à vibrer. Du beffroi s'écoula sur la place la plus céleste des musiques que Clochinette et ses amies n'avaient jamais chantée, et Crapautine elle-même en était émue aux larmes. Au pieds du beffroi, petit à petit, s'approchaient les badauds qui n'en croyaient pas leurs oreilles. Quand la dernière vibration s'estompa et que les applaudissements enfin se turent sur la place, un silence religieux régnait dans la chambre des cloches, tant l'émotion était forte Clochinette regarda ses amies et leur dit : - savez-vous maintenant qui peut nous faire rire, chanter ou pleurer ? - savez-vous qui donne une âme au carillon ? - savez-vous qui donne aux passants l'envie d'applaudir ?
Le Maître des Cloches leur promit ce jour là de monter chaque semaine les " douze mille cinq cent cinquante et une " marches du vieux beffroi, et de faire chanter Clochinette et ses amies. Il leur recommanda cependant de continuer à sonner la ritournelle qui, leur dit-il, était une forte agréable manière de donner l'heure aux habitants de la ville.
Cette histoire s'est passée il y a fort longtemps, mais si un jour le carillon ambulant passe dans votre ville, n'hésitez pas.... Allez voir sous Bourdonou, pour voir si Clochinette ne serait pas repartie pour un autre voyage....
Patricia AGNIERAY - Michèle FORT
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