DOSSIER PEDAGOGIQUE

 

Dossier pédagogique   

En attendant le carillon ambulant de
Douai Région Nord-Pas de Calais

 

Intérets et objectifs

3

 

J'écoute ma ville
  
Enquête locale - Radio-trottoir

4 - 6

Acoustique et cloches

7 - 9

La cloche

10 - 11

Qu'est-ce qu'un carillon ?

12 - 14

Comment fonctionne-t-il ?

15 - 17

 

 

 

Histoires croisées

18 - 19

 

 

 

Des mots qui sonnent

20

 

Un peu de lecture

21

 

Le fabuleux voyage de   Clochinette (conte)

22 - 26

 

Comment exploiter le conte

27 - 29

 

La grande cloche de Pékin   (conte)

30 - 31

 

Arts plastiques...

32 - 34

 

Le dossier est chapitré... je n'imprime que les pages qui me concernent

 

Introduction

CES BEFFROIS QUI PERCENT LES NUAGES

A qui s'occupe de développement musical en Nord-Pas de Calais, le carillon apparaît comme une évidence tant il est symbolique.
Ce signal qui ponctue le paysage, tranquille et audacieux à la fois, s'impose en douceur, événement quotidien, architectural autant que musical.
A force de l'entendre nous donner l'heure, on finirait par oublier que ces cloches ne sont pas mues uniquement par des ressorts et des tringles. Il a fallu des hommes pour composer ses ritournelles, il faut des hommes pour en faire un véritable instrument de musique, sensible et expressif.

    ... le bronze des cloches accepte sans sourciller la patine des siècles, mais en quelques années, en quelques mois même, la poussière de l'oubli peut lui porter des coups mortels.

Pierre HOST - 1981
Délégué Régional à la Musique du Ministère de la Culture

C'est pour cela que fut construit le Carillon Ambulant de Douai Région Nord-Pas de Calais. Chargé depuis 1981 d'une mission aux facettes multiples, cet équipement est l'outil idéal pour interpeller enfants et adultes sur notre environnement sonore, qu'il soit rural ou urbain. Et force est de constater que dans cet environnement, comme dans notre mémoire collective, la cloche tient une place importante.

En témoigne le pouvoir de fascination qu'exerce la simple arrivée du carillon ambulant sur un espace public !

Ce dossier ne prétend pas faire de chaque enfant un carillonneur en herbe. Il devrait lui permettre, en revanche, de mieux connaître les cloches et le message qu'elles nous adressent.

Mais bien au delà de cet objectif premier, ce document voudrait inciter à une meilleure écoute de la ville, de la campagne ; et permettre le discernement entre ce qui est nuisible et ce qui constitue une richesse sonore. Car faute d'apprendre à aimer les cloches celles-ci peuvent finir par incommoder. Les cloches ont en effet leurs détracteurs qui, à force de pétitions, viennent parfois à bout de plusieurs siècles de tradition campanaire...

Tous les enfants aiment les cloches, et bien mal pensant l'adulte qui écrivit un jour pour nos petits innocents la chansonnette " Maudit sois-tu carillonneur... ".

 

 

INTERETS

OBJECTIFS

EDUCATIF

. Eveil sensoriel
  . Connaissance de l'univers sonore
  . Curiosité de l'instrument

PEDAGOGIQUE

 . Cohésion du groupe-classe après une émotion, un vécu collectif.

Enrichissement musical

    - la musique, l'instrument
    - ses possibilités, ses limites

Autres exploitations possibles

    - approche sociale du signal : la cloche dans notre environnement quotidien

    - histoire et traditions locales

    - technologie et mathématiques (le fonctionnement, les alliages, les transmissions...)

     - géographie (le paysage campanaire, situation géographique, densité...)

     - la cloche objet d'art (ouverture sur les arts plastiques)

     - la littérature (contes, poésies, chants...)


CULTIVER LA SENSIBILITE

· Sollicitation

· Stimulation de l'attention (apprendre à écouter)

· Ecouter ou entendre ?

 

INCITER A LA CONNAISSANCE

 

· La musique

· Les autres instruments

 

ENRICHIR L'EXPRESSION

 

· acquisition d'un vocabulaire spécifique

· création poétique

 

OUVERTURE SUR LE MONDE

· découverte

. approche des nouvelles technologies : recherches sur Internet

 

J'ECOUTE MA VILLE

 

 

 

mon univers n'est que sons de toutes origines : certains sont agréables à entendre, d'autres sont pénibles... on parle alors de nuisance sonore

j'écoute mon environnement, dans l'école, dans la rue, et j'essaye d'en distinguer le plus grand nombre...

je les classe :

sons agréables ou nuisances ?

 

 

 

ENQUETE LOCALE

 

Dans ma ville, mon village, je fais mon enquête sur le patrimoine campanaire.

Sans oublier, peut-être, les endroits les plus inattendus (école, gare...) , je dresse la liste des cloches que l'on y trouve.

 · lieu d'installation

 · poids de la cloche

 · nom éventuel

 · âge

La visite d'un carillon de beffroi ou d'église, ou celle d'une simple sonnerie de cloches, peut faire l'objet d'une excursion pour ma classe.

Beaucoup de clochers sont accessibles ; pour en savoir plus, je contacte la mairie de ma commune.

    

Je totalise le poids de bronze que représente ce patrimoine.

Je prends des photos, je fais des empreintes de décor avec papier et fusain ou crayon de bois...

Je monte mon exposition. etc ...

 

RADIO TROTTOIR

 

Est-ce que les grandes personnes qui nous entourent connaissent les cloches de leur ville ? J'invente plein de questions et je pars dans la rue.

devant une église :

Savez-vous si ce monument possède des cloches, combien ?
Quel est environ leur poids ?
Sonnent-elles encore ?
A quelles occasions ?
Sonnent-elles l'Angelus, si oui à quelle(s) heure(s) ?
Pensez-vous que ces cloches apportent quelque chose à la cité ?

 

devant un beffroi ou une église contenant un carillon :

Combien de cloches se trouvent dans ce monument ?
Quel est leur poids total (donner plusieurs fourchettes) ?
De quelles façons sonnent-elles : automatique, manuelle...
Comment appelle-t-on l'artiste qui joue de cet instrument ?
Connaissez-vous les mélodies des ritournelles ?
Peut-on visiter ce carillon ?
L'avez-vous déjà visité ?
Connaissez-vous d'autres villes où l'on trouve un carillon ?
Y a-t-il des carillons dans d'autres régions de France, dans d'autres pays
?

 

Devinette :
" Qui suis-je "
?

Au sein des feux ardents je prends toujours naissance.

A Rome on me baptisa
et je n'ai pas la foi

Quand on ne me bat plus,
je garde le silence ;

Mais hélas ! sans me pendre
on ne fait rien de moi.

 

QUELQUES NOTIONS PREALABLES

 

Le son se compose de signaux acoustiques,
dont l'émission simultanée se conjugue.

 

L'oreille perçoit le plus souvent le son qui résulte de cette superposition sans en discerner les composantes. On appelle ces composantes harmoniques ou partiels (dans le cas de la cloche, nous verrons plus loin pourquoi).

La combinaison des harmoniques entre elles détermine le timbre, la couleur d'un instrument.

Les compositeurs jouent avec la diversité de timbres des instruments de musique pour créer des atmosphères variées.

Rappelons encore que les instruments se regroupent en différentes familles : les cuivres, les bois, les cordes et les percussions. La cloche fait partie de la famille des percussions.

Je fais une longue liste de tous les instruments de musique que je connais.

Si je peux, je les classe par famille...

 

 

LA CLOCHE, SON ACOUSTIQUE

 

Comme la castagnette et le xylophone, la cloche est un idiophones.

Les idiophones sont des instruments qui résonnent de leur propre matière, sans l'intervention d'une membrane ou de cordes. Ils sont fait de matériaux durs qui permettent d'assurer leur propre résonance (bois, métal, verre, argile, pierre). Ils font tous partie de la famille des percussions.

Je cherche à identifier  d'autres idiophones...

Et prolonge l'exercice avec d'autres catégories instrumentales :
les cordophones (instruments à corde)
les aérophones (instruments à colonne d'air)
les membranophones (instruments à membranes)

 

POUR LES PLUS GRANDS... voire les très grands !

Amusons nous à jouer les oreilles expertes et imaginons que nous puissions comparer trois sons différents : une note ré, jouée par un instrument de musique, le son d'une casserole que l'on frappe, une cloche ré que l'on tinte

 

 

LE VIOLON
Le violon émettrait un son correspondant à une hauteur musicale (note), le Ré dans notre exemple, que l'on pourrait aisément reconnaître et chanter. Les harmoniques qui composent cette note ont la particularité d'être situées, dans l'échelle sonore, à des hauteurs qui décroissent de manière régulière.  Le son est homogène

LA CASSEROLE
Le son (ou bruit) de la casserole serait pratiquement impossible à reproduire par la voix, car les fréquences qui le composent n'ont aucun rapport précis entre elles. Ce son est un mélange " anarchique " de vibrations.

 

LA CLOCHE
Elle se situe à mi-chemin entre ces deux exemples. Les fréquences qui composent le son qu'elle émet présentent entre elles des intervalles irréguliers, qui ne sont plus de multiples entiers de la note fondamentale recherchée (le Ré). Ils sont cependant clairement déterminés et permettent la distinction d'une note musicale, on ne les appellera plus harmoniques mais partiels.

 

Ces partiels, qui sont donc autant de sons émis simultanément par la cloche tintée, n'ont ni la même intensité, ni la même durée. En général, plus le partiel est aigu, plus il s'éteindra rapidement. Les partiels et harmoniques représentés, sont les fréquences prédominantes, mais ils font partie d'une gerbe beaucoup plus étendue (presque à l'infini).

Encore une remarque, le Hum, le partiel le plus grave qui donne un son bourdonnant, est facilement identifiable à l'oreille, alors qu'il ne fixe pas la note fondamentale recherchée. Il se situe d'ailleurs exactement à l'octave en dessous.

Revenons au son de la cloche, à distance l'oreille n'entendra que la note recherchée, appelée fondamentale ou note au coup, qui correspond à l'un des partiels. Ecouté de près, le son de la cloche a souvent tendance à gêner les oreilles musiciennes.

Une dernière chose : chaque partiel émane d'un endroit bien déterminé de la cloche, connu du fondeur. C'est sur cette zone qu'il interviendra au moment de l'accordage afin d'affiner la hauteur de chacun des partiels. L'accordage d'une cloche ne se fait qu'une fois pour toute à la fabrication. La cloche est un instrument qui ne se désaccorde pas.... pratique !

 

 

LA CLOCHE

 

 

La cloche, nous dit le dictionnaire, est un instrument creux, évasé, en métal sonore (bronze ou airain), dont on tire des vibrations retentissantes et prolongées en en frappant les parois, de l'intérieur avec un battant, ou de l'extérieur avec un marteau.

Cet instrument, inventé depuis les débuts de la civilisation a été utilisé tout au long des siècles :

à des usages civils :

· pour rassembler les populations : la cloche du beffroi, de l'église, de la cour de l'école...,
· pour alerter : c'est le tocsin qui signalait les catastrophes, incendies...,
· pour donner l'heure : par un tintement codé permettant de distinguer l'heure mais aussi chaque quart d'heure,
· pour appeler, en règle générale, dans toutes circonstances : la clochette de porte des magasins, la clochette de table pour le personnel des grandes maisons, la clochette du rémouleur ambulant et autres artisans...,
· pour " couvrir le feu " (le couvre-feu était le signal invitant à rentrer chez soi et éteindre les lumières),
· pour guider en montagne, dans certaines régions, les promeneurs égarés dans les tempêtes de neige ou le brouillard,
· pour guider les bateaux en mer, des cloches étaient installées sur des bouées pour signaler, au cœur des tempêtes, les récifs dangereux,
· pour fêter les événements de la vie publique : armistices, fêtes nationales ...,
· la liste n'est pas exhaustive...

à des usages religieux

c'est l'utilisation qui vient le plus souvent à l'esprit lorsque l'on parle des cloches :
· annoncer le début des offices,
· sonner les Fêtes religieuses,
· marquer les grands moments de la vie des paroissiens...

Je cherche le texte de la chanson " Les trois cloches ", interprétée par Edith Piaf, qui illustre parfaitement cette fonction multiple :
sonner à l'occasion de la naissance, du mariage et du décès.

Dans toutes ces fonctions décrites, la cloche sonne en volée, l'effet sonore ne peut pas être défini comme " mélodique ", au sens musical du terme.

Plusieurs cloches de volée peuvent cependant donner un bel accord, mais l'effet sonore provoqué par leur mise en branle restera toujours conditionné par un peu de hasard...

 

SONNERIE, CARILLON ET CYLINDRE DE RITOURNELLES DE LA CATHEDRALE N.D. DE LA TREILLE DE LILLE

 

             1. cloches de volée               4. clavier du carillonneur
               2. cloches de volée               5. cylindre de ritournelles
               3. cloches du carillon             6. abat-son

 

 

Je fais des recherches sur internet avec les mots que je viens d'apprendre :
images, sites à visiter...
Je crée mon propre dossier

 

QU'EST-CE QU'UN CARILLON ?

 

 

La définition est simple ... et complexe à la fois, car le mot "carillon" peut être analysé selon plusieurs points de vue :

Le dictionnaire nous apprend qu'un carillon est un ensemble de cloches accordées à différents tons...

L'étymologie est un peu plus précise, puisqu'elle nous indique que cet ensemble se compose de quatre cloches. Le mot "quadrillon", qui aurait donnait naissance à "carillon", possède la même racine "quadri" que le mot "quadrilatère" : figure à quatre côté.

Retenons simplement :
- qu'un carillon est constitué de plusieurs cloches,
- que chacune de ces cloches donne un son, correspondant à une note de musique,
- que plus le nombre de ses cloches est important, plus les possibilités musicales du carillon seront grandes,
- que le nombre de cloches peut varier de 4 à plusieurs dizaines de cloches.

Au Moyen-Age, les carillonneurs tintaient les cloches directement à l'aide de petits maillets appelés " clipotiaux ".  Les carillons de l'époque ne pouvaient pas posséder de nombreuses cloches car cela aurait nécessité la présence de plusieurs carillonneurs.

Les claviers, inventés au début du XVIème siècle, ont permis d'augmenter considérablement le nombre de cloches.

Depuis près de cinq cents ans, la qualité des carillons ne fait que s'améliorer, grâce notamment à l'utilisation de matériaux nouveaux.

Un carillon ne possède pas obligatoirement un clavier " à coups de poings " comme celui du carillon ambulant de Douai. Selon les régions ou l'ancienneté des instruments, les systèmes de tintement des cloches peuvent être très différents et parfois très originaux...

 

comment ça fonctionne ?


Pour faire de la musique avec des cloches, il suffit de pouvoir les tinter au lieu de les faire se balancer : c'est-à-dire de pouvoir faire sonner chaque cloche d'un ensemble une seule fois, de façon musicale et maîtrisée.

Chaque cloche donne une seule note, dans l'ordre défini par la partition musicale...
D'une manière générale, plus la cloche est grande (et grosse), plus le son qu'elle émettra sera grave.

Techniquement, cela veut dire que la cloche ne va plus se balancer. On la fixera pour pouvoir la tinter une fois, par percussion : à l'aide d'un battant (à l'intérieur) ou d'un marteau (à l'extérieur) :

un coup = une note

Combien de cloches seront nécessaires pour carillonner  la mélodie ci-dessous : " Le p'tit quinquin " ?

Lesquelles ?.

 

Je cherche d'autres mélodies simples qu'ils serait possible de jouer avec un carillon...

 

 

Deux choses essentielles font la qualité d'un carillon, quelle que soit son importance :

la sonorité de ses cloches, justesse musicale avant tout, timbre ensuite...

la précision de sa transmission : la frappe du carillonneur sur une touche doit être légère mais aussi silencieuse, afin de ne pas parasiter le son des cloches...

 

FONCTIONNEMENT

 

Les carillons de nos églises et nos beffrois, dans la plupart des cas, fonctionnent selon deux modes différents et complémentaires :

   

Le fonctionnement automatique

Il sert à faire fonctionner le carillon, sans carillonneur, afin de marquer l'écoulement du temps dans la journée, en général chaque quart d'heure. On parle de ritournelle (motif musical à caractère répétitif).

Autrefois, les systèmes de ritournelle automatique étaient conçus exactement comme de monumentales boîtes à musique, à cylindre (schéma). Ce type de dispositif est encore visible sur certains carillons, à Châlons-sur-Marne par exemple.

Aujourd'hui, l'informatique a remplacé le cylindre, et des dispositifs très performants permettent la programmation de centaines de mélodies, à des heures de plus en plus précises.
 

Le carillon " à coups de poings "

Dans la technique traditionnelle du carillon l'instrument est équipé d'un clavier et d'un pédalier, composés chacun de touches réparties sur deux niveaux : les touches du bas équivalent aux touches blanches du piano, les touches du haut aux touches noires (voir musique). Le clavier, permet d'actionner la totalité des cloches. Le pédalier est couplé à la partie gauche du clavier (les notes graves) sur un nombre plus ou moins important de cloches, selon les carillons.

Douze notes de la gamme musicale déterminent une gamme chromatique appelée octave. Sept d'entre-elles (Do, ré...) sont les notes naturelles. Les cinq autres sont les notes altérées (Dièse et Bémol). Par rapport à la note Ré, le ½ ton inférieur s'appelle Ré bémol, le ½ ton supérieur le Ré dièse.

 

 

ET L'ARTISTE...

 

 

CHANSON CRUELLE...

Maudit sois-tu carillonneur,
  Que Dieu créa pour mon malheur,
  De
  Quand sonnera-t-on la mort du sonneur

 

On le nomme souvent, par erreur l'organiste. Probablement à cause du pédalier qui rappelle celui de l'orgue.

En réalité il s'appelle le carillonneur. Certains interprètes, lauréats des grandes écoles européennes enseignent cet art musical et sont appelés alors Maîtres-Carillonneurs.

Certains carillonneurs aimeraient que ce mot soit remplacé par celui de carillonniste, afin de rejoindre la grande famille des instrumentistes : pianiste, violoniste, accordéoniste...

 

Je complète le plus longuement possible la liste...

Par ailleurs, certaines traditions régionales parlent plus volontiers de " sonneur " surtout lorsqu'il s'agit de petits ensembles de cloches.

Lorsque le carillonneur actionne une cloche à l'aide du pédalier, c'est comme s'il actionnait une cloche sur la partie gauche du clavier. Le carillonneur exécute les notes de la clé de sol au clavier, et celles de la clé de Fa (accompagnement) au pédalier, comme au piano.

Le geste de pression du carillonneur, coup de poing pour tinter une cloche, main à plat pour réaliser des accords sur plusieurs cloches, coup de pieds pour le pédalier, est transmis au battant de la cloche par un dispositif mécanique que l'on appelle la tringlerie.

Ainsi, l'artiste peut donner une impulsion plus ou moins forte, et réaliser des nuances musicales (piano au forte) qui font la particularité du carillon traditionnel.

 

HISTOIRES CROISEES

                        

 

HISTOIRE DU MONDE

HISTOIRE LOCALE

J'intercale dans la chronologie l'histoire de mon village,
de ma ville, de ma région.

(les surlignés m'indiquent les faits marquants)

-2200 av J.C.
  La Chine maîtrise la technique du moulage des métaux, et de la fabrication des cloches !

-700 av J.C.    Les cloches arrivent en Méditerranée.
Aaron, frère aîné de Moïse, porte des clochettes sur sa robe "afin que tous ses mouvements portent à penser à Dieu " - Statue d'Aaron de la Basilique de Fourvière à Lyon.

400 Les cloches s'appellent désormais nola ou campana, du nom de la Province de Naples (Campanie). C'est peut-être ici que les cloches sont pour la première fois mises en branle. Auparavant, elles étaient tintées à l'aide de maillets.

440 Saint Patrick se rend de Gaule en Irlande et emmène artisans et fabriquants de cloches.

606 Le Pape Sabinien fait annoncer l'heure de la prière par les cloches. L'usage religieux se développe.

801 Le concile d'Aix-la-Chapelle décrète que la sonnerie des cloches est un acte sacré... Alfred le Grand ordonne que la cloche sonne le soir à 8 H pour " couvrir le feu ".

 

1106 ... La première cloche datée apparaît (Pise). On fabrique désormais des cloches plus importantes (1 mètre de diamètre).  La sonorité s'améliore. La concurrence entre les fondeurs s'installe (moines et laïcs). Certaines cloches de cette époque sont arrivées jusqu'à nous. Citons celle de LANDAS (près d'Orchies), datant de 1285.

1391    A Douai, Jehan de Lourdel est nommé "carillonneur". La pratique consiste encore à "batteler les appiaux" à l'aide de maillets. Les cloches deviennent de plus en plus importantes.

1453    Le pape Gallixte III institue la sonnerie de l'Angélus encore en usage de nos jours, constituée de trois fois trois coups, le matin, le midi et le soir.

1510  Les premiers claviers apparaissent dans les Flandres.

1527 " Marie " est fondue pour sonner à l'église Saint-Germain l'Auxerrois à Paris. Quarante cinq ans plus tard, le 23 août 1572, elle donne le signal de la nuit la plus terrible de l'histoire française : la Saint-Barthélémy.

 

 

 

 

1700...Les carillons deviennent de véritables instruments de musique, comprenant parfois plusieurs dizaines de cloches. Les compositeurs flamands écrivent des oeuvres qui constituent aujourd'hui la plus grande partie du patrimoine de musique campanaire... C'est l'avènement du grand carillon et de l'art campanaire.
En 1721 naît Matthias VAN DEN GHEYN, grand Maître du carillon contemporain de Jean-Sébastien Bach.

1746   Johannes de Gruytters publie le "Beiaarddboek" (le livre du carillon), comprenant 94 transcriptions et 4 compositions. Un monument de la littérature campanaire.

1789  La Révolution Française dévaste le patrimoine campanaire, on estime à plus de 100.000 cloches la destruction qui incombe aux révolutionnaires !

1800-1850 Le carillon tombe en désuétude... Fin du XIX° siècle : Jef DENIJN et Maurice LANNOY marquent, en Belgique et en France, le renouveau de l'Art Campanaire.

1906   Séparation de l'Eglise et de l'Etat. Désormais c'est le Maire qui sera chargé d'organiser, par arrêté municipal, les sonneries de cloches.

1914-1918  La Grande Guerre apporte elle aussi son lot de destructions. Les cloches sont fondues par l'ennemi pour être coulées en canons !
De nombreux édifices sont détruits (Bailleul...).

1939-1945  Des destructions massives affectent à nouveau les instruments dans toute la France (Avesnes-sur-Helpe...) mais aussi l'architecture civile et religieuse (Maubeuge, Bergues...).

l1971    Jacques Lannoy crée une classe de carillon à Tourcoing puis, en 1978, au Conservatoire National de Région de Douai.

1981   Le premier Carillon Ambulant de Douai est construit  et inauguré à Lille le 7 novembre.

2004 Un nouveauCarillon Ambulant de Douai est construit  et inauguré à Douai le 3 juillet

Bientôt le carillon ambulant vient dans mon école...

 

 

DES MOTS QUI SONNENT

 

Ce répertoire de mots relatifs à l'art campanaire n'est pas exhaustif, il permet néanmoins de faciliter la lecture de ce dossier.

Airain : Synonyme de bronze, utilisé uniquement pour désigner le métal servant à la fabrication des cloches.

Beffroi : Le beffroi désigne la charpente en bois supportant les cloches d'une sonnerie ou d'un carillon. Par extension, ce mot désigne également la tour en pierre, indépendante de l'église, dans laquelle sont parfois installées ces cloches.

Bourdon: la plus grosse cloche d'une sonnerie ou d'un carillon. bourdonner, bourdonnement

Campanaire : Un mot qui ne figure pas au dictionnaire courant. Il désigne ce qui concerne la cloche : l'art campanaire, campanule, Campanie, campane, campaniforme

Carillon : ensemble de cloches harmonisées. carillonner, carillonneur, carillonnement

Clarine : Cloche de vache servant à repérer les animaux dans les alpages. Les clarines sont des cloches de bronze fondues. Les sonnailles assurent la même fonction mais sont constituées par des feuilles de métal rivetées. Leurs sonorités respectives sont incomparables.

Cloche  : clocher, clochette, clocheton, clochard, cloche-pied

Glas : Cloche qui annonce la mort, les obsèques d'une personne.

Joug (mouton) : Pièce de bois ou de métal sur laquelle est fixée la cloche de volée par des anses. Il sert d'axe de rotation aux cloches de volée. juguler, jugulaire

Ritournelle : Court motif instrumental qui se répète. Se dit des sonneries marquant les heures de façon automatique sur les carillons. retourner

Sonner : son, sonneur, sonnaille, sonnerie, sonnette

Tinter  : Provoquer un bruit par la percussion d'un objet, en l'occurrence pour ce sujet : une cloche. tintement, tintinnabuler, tintamarre

Tocsin : Sonnerie de cloche prolongée destinée à donner l'alarme.

Volée : Mode de sonnerie obtenu par le balancement des cloches.

 

 

UN PEU DE LECTURE...

 

Les textes se rapportant à l'art campanaire sont nombreux, l'ouvrage " La grande aventure des cloches " (bibliographie), en apporte de nombreuses références.

Vous avez vu sous la main du fondeur,
Ensemble se former, diverses en grandeur,
Dix-sept cloches d'airain, rivales du Tonnerre ?
Il achève leur moule, enseveli sous terre,
Puis par un long canal en vanneaux divisé,
Y fait couler les flots de l'airain embrasé,
Si bien qu'au même instant, cloches petites et grandes,
Sont prêtes, et chacune attend et ne demande
Qu'à sonner quelque mort et de haut d'une tour
Réveiller la paroisse à la pointe du jour.

André Chenier

 

Musique d'un pays de vent

Et voici que sur les places de nos villes,
Le vent encore va chanter.
Les sons de métal errent sur l'étendue du bas pays.
Ici, le bronze célèbre le pas des hommes.
Des hommes de travail,
Des hommes de coutumes,
Des hommes de sourires, des hommes de front,
Qui ont cette façon de se tenir face aux vents.
Au dessus du pays d'acier, du pays de charbon, du pays de terre,
Par les chemins, par les rues claires,
Voilà qu'à bout de vol le grand jeu de timbres rejoint le large.
Au septentrion, le vent a de la mémoire.
Il perpétue les notes du carillon
.

 

 

 

LE FABULEUX VOYAGE DE CLOCHINETTE

 

Il était une fois, dans la châtellenie de Douai, un vieux beffroi de pierre qui se dressait vers le ciel. De toutes les rues avoisinantes, on pouvait l'apercevoir et admirer sa masse imposante, ornée de tourelles, lucarnes, pinacles, et girouettes. Le vent de la plaine du Nord faisait tourner la tête du petit lion juché tout en haut du sommet. A chaque angle, deux gargouilles hideuses scrutaient l'horizon de leurs yeux vides. Entre les contreforts, de hautes fenêtres fermées d'abat-sons abritaient Clochinette et sa famille, les cloches du grand carillon, qui  rythmaient la vie de la paisible cité.

Tous les quarts d'heure, en effet, la mécanique composée d'engrenages et de pignons se mettait en route et actionnait avec fracas les battants d'acier qui martelaient la robe de Clochinette et la faisaient vibrer jusqu'aux oreilles. Crapautine, la plus vieille,  la plus laide, mais aussi la plus sage de nos amies gargouilles, regardait inexorablement vers l'Est, apparemment insensible à la ritournelle, et sa mélodie mécanique qui se déversait sur la ville depuis tant d'années.

En ce soir de juillet, , Douai est en fête,  c'est la rentrée des époux Gayant, les plus grands géants de la Châtellenie. Alors imaginez les bruits, les rires, les cris, les clameurs, les roulements de tambour, les rigaudons, qui envahissent les rues, les places, qui enflent..., enflent..., et montent jusque la chambre des cloches du vieux beffroi.

La fête bat son plein quand soudain, au milieu du brouhaha, l'attention de Clochinette est attirée par une mélodie carillonnée, tellement fine, tellement légère, tellement musicale, qu'elle se sentit fondre de plaisir. D'ailleurs toutes les cloches de la ritournelle en étaient toutes retournées.

A travers les lames des abat-sons, Clochinette aperçut même Crapautine qui  dodelinait de sa vieille tête de pierre de gauche à droite, au rythme de  cet autre carillon. Après le dernier accord, un tonnerre d'applaudissements déferla sur la place, soudain devenue  trop petite. Les cloches de la ritournelle en restèrent médusées. Jamais elles n'avaient connu pareil succès ! Jamais les passants n'avaient applaudi à la ritournelle, ils ne se retournaient même plus. Jamais Crapautine n'avait détourné la tête pour les écouter ! Quelle amertume pour elles !
Alors, sous la houlette de Clochinette, elles tinrent un conciliabule. (un conciliabule est une réunion secrète de cloches qui tintinnabulent dans un vestibule à la Sainte-Gudule) .

On pouvait y entendre cela :
- Avez-vous entendu cette finesse ?
- C'était... comme si les anges les avaient fait sonner.
- J'en ai pleuré pendant tout le concert !
- Mais pourquoi les gens ont-ils tant  applaudi ?
Oui, Pourquoi ? même Crapautine semblait sous le charme de ce nouveau carillon.

Mais on pouvait y entendre également ceci :
- Non mais ! Qu'ont-elles de plus que nous ces bêcheuses ?
- Vous avez vu ces pimbêches... Pfff ... clochasses va !
- Faudrait peut-être que l'une d'entre nous aille y voir de plus près.
- Oui mais, y a t'il une volontaire ?
Moi ! moi ! moi ! s'exclamèrent en choeur toutes les cloches.
Pour qu'il n'y ait pas de jalouses, elles décidèrent donc de tirer au battant
... trou, trou...

Gling, gling, Colinette
Secoue la clochette...

Ding, ding , dans mes poches

Des milliers de cloches...

Un, deux, trois

En haut du beffroi

Y'a un beau garçon

Qui sonne le bourdon

Choisit la plus belle
De la ri.tour.nelle !

 

Et le sort tomba sur la plus petite...La toute petite Clochinette.
- Et comment je vais faire, je n'ai même pas de jambes ?
- Non, tu n'as pas de jambes, mais tu as un cerveau. Tu n'as qu'à l'utiliser, lui répondirent ses consoeurs.
- C'est une bonne idée, répliqua Clochinette, un peu vexée. Je vais demander à ma vieille copine Crapautine si elle n'a pas une bonne idée derrière sa trombine.

Clochinette se pencha vers Crapautine et lui expliqua la situation. Et voici ce que Crapautine lui dit :

- Ce que tu viens d'entendre, petite, c'est le carillon ambulant de Douai.

- Comment, un carillon ambulant ?

- Oui, le beffroi qui porte les cloches est posé sur une remorque, qui est elle-même tirée par un gros camion blanc.

- Quel curieux équipage !

- Chaque année, ce curieux équipage comme tu dis, part dans le monde entier pour donner des concerts. Tu devrais partir avec lui, suis-le. Peut- être découvriras-tu le secret du succès de ce carillon. Et puis, ce voyage te permettra de découvrir d'autres cloches, d'autres carillons. Mais attention ! Seule une cloche très courageuse peut quitter la sécurité de sa chambre pour un voyage aussi long et aussi périlleux.

- Oh mais je n'ai peur de rien, répliqua effrontément Clochinette. Dis-moi plutôt ce que je dois faire pour rejoindre ce carillon.

- Oh ! C'est très simple. Lorsque le père Lulu du Haut, l'horloger, viendra remonter les contrepoids de l'horloge, tu lui demanderas de te décrocher, de te placer sur son nombril et de prononcer cette formule magique :

Digue don daine, ras de la boudaine...
- Oh la la ! C'est vieux tout ça.

Digue don daine, ras de la boudaine
Digue don don, ras du bourdon.

- Et alors ?
- Alors, tu te retrouveras comme par enchantement sous Bourdonou, la plus grosse des cloches du carillon ambulant, qui te protégera pendant tout ton voyage. Tu pourras aussi te faire aider par le Maître des Cloches. Mais attention ! A Noël le charme sera rompu, et si tu n'as pas regagné ton clocher, tu resteras à jamais prisonnière de la terre étrangère où tu te trouves. Bonne chance ! bon voyage !

Clochinette fit exactement ce que lui avait dit Crapautine :
" Digue don daine, ras de la boudaine, Digue don don ras du bourdon "

Et la voilà comme par enchantement sous Bourdonou.

Au revoir ! Au revoir ! Chantaient avec nostalgie les cloches de la ritournelle au moment où le curieux équipage s'ébranlait sur les pavés de la vieille ville. Et le convoi disparut dans le crépuscule.

Sur la route, alors que le soleil s'était couché depuis bien longtemps, les cloches du carillon ambulant étaient encore tout à la joie de ce nouveau voyage. Au moindre cahot, elles sonnaient gaiement comme dans un grand éclat de rire. Loin de partager cette liesse, Clochinette se posait mille et une questions :
Avait elle eu raison de partir ?

Serait- elle à la hauteur de sa mission ?

Trouverait- elle le secret du succès du carillon ?

Serait- elle de retour à Noël ?

Et Clochinette s'apprêta à passer sa première nuit loin de sa famille. Elle se blottit sous Bourdonou, et comme lui avait dit Crapautine , elle y trouva chaleur et réconfort, et finit par s'endormir. Le lendemain matin, elle ouvrait les yeux sur un paysage inconnu... Arrivé à Cloppenburg, petite ville de Hollande, pays des tulipes, des moulins, du fromage... mais aussi des carillons, le curieux équipage s'arrêta sur une magnifique place bordée de splendides maisons aux façades flamandes. Mais, d'où vient ce son, si doux, si pur, sibyllin ?
Clochinette s'approcha de la Grande Halle aux Draps d'où lui semblait provenir cette merveilleuse mélodie. Au fond de la grande salle, sous le grand vitrail , sur une grande table tendue de velours rouge, toute une famille de cloches , encore plus petites qu'elle, attendaient patiemment. Par de grands gestes gracieux et aériens, Deya la fée des Handbells, les saisissait tour à tour et les entrainait dans un ballet magique. Ses mouvements délicats et précis les faisaient virevolter autour d'elle comme une nuée de libellules.
Emerveillée, Clochinette rejoignit le carillon ambulant au moment où celui-ci allait donner son premier concert. Quel beau spectacle ce fût. Un tonnerre d'applaudissements déferla sur la place, à en faire rougir le Maître des Cloches. Mais Clochinette n'avait rien vu, elle avait passé tout ce temps sous Bourdonou. Elle se laissa glisser un peu, pour regarder, par dessous et alors là... catastrophe ! Le Maître des Cloches l'aperçut, la saisit par les oreilles et la secoua... la secoua... comme une vulgaire clochette de cuisine !
- Un passager clandestin, s'écria-t-il ! Mais d'où sors-tu ? 
- Ben... euh... enfin... euh...du dessous de Bourdonou, dit Clochinette un peu confuse.

Et alors,  elle lui raconta toute son histoire : pourquoi elle avait voulu voyager avec le carillon ambulant pour découvrir le secret de son succès, comment elle avait pu, grâce à Crapautine et sa formule magique arriver jusqu'au carillon. Le Maître des Cloches ne pouvait rester  insensible à l'histoire de Clochinette.


- Ainsi, tu veux connaître la raison du succès du carillon ambulant, c'est une bonne raison pour voyager avec nous. Allez moussaillon ! Je t'accepte à mon bord, et c'est d'autant plus vrai que demain nous prenons le bateau pour l'Angleterre. Là-bas tu entendras Big Ben, c'est un groupe de quatre, connu dans le monde entier. Il passe à la radio tous les jours.
Ravie, Clochinette retourna vite sous Bourdonou, en route pour le pays de sa Très Gracieuse Majesté.

Le voyage se déroula sans encombre et le concert du soir, donné devant le Parlement à l'occasion de la grande Fête du Pudding, fut à nouveau un véritable triomphe. Le carillon et le Maître des Cloches furent chaleureusement applaudis. Clochinette, que le Maître avait assise tout contre lui, en était... béate d'admiration. Qu'il était beau, qu 'il était sensible, qu'il était émouvant... Et c'est à contrecœur qu'elle dut retourner sous Bourdonou afin de continuer le voyage. Mais cette fois, alors que le carillon roulait dans la nuit, Clochinette osa même mêler sa voix à celle de ses nouvelles amies...

Sur le bateau qui les ramenait sur le continent, Clochinette était inquiète. La cloche de pont  sonnait lugubrement, tellement la houle était forte. Et Clochinette, de plus en plus secouée, commençait à avoir mal au coeur... Elle sentait comme un danger, et se faisait la plus petite possible sous la grosse carapace protectrice de Bourdonou.
Survint alors une incroyable tempête. Imaginez un vent terrible, des vagues énormes, des creux impressionnants, des paquets de mer qui s'abattaient sur le pont, sur  le carillon, et sur le pauvre Bourdonou qui en devint tout vert, vert de peur, vert de rage, vert de gris !


La tempête calmée, Clochinette sortit prudemment du dessous de Bourdonou et, en le voyant, elle ne put s'empêcher de rire aux éclats.

- Oh la la ! T'as vu ta tronche !
Tu ressembles à une grosse cacahuète salée. Non... à une grosse pistache.Arrivé à son tour sur le pont, le Maître des Cloches fut lui aussi consterné par les dégâts provoqués par l'eau salée sur le bronze. Il décida donc de changer d'itinéraire et de partir pour les Savoies, là où se trouve l'hôpital pour les cloches : la fonderie.

Au détour d'une route de montagne, dans un virage que le " Carimionneur " eut bien du mal  à négocier, Clochinette se laissa glisser au bas de Bourdonou pour admirer le paysage. Elle aperçut soudain un autre carillon ambulant... vachement bizarre. Ecoutez-moi ça : une seule cloche, quatre pattes, deux cornes, et de drôles de battants roses par dessous... Elle en profita pour demander son chemin à ce carillon ambulant vachement bizarre.
- C'est là-bas, au bord du lac, répondit l'animal, peu bavard : Meuuuuhhh !

Arrivée à la fonderie, Clochinette tremblait un peu pour les copines (depuis le début du voyage elles sont devenues copines). Il y régnait une odeur de soufre et une chaleur d'enfer. Dans les ateliers résonnaient des bruits terrifiants et, là-bas dans le fond, une grande gueule de feu laissait échapper des flots d'airain incandescents.

 


Clochinette, stupéfaite, vit alors que l'on enfermait ses amies dans une vaste cabine sombre, sinistre, menaçante. Elle  écoutait, de plus en plus inquiète , et soudain, entendit de grands cris. Des cris de stupeur d'abord, suivis par de grands éclats de rire.

- Ca chatouille ! Ca gratouille !

Et Clochinette vit les cloches ressortir, l'une après l'autre, toutes pimpantes. Douchées sous une pluie de sable elles étaient redevenues aussi belles qu'au premier jour...
Ouf ! 

La tournée reprit alors, les concerts et les ovations se succédaient, et Clochinette désormais, avait toujours sa place réservée auprès du Maître des Cloches. Elle pouvait donc l'admirer autant qu'elle le voulait pendant qu'il jouait. Elle s'émerveillait toujours de le voir frapper sur le clavier, parfois avec violence, parfois avec tendresse. Elle s'étonnait de la facilité qu'il avait pour passer des mélodies les plus calmes aux sonorités les plus vives. Elle partageait avec lui tous les applaudissements, bien  mérités.
N'était-elle pas en train de tomber...

Mais le Maître des Cloches n'était pas seulement un excellent musicien, c'était aussi un vrai professeur. Auprès de lui, elle apprenait chaque jour davantage : le mystère de la naissance des cloches, la magie de leur voix, le secret de leur langage. Elle apprit l'Angélus qui depuis si longtemps rythme la vie des hommes, la volée joyeuse pour fêter mariage ou baptême, le tocsin qui sonne l'alarme, le glas funèbre qui annonce la mort. Il lui fit découvrir aussi que des milliers de cloches chantaient de par le monde. Il y en avait même de très célèbres mais qui ne sonnaient plus, comme la Liberty Bell, aux Etats Unis, qui a  tant chanté la liberté, qu'elle s'en est brisée la voix, comme celle qui se trouve à Moscou, sur la Place Rouge, la Tsar Kolokol, qui s'est cassée avant même d'avoir pu sonner. Elle pesait deux cents tonnes.
C'est ainsi que le Maître des Cloches lui parla de la Chine, car le carillon devait se rendre au Festival de Wuhan.

La Chine... Quel pays fascinant ! quelle région mystérieuse ! quelle contrée étrange !

Dans les rues grouillantes de Wuhan, Clochinette était émerveillée : quel charivari, quel tohu-bohu, quelle cacophonie...  Le  concert fut, comme chaque fois,  exceptionnel, et le Maître des Cloches fut reçu en grande cérémonie au Musée Campanaire de la ville. Clochinette était ravie, il l'avait emmenée avec lui. Et pendant que les personnalités prononçaient les discours d'usage, Clochinette qui n'y comprenait rien, s'aventura dans les différentes salles du Musée. Au détour d'une sombre galerie, elle resta figée devant un masque, hideux, qui lui rappelait quelqu'un... mais qui ?
Fais bien attention..., tu dois être rentrée pour Noël, sinon le charme sera rompu et tu te retrouveras à jamais prisonnière dans la terre étrangère où tu te trouves....


C'est vrai, elle avait presque oublié ! Clochinette alla vite rejoindre le Maître des Cloches, et là, elle  le trouva, immobile, devant de très vieilles cloches comme elle n'en avait encore jamais vues.

- Et comment s'appellent-elles ? demanda-t-elle un peu jalouse... et même franchement jalouse.

- Ces vieilles et nobles dames sont les fameuses cloches " Zhong ", tes ancêtres, répondit -il complètement fasciné. On les fabriquait déjà il y a quatre mille ans.

Alors, en le voyant aller et venir parmi les vieilles Zhong, leur parler tendrement, les caresser du bout des doigts, Clochinette comprit. Il fallait désormais aller vite, Noël était proche, et Clochinette était impatiente de retrouver le beffroi de Douai et toute sa famille.

 

Après un voyage qui lui parut interminable, elle aperçut enfin le petit lion doré qui scintillait sous le soleil tout en haut du beffroi. Et quand le convoi passa la porte de la ville, Clochinette, perchée sur le joug de Bourdonou, trépignait d'impatience.
C'est alors que la ritournelle se mit en route, il était juste midi.
Mais quelle horreur ! Elle ne reconnaissait pas le refrain qu'elle avait tant de fois joué. Jamais elle n'aurait cru que sa voix avait autant d'importance dans la mélodie. Il faut absolument que je retourne là-haut au plus vite.
- Et si je demandais au Maître des Cloches de prononcer la formule magique : Digue don daine, ras de la boudaine, Digue don don, ras du bourdon.

Et Bourdonou regarda tristement Clochinette s'éloigner vers la chambre des cloches.

Clochinette ! Clochinette ! Enfin te revoilà. Nous sommes vraiment contentes. Allez, vite ! reprends ta place pour la sonnerie du quart d'heure, tu nous raconteras ton voyage plus tard.

Et à midi et quart, quelques personnes levèrent la tête vers le beffroi, un peu étonnées.
La dernière note n'avait pas fini de résonner que toutes les cloches pressèrent Clochinette de questions. Mais elle voulait garder son secret pour la fin, car elle n'était pas peu fière de révéler toutes ses nouvelles connaissances.
- Savez-vous qu'il existe une cloche aux Etats-Unis qui s'est brisée d'avoir trop sonné. Savez-vous qu'il existe une cloche à Moscou qui pèse plus de deux cents tonnes.

- Deux cents tonnes !

- Oui. Et je peux même vous dire son nom : on l'appelle la Star Coloquinte.

- Tsar Kolokol, Clochinette, dit le Maître des Cloches qui, curieux, avait gravi les marches du beffroi pour la retrouver. Mais, continue je t'en prie...

Sans dévoiler son secret elle poursuivit alors le récit de son voyage, la Hollande et les handbells, l'Angleterre et Big Ben, les péripéties de son cher Bourdonou dans la tempête, le carillon vachement bizarre, et enfin la Chine et sa fabuleuse rencontre avec les cloches Zhong.
- Mais alors, finalement, le secret, l'as-tu trouvé ?
Et Crapautine qui, dehors, regardait toujours vers l'Est la nuque un peu raide, tendit l'oreille.

- Ce que j'ai appris, c'est que nos voix sont aussi belles que celles des cloches du carillon ambulant, mais ce serait trop long à vous expliquer. Et Clochinette, en rougissant, demanda au maître des Cloches de s'installer sur le banc poussiéreux du carillon.

Il sortit alors d'un vieux cartable râpé, une grande feuille de papier couverte de notes de musique qu'il installa devant lui sur le pupitre. Il se concentra quelques secondes, leva légèrement les bras, et ensuite ses poings se mirent à courir avec légèreté sur la clavier, tandis qu'au pédalier ses pieds marquaient le rythme de la mélodie avec une aisance déconcertante. Alors, dans la chambre des cloches se mit en marche tout un enchevêtrement savant de pignons, de tringleries et de ressorts qui n'avaient pas fonctionné depuis fort longtemps. Le Maître des Cloches était heureux, et Clochinette attendait avec impatience qu'enfin, au hasard de la partition, sa robe se mette à vibrer. Du beffroi s'écoula sur la place la plus céleste des musiques que Clochinette et ses amies n'avaient jamais chantée, et Crapautine elle-même en était émue aux larmes. Au pieds du beffroi, petit à petit, s'approchaient les badauds qui n'en croyaient pas leurs oreilles. Quand la dernière vibration s'estompa et que les applaudissements enfin se turent sur la place, un silence religieux régnait dans la chambre des cloches, tant l'émotion était forte Clochinette regarda ses amies et leur dit :
- savez-vous maintenant qui peut nous faire rire, chanter ou pleurer ?

- savez-vous qui donne une âme au carillon ?

- savez-vous qui donne aux passants l'envie d'applaudir ?

Le Maître des Cloches leur promit ce jour là de monter chaque semaine les " douze mille cinq cent cinquante et une " marches du vieux beffroi, et de faire chanter Clochinette et ses amies. Il leur recommanda cependant de continuer à sonner la ritournelle qui, leur dit-il, était une forte agréable manière de donner l'heure aux habitants de la ville.

Cette histoire s'est passée il y a fort longtemps, mais si un jour le carillon ambulant passe dans votre ville, n'hésitez pas....   Allez voir sous Bourdonou, pour voir si Clochinette  ne serait pas repartie pour un autre voyage....

Patricia AGNIERAY - Michèle FORT

Retrouvez les chansons de Clochinette et leurs partitions :  voir

 

LE FABULEUX VOYAGE DE CLOCHINETTE
STRUCTURE DU CONTE

   

LA SITUATION INITIALE

Le héros 

 
 

Clochinette

Le Lien

 

La quête

 
 

Découvrir le secret du succès du carillon ambulant 

Le Temps

 
 

Contrainte temporelle : être rentrée pour Noël

Les aides

 
 

Lulu du haut  l’horloger

 

Crapautine, la gargouille

 

Bourdonou, le bourdon du carillon

 

Le masque chinois (évocation de Crapautine)

 

LES EPREUVES

Rejoindre le carillon (aides : horloger et Crapautine)
La Tempête (aide : Bourdonou)
Rentrer à Douai
(aide : le masque et Crapautine)

   

LA SITUATION FINALE

 

Les changements
La réponse à la quête

 

 

 

 

EXPLOITATION DU CONTE CLOCHINETTE

retrouvez les paroles et la musique des chansons de Clochinette

CYCLE 1
Privilégier l’écoute du CD
Pistes à exploiter :
Faire la lecture du conte en plusieurs séance.

Ecoute

Le langage

CYCLE 2
Exploiter les deux supports : le conte écrit et le CD
Pistes à exploiter :

Les personnages (dessins, description)

Clochinette

CYCLE 3
Privilégier le conte écrit
Pistes à exploiter :

Recherche de vocabulaire

Les expressions

Recherche de dictons et proverbes

Les temps des verbes

Situer le conte dans l’Histoire

Lexique

Architecture : gargouille...

Descriptions : bruits, paysages....

Musique : rigaudon...

Géographie

Technique : engrenages, pignons, marteler...

Folklore et traditions : géants, fêtes...

Recherche de documentations
(bibliothèques, Internet)

Travail sur les personnages
caractéristiques, dessins : 
Clochinette, Crapautine

Travail sur la découpe du conte
(tableau page suivante)

 

LA DECOUPE DU CONTE
 

 

description

thèmes

points forts

situation initiale

Clochinette dans le beffroi

architecture
traditions
personnages
technologie

Douai, sa région

étape n° 1

atteindre le carillon ambulant

personnages

la tempête

étape n° 2

les voyages : Hollande, Angleterre

géographie
musique
folklore

la tempête

étape n° 3

la Savoie et la fonderie de cloches

géographie
musique
technologie
usages de la cloche

le nettoyage des cloches

étape n° 4

la leçon du Maître des cloches

géographie
musique
usages de la cloche

la leçon sur l'usage des cloches

étape n° 5

la Chine

géographie
musique
folklore

dépaysement

situation finale

les changements de Clochinette

la musique de
carillon

l'art du carillon

 

 

HISTOIRE D'AILLEURS

LA GRANDE CLOCHE DE PEKIN

 

Lorsque Pékin devint la capitale de la Chine, l'Empereur, Yung Lo, décréta que deux tours seraient construites. La première, tour de guet, comporterait un magnifique tambour . La seconde, qui servirait à donner l 'alarme, contiendrait une grande cloche. Et cette cloche aurait un double usage : non seulement elle permettrait d'avertir les habitants si des ennemis arrivaient aux portes de la ville, mais elle serait aussi plus grande et plus sonore que toute autre cloche de Chine pour symboliser la nouvelle capitale du pays.
Yung Lo prit donc contact avec le plus renommé de tous les fondeurs de cloches de Chine, un certain Kuan Yu. L'Empereur lui expliqua ce qu'il désirait. Puis il lui remit une bourse pleine de pièces d'or pour recruter une véritable petite armée d'ouvriers et acheter le métal nécessaire. Kuan Yu se mit immédiatement au travail. Trois mois plus tard, il annonça que sa mission touchait à sa fin.
Aussitôt l'Empereur quitta son palais au milieu d'une procession triomphale. Transporté sur un palanquin doré, entouré de courtisans et musiciens, il arriva à l'atelier de Kuan Yu. La cloche n'était pas vraiment terminée, mais le moule était prêt et le métal en fusion, bouillonnait. Yung Lo prit place. Le signal de la dernière phase du travail fut donné. On renversa l'énorme cuve de liquide, et une rivière argentée descendit en sifflant le long des conduits avant d'emplir le moule de ses tourbillons. Après quoi on dut attendre, longtemps, que le métal refroidisse. Quand le moule put enfin être cassé et la cloche révélée, l'Empereur et ses courtisans se penchèrent en avant. Kuan Yu devint soudain très pâle. Les courtisans étouffèrent un cri. Car la cloche était constellée de trous... Elle était inutilisable. Trois mois de travail et une petite fortune avaient abouti à un désastre.

Par bonheur pour le fondeur de cloches, Yung Lo savait pardonner. Il lui confia une autre bourse pleine d'or et lui ordonna de recommencer. Trois autres mois passèrent, durant lesquels Kuan Yu travailla comme un fou : il vérifia et revérifia ses plans, surveilla les hauts fourneaux, contrôla chaque seconde de l'élaboration du nouveau moule. Le moment de la seconde tentative arriva. L'Empereur fut convoqué et l'atelier préparé.
Quand la rivière d'argent déferla pour la deuxième fois dans les conduits, personne ne dit mot. Pendant que le moule refroidissait, on aurait pu entendre voler une mouche. Enfin, d'une main tremblante, Kuan Yu le cassa comme une coquille d'œuf. Il manqua de défaillir tellement le choc fut grand pour lui : la cloche était en trois morceaux, un morceau par mois de construction. Une nouvelle fois elle était inutilisable. Une nouvelle fois l'Empereur avait gaspillé son argent.

Yung Lo était patient. Un empereur autre que lui aurait considéré les deux échecs du fondeur de cloches comme une insulte personnelle, et le pauvre homme aurait été condamné à une mort horrible. Mais Yung Lo ne se mit pas en colère. Il se pencha vers Kuan Yu et, lui donnant une troisième bourse remplie d'or, il lui murmura :
- Un premier échec était compréhensible, un deuxième est pardonnable. Mais je ne peux accepter une troisième erreur.

-  Je comprends, Sire,  répondit en tremblant Kuan Yu.

-  Si tu échoues encore une fois, tu mourras, dit l'empereur. Je te donne trois mois pour achever ce travail. Je veux ma cloche ou tu perdras la vie.
Une nouvelle fois, Kuan Yu se mit au travail, mais son cœur était lourd, car il pensait à présent que la cloche était maudite. Il ne réussirait jamais à mener à bien son œuvre et quoi qu'il fasse, il serait exécuté. C'est ainsi que sa fille le trouva, un soir, assis au coin du feu, la tête entre les mains, absorbé dans ces sombres pensées.
Kuan Yu était veuf. Sa femme était morte de maladie bien des années auparavant, et il vivait avec sa fille Ko-ai. Celle-ci, âgée de seize ans, était une ravissante jeune fille avec des yeux doux en amande, de longs cils soyeux et une chevelure aussi sombre que la nuit. Mince et gracieuse, elle possédait une voix tendre et mélodieuse. En plus de ses qualités de maîtresse de maison, elle était extrêmement douée en poésie et en peinture. Inutile de dire que Kuan Yu adorait son enfant.Voyant le chagrin de son père, Ko-ai s'assit près de lui. Elle posa sa tête sur ses genoux et lui demanda ce qui n'allait pas.

-  Par deux fois j'ai mécontenté mon Empereur, gémit le fondeur. Si cela se produit encore, je serai perdu. Et pourtant...
Il tourna et retourna les plans de la troisième cloche entre ses mains.

-  J'ai peur...

-  Si seulement je pouvais t'aider ! dit Ko-ai.

-  Tu ne peux rien faire, répondit Kuan Yu. La cloche doit être fondue dans quelques jours. Et après ma chère enfant tu te retrouveras seule...

Le lendemain matin, Ko-ai se leva de bonne heure et s'échappa sans bruit de la maison. Elle traversa Pékin à pied pour se rendre  chez un magicien renommé, Kuo Po.

 

Au moment où elle levait la main pour frapper à la porte, celle-ci s'ouvrit d'elle-même. Ko-ai pénétra dans un sombre passage empli de vapeurs d'encens ; il menait à une pièce circulaire où le magicien l'attendait, assis en tailleur sur une natte.
-   Bonjour, Ko-ai, dit-il.

-  Vous connaissez mon nom ! s'écria la jeune fille.

Il courba sa tête chauve.

-  C'est mon travail, de savoir. Je sais aussi ce qui t'amène. Tu veux me poser une question. Je te préviens, tu ferais mieux de ne pas me la poser.

- Mais il faut que je sache ! gémit Ko-ai

- Très bien, la troisième cloche sera fêlée.

La jeune fille tomba en arrière, versant des larmes désespérées. Alors, le magicien leva une main.

-  Elle sera fêlée, précisa-t-il, sauf si le sang d'une jeune fille est mêlé au métal fondu.

-  Mais...

-  Je t'avais prévenue : mieux valait que tu ne m'interroges pas. A présent, tu sais. Seul le sang d'une adolescente peut sauver ton père d'une mort certaine. Maintenant, adieu !

Le jour fatidique arriva.

Une fois de plus, l'Empereur quitta son palais, entouré de courtisans et de musiciens. Mais cette fois-ci, sa suite comprenait aussi un bourreau coiffé d'une cagoule, et portant une hache. Pour la troisième et dernière fois le chaudron de métal fut amené  à ébullition : de la vapeur s'élevait de sa surface crevée de bulles infernales. La chaleur était si intense que tout le monde dans la salle transpirait. Mais cette sueur était peut-être aussi causée par la peur - la peur d'un dernier échec, et de la fureur de l'Empereur. Au moment précis où le grand chaudron allait être retourné, Ko-ai arriva en courant sur une galerie qui surplombait la salle.
-  Père ! cria-t-elle. Je fais ceci pour toi !Elle enjamba la balustrade et plongea la tête la première dans le métal en fusion. A l'instant où elle tombait, un serviteur tenta de la rattraper, mais il ne retint entre ses mains qu'une chaussure.
Kuan Yu poussa un cri d'horreur et s'évanouit.

Le corps de sa fille heurta la surface bouillonnante et disparut comme à travers un miroir magique. Il y eut un grésillement atroce, puis une odeur épouvantable se répandit dans l'atmosphère. Le chaudron, qui avait commencé à pencher, se renversa complètement et le métal coula dans le moule. Mais cette fois-ci la masse argentée était striée de rouge.

Personne, jamais, ne devait oublier cette journée de cauchemar. On dut porter dans sa chambre le malheureux fondeur, rendu fou par ce qu'il venait de voir. A dater de cet instant, le seul son d'une cloche devait suffire à le faire écumer de douleur. Et six hommes robustes devaient le retenir sur son lit. L'Empereur, de son côté, regagna son palais avec ses courtisans frappés de stupeur. Désormais, les musiciens ne pourraient jamais plus jouer en mesure. Et le bourreau serait incapable d'exécuter quelqu'un, tant ses nerfs avaient été ébranlés.Mais la cloche, elle, était parfaite. C'était la plus belle œuvre jamais réalisée par Kuan Yu. Et, en dépit de ce qui s'était passé, l'Empereur ordonna qu'elle soit accrochée dans la tour comme prévu.

Lorsque les habitants de Pékin apprirent l'histoire, et virent l'énorme cloche sortie de l'atelier par cent hommes musclés, ils attendirent avec impatience d'entendre le son qu'elle allait rendre. Elle était si étrange, avec ses spirales rouges qui zébraient sa fonte argentée... Ils suivirent attentivement son installation dans la tour. Et le jour où elle devait sonner pour la première fois, à midi juste, les rues furent envahies par une foule innombrable. L'Empereur lui-même se déplaça. Le soleil monta dans le ciel... et l'instant attendu arriva.
Dès que la cloche s'ébranla ; elle émit un son tellement fort et tellement impressionnant que l'Empereur se dit aussitôt qu'il en avait pour son argent. Les spectateurs, eux, poussèrent un cri d'horreur. Car le " boum " fut immédiatement suivi d'un hurlement d'outre-tombe, exacte réplique du cri lâché par Ko-ai quand ses mains avaient touché le liquide en fusion. Et quand le hurlement se tut, il fut prolongé par un étrange gémissement répercuté par l'écho de la cloche. C'était le mot hsieh, qui en chinois signifie " chaussure ". Il désignait le seul objet qui était resté de Ko-ai.

Telle est la légende de la grande cloche de Pékin. Si vous ne la croyez pas, rendez-vous dans cette cité et attendez que la cloche soit sonnée. Alors vous entendrez le hurlement, suivi du gémissement. Et si quelqu'un vous demande l'origine de ce son bizarre, vous pourrez lui en donner l'explication.

Avec l'aimable autorisation des Editions France Loisirs
Extrait du livre " MYTHES ET LEGENDES " - adaptation Anthony HOROWITZ
Traduction : Marie-José LAMORLETTE

 

ARTS PLASTIQUES - fiche n°1

 

la ribam...bell

XXL !

Je reproduis, découpe, décore... le gabarit de la page précédente...  J'en fais des ribambelles, des guirlandes pour Pâques...

 

 

Je découpe ma feuille par l'intérieur, je l'applique contre une vitre et je pulvérise de la neige artificielle sur le bord de mon gabarit, mes fenêtres seront joliment décorées pour Noël.

Je peux utiliser des tailles différentes pour faire encore plus joli.

     

 

ARTS PLASTIQUES - fiche n°2

 

mon livre de cloche

 

seul ou avec ma classe j'écris et illustre ma propre histoire
de cloche, réelle ou imaginaire...

 

 

 

REMERCIEMENTS

 

pour leur participation à la réalisation de ce document pédagogique :

 

Patricia AGNIERAY, bibliothécaire à Douchy-les-Mines

Stéfano COLLETTI, Maître-Carillonneur à Orchies et Saint-Amand-les-Eaux,

Denis DURRE, instituteur à Landas,

Michèle FORT, directrice d'école maternelle à Lys-lez-Lannoy,

Raymond FORT, régisseur du Carillon Ambulant de Douai/Région Nord Pas de Calais,

Marie-Claude LALLAIN, directrice d'école primaire à Roubaix,

Michel LALLAIN, directeur d'école primaire à Lys-lez-Lannoy,

Richard WLEKLINSKI, directeur de l'ARPAC.

 

Mais également :

Domaine Musiques Région Nord/Pas de Calais,

les Editions France Loisirs,

la Société Française de Campanologie.