Sweet chestnut – la fleur du Châtaignier

 

Parmi les 38 élixirs découverts par Edward Bach, le Châtaignier occupe une place toute particulière : il s’applique en effet aux cas de détresse intense, de grande douleur morale, de grande obscurité intérieure. 

Le Dr Bach définissait d’ailleurs ainsi l’état émotionnel redevable de la fleur de Châtaignier : « pour les moments où, chez certaines personnes, l’angoisse devient si forte qu’elle en paraît insupportable. Quand il semble que l’esprit ou le corps ait atteint l’extrême limite de son endurance et qu’il doive maintenant abandonner. Quand il ne reste apparemment plus à envisager que la destruction et l’anéantissement. » 

Dans l’état négatif de Sweet chestnut, la personne se trouve en profonde confrontation avec son Etre intérieur. Il lui semble – après par exemple une série d’échecs répétés ou d’épreuves douloureuses – qu’elle a atteint les limites de ce qu’un être humain peut supporter ; c’est à ce moment qu’elle pense être dans une impasse et que tout lui semble noir, sans espoir, comme si, soudain, elle avait l’impression d’être égarée dans un tunnel sans issue. 

Cette absence de lumière caractérise bien l’état Châtaignier ; Bach parlait d’ailleurs d’une « nuit noire de l’âme ». C’est cette absence d’issue qui génère cette terrible angoisse que connaissent les personnes vivant cet état : une angoisse existentielle qui transforme soudain notre vie en une vallée de larmes et de peine, qui nous fait entrevoir un monde complètement déserté par la lumière et l’amour, qui nous laisse penser que nous sommes désormais seul et abandonné au moment où nous ne pouvons plus compter sur nos ressources antérieures ou  notre force vitale. 

« Je me sens complètement seul et abandonné » est une phrase très souvent prononcée par la personne « Châtaignier » : abandonnée par les siens, par ses amis, abandonnée par Dieu aussi, tel Job invectivant Dieu dans sa grande détresse et n’obtenant pour toute réponse qu’un angoissant silence. Dans cette difficulté émotionnelle intense on ne sait même plus prier. La souffrance est tellement ancrée qu’il devient quasiment impossible de la verbaliser ; et même si nous pouvions le faire, les mots sembleraient trop faibles pour exprimer notre ressenti. C’est ce type de désespoir qui conduit au-delà du dialogue pour nous enfermer dans un monologue chargé de silences et d’obscurité. Alors on continue tout seul à traverser notre désert de ténèbres, avec pour seul oasis que nos fontaines de larmes et les sanglots étouffés de notre âme. 

C’est à ce moment-là, quand la désolation est à son paroxysme, que la mort semble la seule issue possible. Mais contrairement à l’état Prunus qui peut être suicidaire, la personne Châtaignier ne mettra pas fin à ses jours ; mais elle souhaitera la mort comme aboutissement puisqu’elle seule peut marquer la fin de cette souffrance insupportable (« ah si je pouvais ne pas me réveiller demain matin »). 

L’élixir de Châtaignier va aider l’être humain dans l’important processus d’évolution qui s’amorce en lui (souvent avant même qu’il en ait pris conscience). L’état positif Châtaignier se manifeste quand l’Homme comprend qu’il n’est pas abandonné, mais que c’est lui qui doit abandonner : abandonner ses acquis, ses repères, ses certitudes, ses principes, des vieux schémas de comportement. L’élixir permet de comprendre que pour recevoir et retrouver la paix il faut lâcher ce qui est encombrant dans les mains ou dans le cœur (ce qu’on appelle fort justement le lâcher-prise). 

L’état douloureux de Sweet chestnut est nécessaire à ce processus d’évolution. Il annonce une importante mutation. On pourrait comparer ce travail intérieur à la mue du serpent : il doit perdre sa « vieille peau » pour revêtir son nouvel habit. De la même manière, nous devons mourir à notre ancienne condition pour « re-naître ». Cette mort est indispensable : alors qu’on meurt à la vie embryonnaire pour entrer dans l’existence, qu’on meurt à l’enfance pour entrer dans l’âge adulte, il faut aussi laisser mourir notre égo pour entrer dans l’âge d’or. 

C’est en ce sens qu’on peut dire que l’élixir de Châtaignier est une fleur de Renaissance. Un fleur de Connaissance aussi puisqu’elle va nous permettre d’accéder à une nouvelle dimension spirituelle axée sur la Foi et la Confiance retrouvées, cette Foi qui peut souvent déplacer des montagnes et qui faisait dire à Edward Bach que : « c’est à ce moment que l’appel à l’aide est entendu et que peuvent s’accomplir des miracles ». 

L’élixir de Châtaignier mène aussi à la Lumière : il permet à l’Homme perdu dans ses ténèbres intérieures de se diriger sur son nouveau chemin. Cette lumière va maintenant éclairer son existence nouvelle, mais elle lui révélera aussi certaines de ses fragilités ou difficultés comportementales, désormais mises en valeur. C’est ainsi que souvent il sera utile de compléter le traitement par d’autres élixirs tes que l’Etoile de Bethléem, pour les chagrins remontés à la surface, le Pin ou l’Hysope pour toutes les culpabilités ressenties au travers d’événements passés, le Plumbago aussi pour se reconnecter avec son intuition et sa certitude intérieure ou encore le Tremble pour exorciser les vieilles peurs restées désespérément anonymes ou pour les craintes révélées au cours de cette renaissance. Le Frêne et le Fuchsia seront utiles pour activer l’émergence des aspects enfouis de notre personnalité. Enfin je verrai bien l’épilobe en fin de traitement pour nous amener, après la période de dévastation intérieure, à nettoyer notre terrain et arriver à tourner la page pour aller de l’avant. 

Cette Lumière retrouvée c’est un peu les yeux retrouvés du nouvel homme : ils lui servent maintenant à distinguer quelque chose de sa toute neuve réalité, ils lui permettent de vivre cette merveilleuse expérience qui s’offre désormais à lui, ils le conduisent à un discernement dont il n’avait pas (ou plus) conscience. 

C’est cette même Lumière qui permet de vivre une sérénité intérieure, un peu comme le calme et la fraîcheur retrouvés après un orage : il est alors possible de se retourner sur soi et se sentir soulagé et heureux d’être passé par ces moments, aussi douloureux qu’ils aient pu être, conscient que toute expérience fait grandir et constitue une indispensable étape dans notre projet d’incarnation. 

Enfin le Châtaignier est une fleur initiatique : celle qui transforme les vieux démons de la peur et de l’obscurité en une douce lumière bienfaisante, qui m’assiste avec amour et respect quand, de chenille, je m’envole dans l’état papillon. Celle enfin qui permet à tout humain ayant connu cette grande souffrance d’avoir le désir et la compréhension nécessaires pour pouvoir, à son tour, aider ceux qui désespèrent… car « être bon c’est connaître la fragilité des choses et la souffrance et la solitude des humains ». (*) 

(*) citation inspirée par Iona Sarah Salomon dans « Allo la Vie » 

Jean-Michel Scherpereel