Les EPEP, remettant en cause le statut même de l'école, devraient être une nouvelle fois rejetés
http://www.lemonde.fr/mmpub/edt/doc/20080926/1099830_ppl_epep_version_24_sept-2.pdf


Rejetée en 2003 et 2004 par les associations de maires toutes tendances politiques confondues, rejetée de nouveau en 2007 par les maires et par le Conseil Supérieur de l'Education (41 voix contre, 1 pour), une nouvelle " proposition de loi relative à la création des établissements publics d'enseignement primaire ", EPEP, resurgit.
Xavier Darcos tente le passage en force en faisant présenter ce quatrième projet d'EPEP par 3 députés.
500 postes de directeurs d'EPEP ont été fléchés avant même la présentation de la loi…
Une fois de plus, le monde de l'Education, enseignants et associations de parents, ainsi que les maires, ont été écartés de la réflexion.

Dans le même temps où des mesures gouvernementales asphyxient l'école et où les communes croulent sous des charges nouvelles, cette proposition de loi présentée en janvier, a pour but de remettre la gestion des écoles aux communes et aux communautés de communes.

Aux maires d'assumer le mécontentement des familles.
- La dotation budgétaire est à charge des EPEP puisqu'ils prennent le régime des EPLE (établissements du secondaire). Ils sont constitués de 15 classes au moins sans limite supérieure ; le nombre de 40 classes avait été avancé dans les précédents projets. Le périmètre scolaire devient celui de l'EPEP. Il faut donc comprendre qu'il y aura globalisation des effectifs sur le territoire de l'EPEP.
Aux maires de répartir les x postes alloués à l'EPEP de 15, 25 ou 40 classes,
sur la base d'une moyenne de 27,6 élèves pour les classes primaires, 32 élèves pour les classes maternelles (exemple pris du seuil d'ouverture et de fermeture en Isère cette année, une situation qui ne devrait pas s'arranger étant donné le nombre de suppression de postes annoncés : 6000 pour le primaire en 2009). Exercice de répartition des élèves impossible quand les écoles sont distinctes, quand leur nombre de classes est différent. Fermetures de classes assurées. Objectif d'économie de postes réussi. Déplacements à charge des parents puisque le périmètre scolaire aura volé en éclats ou des communes, l'administration et le Conseil Général pouvant considérer qu'elles ont fait le choix de fermeture de telle classe ou de telle école.

Mais la structure des EPEP est différente de celle des EPLE.
Quand un collège jusqu'à 600 élèves comprend 3 élus (un conseiller général et deux maires) dans son conseil d'administration de 23 membres présidé par le chef d'établissement représentant de l'Etat, les EPEP ont 4 élus locaux dans un conseil de 12 membres (4 parents, 3 enseignants, 1 représentant du personnel) et est présidé par un maire.
(Le directeur peut être aussi président mais l'IA qui le désigne lui demandera très certainement de renoncer à cette charge sinon, au vu de l'article 8, il " rendrait compte de ses décisions à l'autorité académique et au maire ou au président " c'est-à-dire à lui-même.)
- Aux maires de recruter des emplois pour l'aide aux enfants handicapés.
- Aux directeurs des EPEP d'appeler pour un remplacement d'enseignant " l'Agence nationale de remplacement " annoncée pour janvier 2009, mais aux maires de pallier " l'absence imprévisible de son professeur et de l'impossibilité de le remplacer " (article 2) et ce à quoi les élus ont déjà été confrontés : " Il en est de même en cas de grève ": (article 2)
http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000019344416&dateTexte=.
- Aux maires de compenser les effectifs de la maternelle par des ATSEM plus nombreuses ; puis de remplacer les enseignants lorsque 3 députés décideront qu'il faut fermer les écoles maternelles :
http://www.rtl.fr/fiche/61355/julien-dazay-il-faut-fermer-les-ecoles-maternelles.html
- Aux maires de compenser l'absence des RASED puisque le ministère annonce que la veille éducative se généralise à la rentrée 2009.
- Aux maires de payer au moins un agent comptable pour leur EPEP (article 10).
- Aux maires de faire cohabiter écoles privées et écoles publiques dans le même conseil d'administration puisqu'il s'agit " d'établissement public " pour un " enseignement primaire ". Il n'est pas précisé " enseignement primaire public " ce qui autorise ou même oblige les maires à inclure les écoles privées.
http://www.education.gouv.fr/bo/2005/46/MENB0502677C.htm
- Aux maires de délibérer sur " le projet d'établissement " et " le rapport annuel sur le fonctionnement de l'établissement qui lui est présenté par le directeur et qui porte notamment sur les résultats des élèves. "
La mise en concurrence des enseignants et des écoles annoncée dans les projets ministériels faciliteront certainement les rapports humains…
- Pour moins de vie participative autour de l'école :" Le conseil d'administration se substitue aux conseils d'école " (article 6).
Pour 15 classes, les conseils d'école permettent la participation de 15 enseignants et de 15 parents ; l'EPEP de 15 classes ou plus la réduira à 4 parents et 3 enseignants. Selon le territoire, certaines écoles ou communes ne seront même pas représentées.
- Pour moins de cohérence
Les conseils de maîtres réunissent tous les maîtres d'une école pour travailler au plus près des besoins des élèves. " Le conseil pédagogique se substitue au conseil des maîtres " (article 9)
- Beaucoup de surprises pourraient nous être réservées si cette loi venait à passer car le projet annonce qu'un décret en Conseil d'Etat précisera " les règles d'organisation et de fonctionnement des établissements publics d'enseignement primaire " (article 15).
Et la liste n'est malheureusement pas close.

Vous objecterez que le projet ne rend obligatoire la constitution d'EPEP que pour les écoles de 15 classes pour la rentrée 2009 et que les maires ou les EPCI gardent le choix d'en constituer. Mais votre petite commune peut ainsi être absorbée par un EPCI…
Et lorsqu'un EPEP est formé, pas de possibilité de retour en arrière.
Par expérience, nous savons que le facultatif peut rapidement devenir obligatoire.

L'école primaire française est un modèle pour nombre de pays : une école maternelle gratuite et vivante (son seul problème restant ses effectifs…), des structures de proximité (déjà un peu trop entamée) de tailles différentes, source de richesses pédagogiques.
L'équilibre entre la présence de l'Etat et la présence des communes satisfait le monde de l'éducation et les élus.
L'école ne peut être à la merci d'une politique locale, ce serait un retour en arrière considérable.
Par deux fois un texte semblable a été refusé. Celui-ci, présenté en janvier à l'assemblée nationale, sera refusé à son tour.


Mireille Charpy pour E&T

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