DOPAGE
ET TOXICOMANIE
(Décembre 1998)
Docteur Jean-Daniel ESCANDE |
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INTRODUCTION:
L'homme
de tous temps a toujours consommé des produits.
Depuis
plusieurs siècles avant J C, ils étaient naturels, ils sont
maintenant de plus en plus synthétiques issus de la recherche médicale.
Il
y avait l'Opium, le Ginseng et le Chanvre en Asie, la feuille de Coca en
Amérique,
le
Khat, l'Iboga, le Cola, le Chanvre et le Café en Afrique.
Quant
à l'alcool dont on chante les bienfaits depuis l'antiquité,
il en reste quelques nostalgies dans le terme
«
le verre de l'amitié »
Même
les stéroïdes anabolisants étaient prescrits par la
médecine indienne 15 siècles avant JC pour lutter contre
l'impuissance et donner de la force,comme le faisaient d'ailleurs les gladiateurs
romains en mangeant des testicules de taureau !
Toutes
les molécules telles que la morphine,la codéine,la cocaïne,
l'éphédrine, l'héroïne et même l'E.P.O.
(1890) ont été découvertes au 19° siècle
Depuis
le début du 20° siècle on assiste à une prolifération
de nouveaux produits utilisés tels que les amphétamines et
les hormones : gonadotrope ,de croissance, la testostérone,et enfin
tous les autres médicaments détournés de leur usage
médical proprement dits.
Quelles
sont les questions qui se posent actuellement ?
Le
dopage est il une tricherie, quelle est l'éthique dont il est question
?
Le
sportif est il un toxicomane qui s'ignore ?
Quelles
influences les notions de performance et des pratiques de l'extrême
ont elles dans notre société et sur nos comportements ?
Pourquoi
l'Homme a-t-il tant besoin de se surpasser ?
Que
faire? Quelles solutions peut on imaginer ?
A)
Comment en est-on-arrivé là?
Un
petit retour dans l'Histoire s'impose:
Depuis
longtemps l'homme à trouvé un intérêt dans les
plantes pour augmenter ses performances, sa vigilance et diminuer la fatigue
et les douleurs ( P.LAURE)
En
Asie : l'opium existe au moins depuis 4000 ans avant JC.
En
Amérique, la Cocaïne existe dans les feuilles de Coca depuis
4500 ans avant JC.
La
Cocada ,c'est aussi la distance qu'on parcourt à la marche, après
avoir pris une dose normale de coca!
On
dit par exemple que tel lieu de chasse se trouve à 2 ou 3 Cocadas
(soit 7 à 9 km).
Le
Peyotl, la Mescaline, sont des plantes hallucinogènes utilisées
depuis longtemps par les Indiens
En
Afrique dés le VI° siècle c'est le Khat
,arbre de grande taille dont on mastique les feuilles qui fait disparaître
la sensation de fatigue, de faim et permet de rester éveillé.
Il
y a aussi l'Iboga, arbuste, qui stimule et augmente la résistance
au sommeil tout en donnant des forces pour la chasse ,les longues danses
rituelles et les périodes de veille nocturne
Autre
plante d'Afrique équatoriale, le Kola, qui renferme
entre autres de la Caféine. Ses effets sont ceux d'un stimulant
puissant qui donne un coup de fouet aux personnes fatiguées, aux
coureurs de brousse tout en calmant la faim.
Le
Chanvre
est connu depuis la plus haute antiquité. En Chine 2500 av JC on
l'utilise contre la faiblesse!
Dés
le V° siècle av JC selon Hérodote, il se répand
en Afrique du Nord, en Inde et en Asie. Cette plante donne une résine
qu'on utilise pour ses propriétés euphorisantes et stimulantes,
en particulier par les Arabes lors de leur invasion en Europe.
Trés tôt,
elle est connue pour fanatiser les guerriers qui étaient drogués
au haschisch, d'où le terme de «Haschaschin» ou Assassins.
Le
Café,
excitant et psychostimulant, (qui vient du qahwa, force en arabe) est exporté
en Europe au XVI° siècle mais c'est LOUIS XIV lui même
qui en fait la véritable promotion
L'Alcool
( de l'arabe « alkuhl » : essence ). Déjà chez
les Grecs, un prêtre se tenait à l'entrée des stades
et vérifiait que les athlètes n'avaient pas consommé
d'alcool avant les épreuves.
Quant
à nos fameux stéroïdes anabolisants dont
on nous rebat les oreilles, il faut savoir qu'au XV° siècle
av JC, en Inde, la médecine ayurvédique prescrit des extraits
de testicule pour lutter contre l'impuissance et donner de la force.
Plus
proche de nous, certains gladiateurs romains, pour augmenter leur puissance,
mangent des testicules de taureau!
Tout
s'accélère à la fin du XVIII° et début
du XIX° avec les progrès de la chimie qui obtient des extraits
pratiquement purs et des molécules synthétiques facilement
absorbables.
A
partir de l'opium ,en 1804, un chimiste français décrit
la Morphine, narcotique puissant, du nom de MORPHEE ,dieu
du sommeil chez les Grecs.
On
l'utilise pendant les guerres de 1870 pour apaiser les fatigues.
Dés
1877 on parle de Morphinomanie
En
1832
la Codéine est isolée tandis que la Cocaïnel'est
en 1859 et dés 1863 un chimiste corse du nom de Mariani crée
et commercialise un remontant à base de Coca : le vin Mariani, un
vin du midi additionné de feuilles de coca fraîches.
Son
sens de la publicité est tel qu'il arrivera à en faire boire
à tous les grands hommes : Verne, Rodin, Edison ,le pape Léon
XIII et comble de tout l'Académie de Médecine de Paris lui
reconnaît le titre de « vin des athlètes »!
En
1884 un Autrichien du nom de Sigmund Freud teste sur lui même la
Cocaïne et dira d'elle « qu'elle lui procure une soudaine euphorie
et une sensation de bien être »
En
1886
un Américain commercialise aux Etats - Unis une boisson qui s'appelle
déjà :le Coca-Cola dont la composition est faite de feuilles
de coca, d'extrait de noix de kola, d'eau, de sirop ,et d'un peu d'alcool.
Ce
n'est qu'en 1906 que la firme substitue à la cocaïne un autre
stimulant: la Caféine
En
1895
au Japon on synthétise l'Ephédrine qui permettra
de donner naissance en 1931 à la première amphétamine
prescrite dès le début comme produit de substitution à
la cocaïne !
En
1898
(il y a donc tout juste un siècle ) est isolée
l'Héroïne
proposée comme produit de substitution de la Morphine !
Dès
les JO de Berlin de 1936 on en trouve traces d'utilisations chez
les allemands puis qu'Hitler voulait montrer au reste du monde que ses
athlètes étaient les plus forts.
En
1935
un Allemand isole l'hormone sexuelle mâle :la
Testostérone.
Et
sa première utilisation comme Stéroïde Anabolisant à
été bien sûr le fait de l'armée allemande pendant
la Seconde Guerre Mondiale
Dès
1950
on voit s'accélérer la prise de produits dans tous les sports.
Par
exemple, en cyclisme ,le Tour de France 1955 est le théâtre
du premier grand malaise d'un coureur dopé : Malléjac. Pour
le N.Obs du 19 11 98, l'année charnière se situe en 1960
avec Anquetil et son Palfium qui affirme en plein juillet 1967 après
la mort de Tom Simpson : « oui je me suis dopé! ».
Depuis
1990, 2 coureurs sont morts avant 45 ans ;ils étaient 5 dans la
décennie 80 et 4 pendant les années 70....
On
ne fera pas ici le compte de tous les morts et les dopés de l'histoire
du sport.
En
1964 M.HERZOG met en place les contrôles de façon
légale, mais il faut la mort spectaculaire de Tom Simpson en 1967
pour que ces premiers contrôles aient lieu en 1968
En
1989 la chute du Mur de Berlin révélera au grand jour
les pratiques organisées et planifiées d'utilisation des
substances dopantes dans les anciens Pays de l'Est!
La
loi R.BAMBUCK se fondait surtout sur une logique « contrôles/sanctions
» mais a essayé de faire la part des choses en établissant
la justification thérapeutique tout en dépénalisant
l'usage mais pas le trafic.
1998
M.G.BUFFET prend encore le pari de l'abstinence totale dans la prohibition
sans prendre en compte d'autres éléments que cette fameuse
relation de cause à effet :« tu te dopes ,donc tu es un tricheur!
». Néanmoins cette loi introduit la notion de prévention
et d'éducation mais se place toujours dans une logique de «
contre » et non « d'avec ».
Comment
les mêmes produits, les mêmes molécules, ont pu induire
une image si différente de ces consommateurs pendant ce siècle
?
Reprenons
l'histoire lors de leur glorieuse découverte au XIX°
siècle (N OBS Nov 1997)
Toutes
ces drogues redécouvertes et améliorées par la chimie
font la fortune des laboratoires pharmaceutiques qui les traitent et représentent
un enjeu stratégique.
A
Londres les barmen mélangent déjà la cocaïne
et le whisky.
En
France,le vin Mariani additionné de feuilles de coca fraîche
est véritablement « sponsorisé » par Victor Hugo,
Jules Verne et, Emile Zola.
A
Berlin, Bismarck prend de la Morphine avant chacun de ses discours au Reichstag.
«
En Europe ,note un observateur,les hommes du monde,le soir ,se font une
petite seringue pour être frais et dispos en société
»
Tout
commence à se gâter lorsque l'Opium cesse d'être le
privilège des hommes du monde, alors que les historiens estiment
que l'opium a aidé le prolétariat britannique à supporter
les horreurs de l'industrialisation.
Pour
les patrons l'opium devient un obstacle à la productivité.
Aux
USA les femmes, interdites d'alcool, prennent l'habitude d'avaler des boulettes
d'opium et les hommes se plaignent de leur engourdissement frigide !
Mais
le souci de la santé publique n'est pas à l'origine de la
prohibition .Les Etats - Unis ont mis hors la loi, pour des raisons d'intolérance
raciale, les psychotropes utilisés en Asie, en Amérique latine
et en Afrique.
C'est
ainsi que le Cannabis était la drogue des Mexicains, la Cocaïne
le poison qui rendait les Noirs fous furieux et menaçait de faire
exploser les ghettos, tandis que l'opium était l'arme secrète
des Chinois
Bref
derrière chaque drogue ,il y avait un peuple qu'on craignait et
qu'on haïssait.
Les
autorités médicales et religieuses ont profité des
grandes peurs archaïques qui hantaient les Américains pour
faire triompher leur croisade puritaine et hygiéniste.
En
1911
à La Haye ,les Etats - Unis obtiennent la prohibition mondiale de
l'opium.
La
Cocaïne suivra en 1914 et le Cannabis en 1937.
Malgré
cela la Grande Bretagne préserve ses récoltes de Pavot en
Inde et la France tient à sa régie de l'opium en Indochine
jusqu'en 1946
Tout
change dans les années 1960 avec la marée de l'Héroïne,
suivie quinze ans plus tard par l'irruption du Crack. Dans les années
1960 1970 la drogue avec le May - Flower fait partie intégrante
du combat de la jeunesse contre la société de consommation.
Le produit est le symbole de la contestation.
C'était
la contre-culture des années beatnik. Nous verrons plus tard que
les valeurs de Peace and Love seront rapidement remplacées par d'autres
fondées sur l'efficacité et la valorisation sociale; l'usager
de substances psycho-actives se tournant ensuite vers la cocaïne et
les amphétamines telles que l'ecstasy.
Les
Etas Unis lancent alors une nouvelle guerre contre la drogue et obligent
l'Occident à les suivre. Mais la poudre continue de passer et la
France vote la loi du 31 décembre 1970 avec un pôle
répressif comme axe majeur puisqu'elle fait de l'usage des drogues
illicites un délit punissable d'un an de prison,.(Hommes et Libertés
Oct Nov 1996). D'ailleurs encore en 1997, le coût
budgétaire de la lutte contre les drogues est évalué
à 4 milliards pour la répression et 1 milliard pour le soin
( Le Monde du 09 03 1997).
En
1972
donc, le toxico est un mauvais malade et c'est le monde associatif qui
crée les 1° post-cures .A cette époque il n'y a qu'une
réponse possible :la prohibition qui empêcherait la consommation
assimilée à de l'abus, et l'abstinence.
C'est
la loi du tout répressif et du rien consommable
Encore
maintenant pour les drogues légales que sont le tabac, l'alcool
et les médicaments, on met tout autant en exergue la seule relation
de cause à effet du genre : « tu es cancéreux car tu
fumes, tu es alcoolique car tu bois » sans que rien d'autre dans
la globalité de la personne dépendante ne soit pris en compte.
En
1980
c'est l'onde de choc avec l'arrivée du SIDA et la médicalisation
devient alors nécessaire.
Il
faut attendre 1987 pour que les politiques admettent l'échec
de la prohibition pure et dure. La vente des seringues devient alors autorisée
dans le cadre d'une politique de réduction des risques alors que
la loi interdit l'usage des stupéfiants !
Les
comportements de dépendance qui font appellent au plaisir sont maintenant
réglés par la substitution mais les usages nocifs ne sont
pas pris en compte.
Nous
en sommes maintenant à réfléchir non pas à
la dépénalisation mais à une légalisation partielle
des drogues.
B) Quelle est
la problématique?
1)
Le dopage est il une tricherie: de quelle éthique est il question
?
Dans
le domaine de l'éthique, la société civile et le monde
sportif concourent à la même aspiration : l'épanouissement
de l'individu.
Tout
le monde serait théoriquement d'accord pour dire que le dopage est
une atteinte à la liberté individuelle et à la dignité
humaine. La pratique du sport ayant toujours été basée
sur des principes fondamentaux comme le développement physique et
moral de l'homme ,la compétition loyale et équitable.
Faire
croire que le sport est un îlot de pureté dans une société
où il ne se passe pas un jour sans qu'on découvre des scandales
est une douce illusion .
Au
contraire, admettre que le sport, et encore plus le sport-spectacle fait
partie intégrante de la société de consommation permet
de ne plus être dans le déni et de pouvoir organiser véritablement
les choses .
Quel
est le plus important pour le spectateur ?
Le
spectacle, ou ce qui concourt à la production de ce spectacle ?
(VARGAS)
le
sport fait partie de la culture populaire, celle qui soude les hommes.
On
dit même qu'il fait partie intégrante du lien social comme
le vin et le tabac consommés au prétexte de la convivialité
.
C'est
aussi un élément clé de la démocratie et du
progrès dans le sens qu'il y toujours un record à battre.
Il épouse tous les drames symboliques de cette démocratie
et fait donc partie intégrante de cette société .(VARGAS)
Que
je sache : l'argent, la violence, l'exclusion, le dopage licite, le souci
de performances, la concurrence sont toutes des notions complètement
intégrées au monde occidental.
Ce
sont bien les lois du marché qui s'appliquent au sport pro. Les
clubs sont côtés en bourse, il y a un « marché
» des transferts, qui s'apparentent d'ailleurs toutes proportions
gardées, aux marchands d'esclaves des siècles précédents.
Il n'y aurait donc que le sportif qui devrait s'appliquer à lui
même des règles de pureté, alors que son environnement
le plus proche jusqu'à son propre contrat lui signifie que les règles
sont celles du Commerce ?
Il
ne peut y avoir deux hommes : un qui se vend aux sponsors pour se donner
en spectacle et un autre sportif pur et sans tache !
Les
stratégies de réussite sont les mêmes. On est en plein
dans le sport marchand.
Or
il n'y a pas d'éthique capitaliste ni par exemple d'éthique
politique ?
Il
y a une éthique tout court. Pourquoi y aurait il une éthique
sportive ?
Les
soi disantes vertus du sport sont toutes aussi bien transmises à
l'école où dans d'autres lieux de la vie citoyenne Et pourtant
l'école peut être tout à la fois un facteur d'intégration
mais aussi un facteur d'exclusion comme le sport.
Le
toxico ne produit rien, il est vu comme un rebut (de moins en moins certes)
de la société et reste une charge sociale. Par contre, plus
le sportif se dope, et plus il est rentable en terme de gratification pour
le pays, le ministre, le dirigeant ou le sponsor. C'est donc un produit
extrêmement commercial et il n'y a aucune raison que la société
marchande délaisse ce secteur d'activité.
Secteur
de concentration de richesses considérables où les marchands
du temple prospèrent le mieux .
Quand
on parle dopage on parle du sens du sport.
Mais
le sportif n'est-il pas intrinsèquement celui qui doit transgresser
certaines valeurs morales ou humanistes telles l'amitié, l'effacement,
le retrait de soi, et l'oubli de soi même puisqu'il combat l'autre
et même parfois ses propres co-équipiers.
Il
doit être un « tueur » et faire « exploser »son
adversaire pour être le meilleur.
Pour
gagner il faut pouvoir lever des interdits et les transgresser, ne pas
respecter la hiérarchie des autres sportifs qui sont aussi des hommes
et remettre toujours en question l'autre contre lequel on lutte .
Alors
quel est le rapport entre la morale et l'intégrité physique
de l'individu sportif ?
Où
commence le dopage et où finit la prise en charge médicale
quand on réhydrate un tennisman par perfusion intra-veineuse lors
d'un tournoi, disputé dans une chaleur torride ?
Qu'en
est-il de l'électro - stimulation au regard de la définition
du dopage ?
Dans
ce cas et dans celui où on utilise des vitamines autorisées
peut-on parler de dopage licite ? En quoi l'éthique soi disant sportive
est elle mise en cause ?
Est
ce simplement au regard d'une liste qui organise l'inégalité
entre les sports, les compétitions et les pays et qui change à
tout bout de champ ?
Le
médecin doit il alors rester dans le secret de la relation individuelle
médecin - patient et adapter les doses pour limiter la casse au
risque d'être complice d'un comportement délictueux au regard
de la loi sportive, ou doit il refuser de suivre l'athlète au risque
de le livrer au monde du trafic et des charlatans ?
Et
qui plus est, avec une grande inégalité face au pourvoyeurs
de produits, en fonction de la richesse personnelle du sportif, ce qui
réalise de fait la production d'un sport à plusieurs vitesses
dans l'obscurantisme le plus total !
C'est
bien ce tiraillement entre l'éthique et les enjeux économiques
qui induisent un dysfonctionnement dans la lutte contre le dopage. (LOUVEAU
p91).
On
peut se demander si la prohibition et le déni ne soignent pas seulement
finalement que la bonne conscience des non consommateurs ?
C'est
le même débat que nous avons eu en toxicomanie concernant
la substitution.
Le
discours de la morale n'a servi pendant longtemps qu'à rejeter le
toxicomane dans le monde des dealers et du risque .Il aura fallu la vague
du Sida, de l'Hépatite C et des morts par overdoses pour que le
pragmatisme fasse force de loi et que l'on admette d'accompagner le toxicomane
comme un patient ordinaire, et non plus lui imposer notre propre morale.
Où
est la cohérence du sport qui veut passer par l'être humain
permettant le plaisir, l'épanouissement, la convivialité
et le refus du droit de s'assumer comme adulte sportif avec des conduites
de dépendance ?
2)
Le
sportif est il un toxicomane qui s'ignore?
Définition
de la Toxicomanie :
La
loi française considère comme toxicomane « toute
personne usant de produits illicites, de substances ou de plantes classées
comme stupéfiants ».
La
toxicomanie se caractérise par la dépendance et l'accoutumance.
Selon
l'OMS, la dépendance se définit comme un état
résultant de l'absorption périodique ou continuelle de certaines
substances chimiques et dans lequel le sujet a besoin de continuer son
intoxication. Elle peut être psychique ou physique .
Quant
à l'accoutumance, il s'agit d'un processus par lequel l'organisme
devient insensible aux effets d'une substance chimique ,et qui oblige le
sujet à augmenter progressivement les doses de celle-ci pour retrouver
les mêmes sensations.
On
parle maintenant de conduites addictives et de consommateurs de substances
psycho - actives quand il s'agit de conduites compulsives. Vivre sans dépendances
est un leurre total. En effet : il est impossible de ne pas être
dépendant de l'eau, de la nourriture, du sommeil, etc...
Définition
du Dopage:
Elle
est pratiquement impossible, à tel point que le CIO n'a jamais donné
de définition officielle et se borne à publier une liste
réactualisée sans cesse des produits ou des pratiques interdites.
D'après
le magazine de l'équipe de France olympique, on lit que «
la
dope est un terme issu du dialecte cafre bantou. Cette ethnie sud - africaine
du Cap - oriental, nommait ainsi dés le XVII° siècle
une boisson consommée lors de cérémonies d'initiation,
et contenant des extraits de noix de cola, de l'alcool et de la xanthine.
En
1889, le terme doping figure dans un dictionnaire publié dans le
Royaume-Uni et le désigne comme un mélange d'opiacés
et d'analgésiques destiné aux chevaux de course ».
Ce
n'est que depuis 1985 que le Robert définit le dopage «
comme
une action de doper ou de se doper dans l'intention d'un effort à
fournir, physique ou intellectuel ».
D'après
la loi c'est « l'utilisation de substances et de tous moyens destinés
à augmenter artificiellement le rendement en vue ou à l'occasion
de la compétition ».
On
parle même de « ce qui peut porter préjudice à
l'éthique sportive
(
sic !) et à l'intégrité physique et psychique de
l'athlète ».
Il
s'agit donc en grande partie des mêmes Produits :
les
stimulants : les amphétamines, la caféine, la cocaïne,
la nicotine,
les
stupéfiants : la codéine, l'héroïne, la morphine,
l'opium, le palfium,
les
dépresseurs : l'alcool, le cannabis, les tranquillisants,
les
médicaments ; les benzodiazepines ...
Souvenez
-vous de Maradona et sa cocaïne, de Touré et de son héroïne
et de Loko et son extasy.
D'ailleurs
ce qui vient d'être mis à jour en Touraine vient conforter
mon propos :
Je
cite la dépêche AFP du 17 novembre 1998
«
il s'agit d'une affaire de dopage dite du « pot belge » qui
contenait notamment des antalgiques, des amphétamines, de la cocaïne
et des morphiniques dont de l'héroïne. Non commercialisé,le
produit s'injectait par voie intraveineuse ! »
La
dope, la souffrance, la douleur avant le plaisir. La dépendance
(au plaisir du sport ou de la came), d'où la nécessité
de produits ou de doses encore plus efficaces pour se procurer le même
plaisir.
L'argent,
le manque, la défonce.
Un
rapport au corps dans l'extrême (l'un est dans le déni de
ce corps, l'autre l'hypertrophie).
Le
tout, tout de suite, les produits, l'anesthésie, la violence, la
solitude, l'angoisse, la piqûre, le rituel, le doute, l'efficacité
(la performance dans la recherche du produit).
La
frustration et les contraintes de la vie quotidienne non gérées
et non intégrées qui induisent la nécessité
absolue de prendre des produits.
La
rupture avec la société, favorisée par l'ingestion
de produits qui conduiraient vers des paradis artificiels pour se rapprocher
des dieux, ou devenir dieux du stade par la prise de produits pour se rapprocher
des puissances célestes comme les chamans.
C'est
donc l'irruption dans un autre monde par le flash et le plaisir immédiat.
Enfin
il y a les dealers (qui peuvent être aussi les soigneurs), le shoot
, l'overdose , le surentraînement, le dépassement des limites
et la mort.
Quels
rapports entre le sportif et le toxicomane ?
La
finalité est celle de s'échapper du quotidien mais le toxico
va vers un bien-être artificiel tandis que le sportif veut s'intégrer
au réel du pouvoir et de l'argent
La
relation à l'autre et à soi même est la même
car elle s'inscrit dans le narcissisme total :il n'y a que MOI qui
compte
Les
deux transgressent la loi, mais l'interdit pour le sportif change sans
cesse en fonction des sports, des lieux et des moments où se passe
l'action.
De
même où se situe l'interdit pour un toxicomane dans une société
qui ne sait plus, ou de façon confuse, où sont ses repères
?
La
drogue et le sport ça détruit, pourtant le toxico et le sportif
ne pensent qu'à çà !
On
peut dire que les deux compensent un manque dans le tout ,tout de suite
et que la jouissance et le plaisir leur sert aussi d'objectifs.
Dans
les deux cas, c'est le couple infernal : Plaisir / Souffrance qui prédomine.
Il
faut se préparer à une Performance le jour J comme une
sorte de flash.
(P.
Yonnett, Système des sports; p185)
Le
sportif de haut niveau finit par être en marginalité comme
le toxico, mais l'un va vers une gloire éphémère dans
la lumière tandis que l'autre va directement dans l'obscurité
d'une cellule de prison.
Tous
les deux connaissent finalement l'exclusion de leur milieu!
3)La
performance dans notre société
Tout
le discours politique et économique tourne autour de la nécessité
de consommer et du besoin de performance.
Le
discours social nous assomme de slogans du genre « vous êtes
en carence de... en manque de...»
J'en
veux pour preuve l'existence d'une longue liste de gélules
de la performance (P.LAURE).
Les
pilules anti stress (les tranquillisants, les bêta bloquants)
les
pilules antifatigue (les
amphétamines, le ginseng, la coca, les anti asthéniques)
la
pilule de l'obéissance (la
ritaline)
la
pilule du bonheur (le
prozac),
les
pilules à sculpter le corps
(les stéroïdes anabolisants, l'hormone de croissance, les œstrogènes)
les
pilules amaigrissantes (les
amphétamines et dérivés)
les
pilules du plaisir (le
viagra, l'ecstasy un temps désigné la pilule de l'amour,
les endorphines )
les
aliments de la performance (les
boissons toniques, les alicaments)
la
pilule anti sommeil (le
modafinil)
la
pilule anti décalage horaire
( la mélatonine)
les
pilules de la créativité (le
LSD, les amphétamines, l'alcool, l'absinthe)
les
pilules de la mémoire (
l'Activator, le Mégamind)
Est
ce un hasard si le VIAGRA arrive maintenant? Performance d'une belle œuvre
d'amour? Déjà 69 morts dans le monde en 6 mois de prescription.
C'est
le même mécanisme qui est en jeu quand on interroge les athlètes
américains qui, s'ils étaient assurés de gagner toutes
les courses dans les 5 ans qui viennent sont prés à se doper
même si la mort leur est automatiquement promise.
Qu'importe
le prix payé, pourvu qu'on ait l'ivresse !
La
Performance dans notre société est sans cesse érigée
en valeur universelle et on voudrait diaboliser les drogues et le sportif
de haut niveau dopé tout en en magnifiant les plaisirs et les performances
?
Un
exemple , trouvé dans le journal Le Monde du 27 10 98 :
on
voit une pub pour une imprimante HEWLETT PACKARD qui représente
un pied d'athlète (? !) en train de courir, avec comme commentaire
: « Améliorer votre performance avec la nouvelle gamme
d'imprimante » et à côté
: « gagner
en affaire, c'est comme gagner une course : il est plus facile de rester
en tête quand on part avec une longueur d'avance....!»
Tel que !
Or
le dopage n'est illégal que dans le sport et non dans le monde du
travail, des études, de l'art, de la musique, ou de l'entreprise.
Ce
que l'on oublie, c'est que le sport pro fait complètement partie
du monde du travail avec les mêmes exigences de réussite que
le monde de l'entreprise.
Le
sport n'est plus ludique, il est professionnel.
C'est
ainsi que de joueurs on est passé à des sportifs de haut
niveau, sportifs professionnels où les notions de jeux sont rares.
Quelle
différence avec un peintre ou un PDG ?
Et
que dire du musicien ou du comédien qui vont produire un spectacle
sous bêta bloquant ?
Le
Quotidien
du médecin du 09 - 12 - 98 rapporte qu'une étude épidémiologique
réalisée auprès de 270 élèves musiciens
âgés en moyenne de 19 ans des conservatoires de la région
Provence Alpes Côte d'Azur à révélée
que « le trac touche 13% des participants à l'enquête
dont 32% ont déjà pris un médicament contre le trac,
avec une efficacité maximale pour les bêta bloquants ! »
La
pratique du spectacle serait donc la notion différentielle qui permet
tous les abus avec l'argent, la médiatisation, les records, l'exception
érigée en valeurs.
Concernant
la libre circulation des personnes à travers l'Europe et de la fiscalité
dans le sport, on défend même la notion
«
d'exception sportive ».
Le
sport a une juridiction d'exception et une criminalité propre.
C'est
le stade seul qui criminalise les produits puisqu'un concurrent sous amphétamines
dans un concours prenant la place d'un autre n'est pas criminalisé
ni disqualifié! (VARGAS)
Est-ce
la sportivisation des métiers qui induit la seule façon de
s'en sortir en passant au delà de la ligne jaune?
Reprenons
la même pub dans le journal Le Monde un mois plus tard le
19
- 11 - 98 sur la même page que le compte rendu du vote à
l'Assemblée Nationale de la loi sur le dopage!.De quoi s'agit-il?
Eh
bien toujours pour la même imprimante des slogans suivants :
«
ne perdez plus votre temps, pour vos documents urgents à sortir,
pourquoi ne pas éviter la queue!». L'image qui l'accompagne
représente une double file de voitures qui sont à
la queue leu leu sur un périphérique en attente bien sagement,
une ligne jaune et de l'autre côté une voiture de compétition
qui, ayant franchie cette ligne arbore sur ses plaques d'immatriculation
le nom de cette fameuse imprimante... !
C'est
bien un message, non dit verbalement, qui permet au compétiteur
de transgresser la loi !
Cette
image est même un peu poignante parce qu'elle met en scène
la mort avec ces voitures qui suivraient un corbillard tout doucement,
et le compétiteur qui se jetterait vers le précipice !
Que
dire des dosages urinaires dans les entreprises qui réclament de
la performance?
Par
exemple, la bourse de New York qui organise des tests de dépistage
à la cocaïne et au cannabis sur les agents de change quand
ils sont soupçonnés d'en faire l'usage.
Et
particulièrement chez ceux que l'on veut exclure !
De
même l'alcool, synonyme de convivialité qu'il est parfois
malvenu de refuser peut être aussi synonyme de déchéance
quand il n'est pas consommé avec modération !
L'usage
des produits ne devient alors gênant que lorsqu'il met en péril
l'entreprise.
Exemple
flagrant : FESTINA, qui exclut ses coureurs et se refait une virginité
en payant le prix fort dans l'organisation de la lutte anti-dopage du Tour
de France 1999!
Bref
on crée le besoin de l'efficacité, de la productivité
et du résultat à tout prix pour le juger ensuite en fonction
de critères absolument aléatoires.
L'important
n'est donc pas le produit pris (que se soit en sport ou en toxicomanie)
mais bien pourquoi on le prend ?
Le
toxicomane est souvent considéré comme le symptôme
de dysfonctionnement d'une famille.
De
même comme le dit JC Killy: tout le monde sait et personne n'en
parle! en visant les cyclistes du Tour de France. Le sportif dopé
peut représenter là aussi le bouc émissaire dont on
va parler, pendant que le reste de la société continue à
magnifier les valeurs de performances.
C'est
le classique processus victimaire de l'innocent sacrifié dont la
formule « à l'insu de mon plein gré »
qui a fait rire tout le monde, en est l'illustration.
Au
delà de cette phrase prononcée sans réfléchir
on voit bien que l'inconscient du sportif a « parlé »
pour signifier qu'il est pris dans un système qu'il ne maîtrise
pas du tout.
En
parlant d'Œdipe dans Le Bouc émissaire, R. GIRARD p 40 nous
dit :
Plus
un individu possède de signes victimaires, plus il a de chances
d'attirer la foudre sur sa tête. L'infirmité d'Œdipe (traduisez
l'anormalité du corps du sportif ) son passé d'enfant
exposé (enfant sportif doué ou enfance délaissée
du futur toxico), sa situation d'étranger, de parvenu, de roi
(la vedette ou le caïd) font de lui un véritable conglomérat
de signes victimaires.
4)Pratiques
extrêmes et société contemporaine
(Le
Monde du 25 - 10 - 1998 p8)
Quelles
sont ces pratiques de modification corporelle qui commencent à voir
le jour ?
Tels
ces véritables marqueurs identitaires pour les jeunes que sont le
tatouage, le piercing, le stretching (élargissement des trous de
piercing) et les scarifications.
Comme
par hasard,des « performances » sont organisées,
soirées au cours desquelles
un
futur «
initié » accepte de subir ces mutilations
en public.
Actuellement
plus je suis dans l'action et plus j'existe.
En
effet à la formule « je pense donc je suis »
a succédée celle-ci:
«
j'agis donc je suis » (ERHENBERG :culte de la performance)
La
pub Givenchy dernièrement sur nos écrans qui met en scène
un astronaute prenant le départ vers le cosmos nous dit :
«
allez un peu plus loin que l'infini, là où d'autres se seraient
arrêtés, percez les mystères des sens, repoussez les
frontières encore et encore, au delà des limites du connu
!»
Il
s'agit bien d'un parfum dont on peut s'enivrer pour partir vers un paradis
inaccessible représenté par le cosmos ! En deçà
de cet infini la vie ne vaut pas la peine d'être vécue. En
d'autres termes vivez dans l'extrême !
Quand
ce n'est pas carrément de la pub pour des vitamines faite par un
sportif de haut niveau ! Ce n'est pas sans nous rappeler Popeye et ses
épinards, Astérix et Obélix et leur fameuse potion
magique.
Le
sportif dans une société sans limites devient lui même
un objet d'expérimentation, avec son florilège de questionnements
:
«
Jusqu'où la machine peut elle tenir? Quelle est la résistance
de ses matériaux? Comment l'améliorer? Tout ceci concerne
une société en marche où l'Hommemachine dépasserait
l'homme ». (BAUDRY : Le corps extrême).
A
champions surnaturels on propose alors entraînements et compétitions
surnaturels
Le
risque étant de voir des monstres nouveaux que l'on fabrique,
des humanoïdes sans sexe auxquels on ne se reconnaît plus sans
cordon ombilical entre le public et le corps de l'athlète.
Corps
sans sexe d'un homme sportif musclé et d'une femme sportive musclée
dont on ne reconnaît plus les différences.
C'est
la société du corps uniforme comme on assiste à l'uniformisation
des modes culturels.
L'extrême
c'est aussi cette société où tout le monde peut y
aller de son exploit, où l'aventure nous est proposée à
chaque coin de rue dans toutes les agences de voyage:safari en pleine
brousse avec un guide seul et une tente, pimenté d'un saut à
l'élastique dans une vallée complètement isolée
etc...
Où
sont passés les années soixante avec un héros hors
du commun ?
Enfin
« Etre soi c'est se dépasser. Etre en vie, prouver son
existence suppose une expression du corps. Au nom de quoi faudrait il l'interdire?
»
On
risque la mort pour ne pas mourir «c'est moins la mort qui advient
comme une limite qu'une exaltation extrême de la vie qu'on promotionne...»
C'est
bien ce que nous dit le toxicomane qui crie son envie de vivre quand il
fait une overdose. C'est en testant les limites de la mort qu'il expérimente
sa capacité à la vie.
La
société des années 70/80 consommait des psychotropes
pour assumer la réalité.
La
société des années 2000 se dope pour augmenter son
potentiel.
C'est
le fantasme de la toute puissance .C'est bien dans les laboratoires de
l'armée française à Grenoble que l'on expérimente
sur des souris les effets des produits dopants !
6)Pourquoi
l'Homme a-t-il tant besoin de se surpasser et de se sublimer?
La
sécurisation à outrance de notre société nous
pousse-t-elle à transgresser l'interdit ultime par défi et
par sportif interposé?
Le
rite fait partie de notre vie quotidienne. Sa fonction est de nous assurer
contre l'imprévu et l'impondérable.
Les
réunions sportives seraient elles alors une invention inconsciente
du monde moderne d'une nouvelle ritualité collective à l'instar
de ce qu'étaient les fêtes et sacrifices des populations primitives
?
C'est
bien la mise à mort d'une équipe à laquelle on assiste,
quand un but est marqué, qui nous soulève d'enthousiasme
en nous libérant d'une tension intérieure.
Pour
les foules c'est bien l'angoisse existentielle qui nécessite des
exploits et qui peut aller jusqu'au sacrifice.
Or,
nous l'avons vu plus haut, c'est le défi à la mort qui nous
permet de vivre.
Ces
rassemblements publics des temps anciens se déroulaient toujours
dans la transe et la consommation de produits.
On
se shoote bien à l'émotion jusqu'à l'overdose par
crise cardiaque.
De
même la ritualité de la préparation athlétique
ou d'un match où tout est super planifié, et le rituel mis
pour préparer un shoot en vue de consommer une drogue n'est elle
pas une façon de se protéger de l'inconnu ?
Dans
la fonction religieuse, l'ingestion de drogues permet de communiquer avec
d'autres dimensions (les dieux et les morts) (ROSENZWEIG).
Le
produit sacralisé est alors ingéré et incorporé,
car il représente dieu sur terre, et, en le mangeant on acquiert
ses pouvoirs et ses connaissances. Bref on devient Dieu !
Devenir
Dieu en se créant plusieurs personnalités, comme le dit
Baudelaire, par l'adjonction de drogues.
Les
grandes messes hebdomadaires que sont les matches mettent bien en scène
les rituels religieux et guerriers. On parle du
«
Druide »( Daniel Leclercq ) et du « Chaudron Lensois ».
On évoque le public aux visages peinturlurés de façon
guerrière, en « communion » avec l'équipe ».
C'est
bien l'apôtre Paul qui est l'auteur de la célèbre phrase
« un esprit saint dans un corps sain ». Et ce n'est pas un
hasard si on parle du « temple du football », ou de «
la Mecque du golf !», où l'on voit des « miracles »
Enfin
l'ecstasy consommée en groupe et dans des « rave parties »
n'est elle pas la drogue qui permet dans l'extase et la transe de se rapprocher
de dieu?
C'est
pour cela que l'anthropologie identifie le sport, véritable religion
profane, aux émotions du sacré, aux sacrifices collectifs,
et aux célébrations du Totem des populations primitives (
Y.VARGAS ).
Mais
quel avenir pour l'homme ?
Quel
est le sens du surpassement de soi pour vivre dans le cosmos?
Le
sportif est il l'homme du progrès qui préfigure ce que devra
être celui du XXV° siècle?
7)Que
faire? Quelles solutions imaginer pour les jeunes et les sportifs de haut
niveau?
Donner
du rêve ,c'est procurer du plaisir .J'en veux pour preuve l'optimisme
des Français 3 à 4 mois après la Coupe du Monde pour
se rendre compte que la France avait été « dopée
» par cette compétition.
On
en a même prolongé les plaisirs pendant plusieurs semaines
à travers toutes les manifestations qui ont suivies.
Pourquoi
l'amateur s'arrêterait-t-il puisque la société par
média interposé magnifie sans cesse les résultats
sportifs, les exploits, les records à battre et la notoriété
?
Par
des messages simplistes on voudrait faire croire aux jeunes que le dopage
ou la drogue c'est de la « merde » alors que ça marche
très bien en terme de plaisir immédiat!
Qu'est
ce que la société propose à tous ces jeunes qui veulent
vivre des émotions?
Quelle
substitution de ce plaisir immédiat ?
La
prévention ne passe pas par l'infantilisation des messages, mais
bien par la vérité du langage adopté :
-
oui ,le dopage peut faire gagner,
-
oui la victoire et le surpassement de soi procure du plaisir avant tout,
-
oui l'exploit vécu par procuration en s'identifiant à son
héros procure le même flash de plaisir au spectateur comme
à l'acteur qui saute de joie ,et embrasse ses voisins ou ses co-équipiers.
Le
héros est d'autant plus proche qu'il vient de ma rue ,de mon quartier
ou de ma ville et que seul son travail et son talent l'ont mené
là où il est (VARGAS)
Peu
importe alors la façon d'y arriver.
Quand
on gagne ou quand on perd, les émotions sont toujours aussi fortes
que le sportif auquel on s'identifie .
De
façon narcissique j'admire ce champion qui me ressemble donc je
suis prêt à tout lui pardonner même ses manquements
aux règles. Son exclusion, une fois pris positif, je la ressens
aussi: elle est toujours injuste.
La
pédagogie recourant à la peur du tout répressif
et du rien consommable a montrée ses limites et son inefficacité
lors des campagnes de santé publique contre l'alcool et le tabac,
à l'inverse des campagnes sur le Sida où on prend en compte
les pratiques de chacun en disant : protégez-vous.(Louveau &
coll ).
Dans
le monde sportif,on en était il y a encore peu de temps au déni
de la réalité des pratiques de consommation de différentes
substances.
Il
est donc fondamental de faire prendre conscience aux éducateurs
et aux sportifs de ces phénomènes.
Cette
prise en charge facilitera l'intégration du sport dans un projet
de vie beaucoup plus large que la seule recherche de la performance (SWAPS)
Il
y a un véritable travail politique et éducationnel afin de
proposer autre chose.
Les
sports de glisse ,de fun,où l'on refuse les médailles peuvent
être un des exemples à communiquer pour retrouver le plaisir
du mouvement.
Il
faut proposer des activités ludiques véritables et non pas
le stakhanovisme du travail sportif, en insérant le sport dans d'autres
activités et en privilégiant tout un ensemble de valeurs
que le sport de haut niveau ne peut plus défendre.
Il
s'agit non pas d'adapter l'enfant sportif à une pratique imposée,
mais au contraire d'élaborer une pratique sportive en fonction de
ses désirs et de ses capacités.
Quelle
prévention pour le sportif de haut niveau ?
En
sport on recherche sans cesse de nouveaux procédés pour traquer
les produits et en toxicomanie on recherche toujours le meilleur produit
de substitution pour contrer les nouvelles molécules.
C'est
un combat perdu d'avance ,une logique de guerre sans fin.
La
lutte contre le dopage et tout son discours n'est organisé en fait
que pour le sportif amateur. Personne n'écoute vraiment le sportif
professionnel.
Dans
toutes les conférences ou les débats traitant de ce sujet
,il y a toujours une certaine pudeur à inviter un sportif en activité.
Ils n'osent venir que lorsqu'ils sont passés de l'autre coté
de la barrière.
De
même pour la dernière enquête effectuée par le
Dr Loweinstein qui n'a obtenu de réponses à la question suivante
« avez vous été un sportif qui s'entraînait plus
de 3 heures par jour ? » que parce qu'il s'agissait de toxicomanes
et non de sportifs.
J'imagine
mal le même questionnaire chez des sportifs en activité à
qui l'on demanderait « consommez vous des produits ?! »
Le
sport de haut niveau détruit et la seule prévention vraiment
pertinente pour le bien d'un athlète serait qu'il arrête entièrement
sa pratique intensive !
Faisons
donc en sorte déjà de ne plus être dans le déni
(réaction de défense bien connue en psychanalyse) et proposons
des espaces de paroles au lieu de l'enfermer dans l'exclusion sans avoir
la possibilité « d'en parler ».
Ce
ne doit plus être un secret de famille que tout le monde connaît
mais que personne ne veut avouer.
Enfin
le travail en réseau permettant de casser l'isolement du sportif
et du médecin nous sortira de cette logique du « tous dopé
,donc tous pourris ».
Cet
Apartheid moral dans lequel se trouve placé le dopé, élève
autour de lui une palissade d'exclusion.(Louveau & Coll.).
Le
sportif dopé et exclu des années 90 ne doit pas être
le toxicomane pestiféré des années 70.
CONCLUSIONS
L'homme
à toujours consommé. Que voulons nous ?
Faut-il
une libéralisation de toutes les drogues alors que la dépénalisation
existe en sport depuis 1989 et non en toxicomanie. Celle-ci étant
régie par la loi tant décriée et plus appliquée
de 1970. Quels choix faisons nous ?
N'est
ce pas possible de fixer des règles claires dans un cadre rempli
d'un espace de parole et de soin ?
Le
sport doit il être le réparateur de tous les maux de notre
société comme on a voulu le faire croire pour l'école
?
La
vie n'est pas toujours supportable mais la réponse par le produit
ou par des comportements addictifs ne pourra jamais combler ce manque,
synonyme de mouvement et de vie.
L'addictif
est il celui qui reflète le mieux le questionnement de l'Humanité?
L'addiction
est elle le miroir des questionnements inconscients de l'homme?
Et
pour autant l'addiction aux jeux, au travail, au sport, au sexe, au produit,
à l'argent...n'est elle pas sous tendue par une angoisse originelle
du vide ?.
On
voit bien là que le drogué et le dopé sont très
proches.
Mêmes
produits, même mots, souvent mêmes comportements. Ce sont les
mêmes questions, les mêmes débats.
Ce
sont donc sûrement en grande partie les mêmes réponses.
L'histoire
de la toxicomanie doit nous servir pour le dopage.
Il
faut alors proposer la création d'un Observatoire Nationnal sur
le Dopage de façon à organiser le lien en transversalité
de tous les acteurs qu'ils soient,sportifs,
médecins,dirigeants
,policiers ,douaniers ,et autres intervenants
Ceci
pour qu'une véritable politique de prévention et de prise
en charge soit mise en place.
POUR
QUE LE DOPAGE RESTE UN PLAISIR !
cf
CANAL + en parlant de Richard Virenque
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Distique Cololection les empêcheurs de penser en rond Paris 1991
Toure
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