bulletin des Amis du Père Guézou

vous avez sur cette page le bulletin daté 1998/1999 et celui daté 1999/2000, et le texte en anglais de la lettre de Léo pour Noël

1998/1999

Alors que se profile le prochain millénaire, l'Inde demeure toujours aussi énigmatique et contrastée :le fort développement des secteurs de pointe rend plus criantes les inégalités; la dégradation des institutions politiques facilite la corruption et l'exploitation des plus faibles; les divisions entre castes et les rivalités entre religions font quotidiennement des morts.

Dans ces conditions instables qui voient émerger de nouveaux problèmes, l'action du Père Guézou et de ses confrères salésiens se doit de rester toujours inventive et dynamique.

Avec LEO, CHRISTURAJ et DAYALAN, le Père Guézou poursuit son oeuvre sur la colline du Yelagiri, en portant une attention particulière à l'intégration des enfants de lépreux dans une scolarité normale et en développant des formations professionnelles en phase avec l'Inde moderne; mais la première priorité reste toujours l'AMOUR dont chaque être a un besoin si vital. En voyant tous ces jeunes écoliers joyeux et fiers, un observateur extérieur aurait du mal à imaginer la précarité de leur existence et la somme d'énergie et de courage nécessaire au maintien d'équilibres fragiles.

Durant l'été, la mousson a donné de BONNES PLUIES, qui apportent la vie, l'espoir et le courage.

Au Centre Don Bosco du Yelagiri, déjà bien développé, pas question de se reposer sur ses lauriers : l'école d'informatique dont le Père GUEZOU nous proposait le projet lors de son dernier message, commence à fonctionner avec un minimum de matériel dans les locaux réaménagés à cet effet. Une voie d'avenir réservée jusqu'à présent à une petite élite s'ouvre ainsi à des jeunes issus de familles totalement démunies. Les laboratoires de physique-chimie de l'école d'Athanavoor sont en construction, de même la maison pour les petites filles de lépreux qui jusqu'à présent habitaient chez Léo et Nirmala vient de démarrer.

A TIRUPATTUR, le Père P.M. Thomas élargit son action contre l'échec scolaire : pour intervenir le plus tôt possible, il a tondé une crèche adaptée à des entants souvent traumatisés par un milieu familial éclaté ou violent. Grâce à la générosité de nos donateurs, le bâtiment provisoire a été remplacé par un bâtiment en dur. Parallèlement, une action de conseil familial se développe ainsi que des ateliers de formation pour adules, afin d'aider les femmes en situation de détresse (souvent abandonnées par leur mari) à gagner leur vie.

A MADRAS et BANGALORE, les centres ANBU ILLAM pour les enfants des rues continuent à se développer, avec de nouveaux bâtiments et des centres de formation professionnelle pour les plus stables de ces jeunes.

Une région pionnière : Pavur au Kerala

L'an dernier nous vous avions présenté la mission de Velathiculam, dans le Sud du Tamil Nadu ; cette année c'est à Pavur, à l'extrême Nord du Kerala, que nous entraîne le Père Guézou. En un saisissant raccourci historique, nous y découvrirons une situation très proche de celle qu'il a découverte il y a quarante ans en arrivant sur la colline du Yelagiri.

Parti de Bangalore, l'avion se pose amins d'une heure plus tard à Mangalam. L'atterrissage est impressionnant : la région est très ondulée (nous sommes sur le "ghât" occidental) et la piste va d'un bout à l'autre d'un plateau très escarpé. Une voiture poussive conduite par un chauffeur timoré (c'est rare en Inde) nous emmène jusqu'à Pavur, petite bourgade à quelques dizaines de kilomètres de la mer.

C'est là que le Père M.G. THOMAS nous accueille. Avec courage et humilité, il a accepté de se rendre à Pavur, où personne ne voulait aller en raison des nombreux obstacles qu'il faut surmonter. Dans un périmètre réduit, on parle en effet quatre langues différentes : le Konkani, langue réservée à un usage liturgique; le Kannada, langue de l'état du Karnataka; le Tulu, parlé par les tribus; le Malayalam, mais dans un dialecte très différent du malayalam parlé dans le reste du Kerala.

La population du district de Pavur est composée à 60% de musulmans, assez riches, doués pour les affaires et prompts à exploiter les tribus; et il y a les Koraga, (parmi eux 10% de chrétiens) dont s'occupe particulièrement le père M.G. THOMAS. Ce sont des tribus de tradition semi-nomade, à qui le développement de la civilisation interdit désormais de demeurer dans leur isolement primitit, mais qui jusqu'à présent refusent obstinément de s'intégrer véritablement et de travailler, moins par mauvaise volonté qu'en raison d'un profond sentiment d'infériorité. Chaque famille possède une petite meute de chiens, mais aucun bétail. Le gouvernement t et le diocèse leur ont donné du terrain, dont ils ne font rien.

Les Koragas sont par nature simples et honnêtes, mais, incapables de former des projets à moyen ou long terme, ils se satisfont du strict minimum et s'en remettent aisément à une assistance extérieure. Ils se contentent souvent d'un seul repas par jour et entretiennent une solide tradition d'alcoolisme. Loin de représenter le mythe du sauvage heureux, ils vivent dans une grande misère physique et morale et sont souvent exploités.

Par rapport au reste de la région, la tribu accuse un très net retard au niveau de l'éducation. Malgré de fortes incitations, le taux de scolarisation reste bas et celui d'échec scolaire élevé scolaire élevé.

En résumé, il s'agit d'une population qui végète dans un état de dépression collective et d'intime conviction de leur impuissance, qui aboutit à un laisser-aller jusque dans l'hygiène la plus élémentaire, d'où des maladies endémiques comme la gale ou la tuberculose. On recense également quelques cas de lèpre. Pour aider ces gens à se prendre en main, le Père Thomas, selon la méthode salésienne, donne la priorité à l'éducation des jeunes, chez qui il sera plus facile de susciter énergie et enthousiasme. A condition de s'armer de patience! Pas question ici d'imposer un plan de développement qui éterniserait l'état d'assistance et de dépendance; il faut amener ces gens à se prendre petit à petit en charge, les aider à regagner la conscience de leur dignité.

Nous arpentons, en compagnie du Père Thomas, le terrain que le diocèse propose aux Koragas. Le paysage est composé de petits mamelons assez escarpés. Au loin miroite la mer. La terre est rouge et dure : c'est de la latérite. E1le est très friable, ce qui pose des problèmes pour les puits; mais il y a de l'eau en quantité très suffisante, et la terre est très facilement bonifiable, comme le prouvent les plantations musulmanes où prospèrent cocotiers, bananiers et noyers de cajou. Il pourrait aussi y avoir des pâturages : le lait se vend bien. Le terrain des tribus, pour le moment, est pelé et seulement parsemé de noyers de cajou qui buissonnent faute d'être élagués et entretenus. La seule chose que font les gens des tribus, c'est de couper les feuilles vertes et de les vendre pour presque rien comme compost aux musulmans, entretenant ainsi leur infériorité. Ils ont tellement peu le sens du lendemain que l'idée de faire pousser un arbre les dépasse complètement : ils préfèrent couper l'arbrisseau et le brûler. L'exploitation serait facile en installant des réservoirs au sommet des collines pour faire de l'irrigation. Tout est réalisable, à condition d'obtenir le plus difficile : la motivation des gens eux-mêmes.

Quelques familles sont un peu plus dynamiques, et le Père Thomas compte s'appuyer sur elles pour initier un effet d'entraînement et en faire des modèles pour le voisinage. Il faut que le sursaut vienne d'eux-mêmes, c'est pourquoi le Père s'interdit de faire venir d'autres keralites comme lui pour l'assister : il ne s'agit pas d'exploiter le terrain à leur place, ce qu'ils resssentiraient comme une colonisation et ce qui les renforcerait dans leur sentiment d'impuissance.

Le Père Thomas a d'abord côtoyé les Koragas pendant plusieurs mois, il a appris à les connaître et a ravivé la vie paroissiale pour les chrétiens de Pavur. Puis il a élaboré un projet sur trois ans, dont nous vous proposons d'aider le démarrage.

1 . Le sens de la dignité humaine :

l'effort le plus important et le plus long consiste à aider les koragas à former une meilleure image d'eux-mêmes, à prendre conscience de leurs capacités et tout simplement à faire progresser l'état sanitaire général, par l'éducation et la mise en place d'un dispensaire. Les familles qui trouvent le courage d'entretenir leur terrain et souhaitent remplacer leur hutte misérable et insalubre par une maison en brique, sont aidées.

2. L'éducation :

un gros travail de persuasion a déjà commencé auprès des familles pour que tous les enfants soient scolarisés et que ceux qui ont abandonné retournent à l'école. La scolarisation est déjà en bonne progression. Les jeunes frères salésiens qui assistent le Père Thomas organisent en outre des cours de soutien pour tous les âges, rencontrent un réel succès. Pour renforcer leur efficacité et favoriser l'émulation, un semi-internat inspiré de celui du Yelagiri est en cours de construction. Comme l'école est très éloignée et que les bus sont trop chers, il faudra également construire une école à proximité de Pavur. Un terrain existe déjà, mais la construction n'est pas encore financée.

3. La formation professionnelle :

Un petit centre d'apprentissage technique est prévu, pour donner aux jeunes un avenir autre que celui de coolie ou de tresseur de panier. Il commencera par les métiers les plus courants (plomberie, électricité, etc.) et à terme, comme sur le Yelagiri, une formation à l'informatique est envisagée, clef de l'Inde de demain.

4. Le développement agricole :

il faut commencer par enclore les terrains. Déjà des pieux en granit ont été achetés dans ce but. Il faut ensuite cultiver et bonifier les sols, ce qui prendra plusieurs années. Il est enfin nécessaire de creuser de nouveaux puits, et installer des systèmes d'irrigation.

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Le Père Guézou a suivi de près ces premiers pas d'une mission difficile : le Père M.G. Thomas travaille véritablement dans le même esprit que lui, au service de ceux qui n'ont rien et qui ne se savent pas aimés. Au cours des discussions avec le Père Thomas, nous avons pu mesurer à quel point l'oeuvre du Père Guézou sur le Yelagiri est non seulement un modèle de réalisations concrètes dans une région où toute initiative semblait vouée à l'échec, mais aussi et surtout une source de courage et d'espoir pour tous les salésiens d'Inde du Sud.

avez-vous

remarqué ?

Nous avons souligné ce passage où il est question de la formation à l'informatique sur le Yelagiri : c'est bien ce dont nous parle Paranthamen, le filleul de la Relâche, dans sa lettre dont vous trouvez la copie sur la page qui le concerne.

1999/2000

Hommage à Léon Duhayon

A la veille de repartir une dernière fois en Inde et au seuil du nouveau millénaire, Léon Duhayon, fondateur de l'association et défenseur acharné de la cause du plus pauvre et des laissés pour compte nous a quittés brusquement, à la fin du mois de mai dernier, victime d'un incendie. Vous avez été nombreux à soutenir sa famille et ses proches, notamment Paule Caplette qui l'a accompagné et soigné jusqu'au bout. Nous vous en remercions chaleureusement. Nous n'avons pas pu prévenir tout le monde tout de suite du fait de la soudaineté de l'accident et l'avons fait au fur et à mesure des réponses à vos courriers. Il faut souligner également que notre ami Léon qui sentait sa fin proche et ne laissait rien au hasard avait organisé son départ et donné des consignes de grande simplicité et de discrétion : sans fleurs, ni couronnes. . . , ni dépenses postales spécifiques pour que le surplus aille aux pauvres de l'Inde qu'il aimait comme sa propre famille.
Fort heureusement, le Père Guézou qui venait de rentrer pour les funérailles de son frère et prenait quelques jours de repos, a pu faire le dernier parcours avec lui. Léon Duhayon nous a quittés mais nous savons par vos témoignages que son esprit de dévouement anime toujours tous les amis de l'association.
Voici ce qu'écrit le Père au sujet de Léon Duhayon : " Nous travaillions ensemble depuis plus de quarante ans et des milliers de jeunes purent se lancer avec confiance dans la vie grâce à son amitié assidue. Tous l'appelaient "papa" et c'était vraiment le nom qui lui convenait le mieux, au regard de tout ce qu'il a fait pour nous. Beaucoup le prient aujourd'hui, convaincus qu'ils sont que leur grand ami ne peut les oublier. Si un verre d'eau donné au pauvre peut nous ouvrir le ciel, qu'en peut-il être pour celui qui, non content de donner, se donnait lui-même !
"
(le détail des nouvelles du yelagiri sera mis en lignes dans les prochains jours)

 

et voici la lettre que nous avons reçue de Leo pour Noël:


Greetings to you from all the children, Father Guezou, and every one of us in Don Bosco Centre. As we come to the end of this year, we thank God for all that we have received from Him, the good things ; and also the not so pleasant ones. There are many new developments in the mission, especially in the Computer Centre, and in the school ; with the new laboratory, Teachers' Quarters etc. Father Guezou, in spite of his poor health, is still working very hard, to see that everything goes on as perfectly as possible.
Christmas floods us with memories of Papa Duhayon on the hiII. He would have a Christmas gift for every child- a small car, a toy, a doll, a necklace of beads or ring, even an old watch that he had collected and repaired in France. He would be there on his knees, playing with the little boys and their little cars, admiring the little girls' new plastic earring or the beads. Yes, Papa brought Love, not only at Christmas but always, to the lepers, the young students, the street boys...to everyone! At all moment he lived up to the challenge posed by Christ's birth - to bring love, hope and joy into the hearts of men.
As we wish you a very happy Christmas and New Year, we also pray that each one of us be the carriers of this very same love, hope and joy to all around us at Christmas and throughout the New Year 2000'

With friendship and love, LEO


Milton Trager

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