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Les processions

Festivités religieuses en Ferrain, il y a plus d'un demi-siècle

Dans les années de l'immédiate après-guerre (1950 environ), les Archives Diocésaines de Lille ont lancé une enquête sur les dévotions locales dans le diocèse. On y trouve des pèlerinages, des rassemblements divers, dont il nous a semblé que les habitants du Ferrain pourraient être intéressés par les réminiscences. Quelles étaient ces fêtes religieuses, il y a 50 ans ?

Pélerinages

Il s'agit de manifestations de masse organisées autour d'un sanctuaire, à partir d'une région plus ou moins vaste. Le plus renommé du Ferrain est celui de La Marlière à la frontière franco-belge, qui rassemble pendant tout le mois de mai au sanctuaire de Notre-Dame des gens venant de toute la région de Roubaix-Tourcoing et Mouscron. En semaine, les paroisses se succèdent, le dimanche les pèlerins se pressent. Le jour de l'Ascension, on a du mal à pénétrer dans le sanctuaire encombré de personnes qui vont "recevoir les évangiles" et prendre un petit bout de prédication. Les commerçants de part et d'autre de la frontière profitent de cet afflux de pèlerins. Puis-je ici rappeler une rumeur que j'ai enregistrée, tout enfant : on aurait voulu tourner la Vierge de façon à ce qu'elle regarde la Belgique, mais la statue, d'elle-même, serait revenue se tourner vers la France ? Autre pèlerinage, moins massif, plus dispersé, celui de St Christophe avec la bénédiction des voitures automobiles. Un dimanche du mois de juillet, des cohortes d'automobiles et de vélos se rassemblent pour invoquer la protection du patron des voyageurs ; trois lieux étaient renommés pour cela : d'abord, honneur au patron de Tourcoing St Christophe, sur la Grand'Place, puis l'église du Sacré-Cœur à Marcq-en-Baroeul, dont la chapelle St Christophe était si connue que l'édifice pour certains était devenu St Christophe au Croisé-Laroche, enfin l'église de Ste Thérèse de l'Enfant-Jésus à Wattrelos, qui fut une des premières (la première ?) à chanter une messe solennelle en juillet avec bénédiction des autos et vélos. Quelques pèlerinages moins volumineux se réduisaient à une église, avec les paroissiens d'alentours. C'était le cas de Notre-Dame des Malades un dimanche de septembre à St Jean-Baptiste de Tourcoing ou de Notre-Dame de Toute-Bonté, protectrice des enfants dans leurs maladies, le jour de l'Assomption à St Jean-Baptiste de Roubaix ou encore de St Corneille à Hem avec procession des reliques et bénédiction des petits enfants, le troisième lundi de septembre : difficile au prédicateur de se faire entendre au milieu des bébés ; mieux valait être bref ! On pourrait y joindre à St Jean-Baptiste de Baisieux la procession en l'honneur de St Saulve le lundi de Pentecôte. Le saint est considéré comme le protecteur des animaux, vaches et chevaux. A Deûlémont, mais sans procession, on invoque bien St Symphorien pour les cochons… et pour les enfants. De même à Halluin, un pèlerinage pour Notre-Dame des Fièvres ou à Anstaing le rendez-vous traditionnel auprès de la fontaine St Laurent, le dimanche d'août le plus proche de sa fête (10 août), pour demander la protection contre toutes les maladies de peau qui produisent "le feu de St Laurent" et d'autres irritations de l'épiderme.

Neuvaines

Dans ce cas, la dévotion est souvent restreinte à la paroisse elle-même ; elle donne lieu à une série de cérémonies cultuelles et de prédications réparties sur neuf jours et clôturées par une solennité : grand'messe, parfois procession à l'intérieur du sanctuaire. C'était le cas à Comines St Chrysole, à Neuville St Quirin, à Wattrelos Ste Thérèse, pour les patrons de ces paroisses.

Dévotions individuelles

Elles sont souvent plus proches de la foi populaire en des saints protecteurs contre les maladies. Au tournant du XXème siècle, elles subsistaient encore fortement dans nos régions demeurées rurales. Quand un enfant tombait malade, les voisins s'organisaient pour être au nombre correspondant à l'âge de l'enfant et le matin très tôt ils partaient à pied vers un lieu de pèlerinage renommé pour "servir", ce qui signifiait demander la guérison de l'enfant. Ils y accomplissaient parfois des rites spécifiques : ainsi à Comines, on faisait trois fois le tour de la châsse de Saint Chrysole en récitant trois "Pater, Ave, Gloria", en l'honneur de la sainte Trinité. A Wervik en Belgique, m'a-t-on dit, on traversait l'église en diagonale, puis selon l'autre oblique, faisant ainsi un nœud qui était censé "dénouer" les intestins de l'enfant malade. A Saint Blaise de Tourcoing, contre les maladies de gorge et de poitrine, on applique sur la partie malade deux cierges croisés.

Les curés signalent que les pèlerins éventuels font bénir médailles, colliers, cordons, cierges ou même des linges à appliquer sur les parties malades du corps, réclament qu'on leur offre à baiser la relique du saint et qu'on récite sur eux l'évangile de la fête ; eux-mêmes prononcent volontiers les litanies du saint protecteur. Ils laissent parfois en souvenir de la guérison des ex-voto, objets de cire façonnés à l'image du membre guéri. On trouve près de certaines chapelles des linges suspendus aux arbres environnants ; ces "loques" ont servi aux malades pour leur guérison, d'où le nom de chapelles à loques ou des loques (devenue à Roubaix chapelle d'Elocques).

Parmi les paroisses qui reçoivent des visites de tels pèlerins, l'enquête de 1950 signale St Piat et St Roch (à qui l'on confie aussi les animaux familiers, sans doute à cause de son chien) à Roncq, St Philippe à Lannoy, mais c'est pour les eczémas et les abcès qu'on invoque St Marcou (ou Maclou ou encore Malo) en ce lieu. A Bousbecque, on venait servir contre "le feu de St Antoine", encore une maladie de peau. A St Joseph d'Hem, on invoque Ste Apolline pour les maux de dents et la dentition des enfants. Ste Marguerite à Comines est originale : on la prie quand une femme a espérance de famille, pour obtenir une heureuse délivrance ou encore pour être soulagé de douleurs rhumastismales. La chapelle du Croquet à Croix est aussi invoquée sous le vocable de Notre-Dame de Délivrance, pour les futures mamans et pour les jeunes enfants qui souffrent des yeux. Le souci de la santé des enfants se manifeste souvent dans le secteur roubaisien : on se déplace pour St Ghislain, protecteur des petits, à Toufflers, à Sailly-lez-Lannoy, à Roubaix St Sépulcre, à St Gérard de Wattrelos ; pour les enfants c'est à Ste Anne, la grand'mère, qu'on se dérange à Tourcoing.

Qu'on me permette de signaler en terminant l'originalité de Linselles : on y invoque Notre-Dame "pour la pluie et le beau temps et pour les enfants" et le curé mentionne : "autrefois, il y avait pèlerinage des Trois Maries : Hollebecque, Linselles, Dadizeele, du 8 au 15 septembre. Enfin, quelques dévotions récentes apparaissent : Ste Bernadette à Roubaix, Ste Thérèse à Wattrelos, Ste Rita à Lys-lez-Lannoy et à Notre-Dame de Consolation de Tourcoing.

Chanoine Roger Desreumaux Archiviste Diocésain

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