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Créer une revue revêt toujours un certain risque pour
ses initiateurs, à l’image de ce qui se passe à l’occasion du lancement
d’un produit nouveau… et a fortiori à l’occasion d’une
création d’entreprise, manifestation spectaculaire des phénomènes
entrepreneuriaux, objets d’attention privilégiés de cette nouvelle
publication académique.
Une des principales questions qui se pose en effet
à propos de cette initiative est celle de son utilité : quelles justifications
peut-on apporter au lancement d’une revue francophone à vocation
scientifique, spécialisée dans le champ de l’entrepreneuriat ? Les réponses
à cette question peuvent essentiellement se situer à deux niveaux:
En premier lieu, on doit constater que l’entrepreneuriat,
sous toutes ses formes, est aujourd’hui surtout présenté par les grands médias
sous la forme d’articles de type journalistique destinés à sensibiliser le
public sur les mérites de la démarche entrepreneuriale, que ce soit pour résoudre
des problèmes personnels d’emploi ou pour satisfaire des ambitions plus marquées
d’accomplissement personnel. La multiplication de ces descriptions de parcours
entrepreneuriaux est certes stimulante, mais risque à la longue d’être
dangereuse pour un lecteur non averti, imaginant surtout la réussite à
l’issue de ce type d’engagement. De plus, les recommandations normatives
destinées à rendre plus probable le succès de telles initiatives restent généralement
dans un registre que l’on peut qualifier d’intuitif et, à la limite, selon
l’avis de certains spécialistes, relèvent du domaine d’un certain “ folklore ”.
L’objectif de la nouvelle revue est donc
tout naturellement de dépasser ce positionnement pour créer un lieu de débat
et de réflexion utilisant les ressources de la méthode scientifique, et dont
les objets de discussion seront l’entrepreneur lui-même, l’organisation créée
ou reprise, les processus qui ont précédé et ensuite caractérisé l’événement
entrepreneurial dans sa durée, sans oublier l’étude des interactions entre
ces trois composantes essentielles et l’environnement au sein duquel elles
s’insèrent.
Une deuxième raison à l’origine de la création
de la revue est à trouver dans le développement récent de la recherche française
dans le domaine de l’entrepreneuriat, de la création et de la reprise
d’entreprise. Des équipes de recherche se sont constituées dans plusieurs
centres universitaires ou consulaires, des travaux collectifs ont été
initiés, des thèses de doctorat ont été soutenues, débouchant sur des
investigations à valeur scientifique reconnue, pouvant à ce titre alimenter le
débat autour de la spécificité des situations entrepreneuriales au sein des
sciences de gestion. Si le succès ou l’échec des initiatives
entrepreneuriales trouvent une grande part d’explication dans
l’utilisation plus ou moins heureuse par leurs promoteurs des
enseignements classiques de la gestion (stratégie, marketing, finance par exemple), il n’en reste pas moins qu’ils dépendent
aussi d’autres catégories de facteurs spécifiques au champ
étudié, que l’on
peut regrouper sous la bannière commode
des “ aléas de la nouveauté ” (“ liability of newness ”),
auxquels on ajoute parfois
ceux de l’adolescence (“ liability of adolescence ”) : une fois les
barrières à l’entrée
franchies, il reste à
affronter Les entreprises en place qui, elles, disposent sur les nouveaux
venus d’une avance notable du point de vue de la réputation et des actifs
accumulés. Du point de
vue de la théorie des organisations,
le passage de l’inexistant à l’existant qui caractérise
nombre de situations entrepreneuriales, constitue également une source féconde
de questionnements débouchant sur des travaux de qualité et originaux.
Abordons maintenant la question du
positionnement et des cibles visées par
la Revue. La première d’entre
elles est constituée par la communauté des enseignants-chercheurs spécialisés
dans le domaine, dont elle se propose de diffuser les résultats de
leurs recherches, de leurs réflexions et de leurs propositions. Mais
la revue vise également à faire bénéficier de ses travaux
l’ensemble des professionnels impliqués dans le mouvement de L’entrepreneuriat,
et notamment les nombreux acteurs du système d’appui à la création
et à la reprise
d’entreprise, soucieux de puiser
dans de nouvelles sources d’inspiration leur permettant de dynamiser l’entrepreneuriat
à tous les
niveaux. Pour autant, ce positionnement n’a pas
pour objet de concurrencer les revues
académiques déjà existantes, à vocation plus généraliste, qui
accueillent aujourd’hui un certain nombre de publications sur l’entrepreneuriat ; son rôle
est plutôt de les compléter, en permettant de donner au thème
choisi une place encore plus
forte qu’auparavant,
s’appuyant pour cela sur les manifestations
croissantes d’intérêt pour
le domaine par les jeunes
chercheurs, qui ont été évoquées plus haut.
Ainsi, l’objectif de la revue entre en résonance
avec les finalités de l’Académie de l’Entrepreneuriat, au sein de laquelle
avait germé l’idée de lancer une telle revue et nous soutenant dans ce
projet éditorial. Cette jeune association a pour but de promouvoir le développement
de l’enseignement de l’entrepreneuriat, mais aussi de susciter les
échanges autour des nombreuses problématiques du champ, dont certaines sont
encore loin d’être résolues, preuve s’il en est de sa nouveauté et du
potentiel qu’il peut représenter pour de jeunes chercheurs intéressés
et motivés.
Ce
premier numéro de lancement est justement consacré à des
articles issus de travaux doctoraux en sciences de gestion,
soutenus en totalité en France, et au cours
de
la dernière
décennie.
Ces travaux, d’une bonne tenue, contrastent par
leurs
approches qualitatives, parfois constructivistes, avec les démarches plus mécaniques,
souvent quantitatives, adoptées par les chercheurs anglo-saxons dans leurs
revues spécialisées, notamment le Journal of Business Venturing. Les deux
premiers articles nous présentent des conceptualisations ambitieuses et
originales, aptes à mieux représenter
le champ
de
l’entrepreneuriat et ses
principales manifestations, tandis que les deux
suivants rentrent
plus en détail dans l’examen des phénomènes qui
caractérisent
le fonctionnement de la jeune
entreprise pendant
sa phase de démarrage. Le dernier article, enfin,
revient
à certains
thèmes
fondamentaux de la discipline, comme
celui de
la décision de devenir
entrepreneur,
mais en les appliquant à un
sous-ensemble
spécifique de la population française, celui des ingénieurs.
Le
contenu des prochaines livraisons, obéissant forcément à des logiques différentes,
dépendra essentiellement des apports de la part des membres de la
communauté scientifique intéressés par
le
domaine, notamment par
le
biais des projets de publication qu’ils nous soumettront, Gageons que, très
vite, toutes les parties prenantes réagiront positivement à notre initiative
et nous soutiendront dans notre
effort
pour faire avancer la culture entrepreneuriale au sein de la communauté académique
et de la société civile.
Les
Rédacteurs en Chefs :
Robert
Paturel
Bertrand Saporta
Professeur à l'Université de Grenoble
II
Professeur à l'Université Bordeaux IV