Les travailleurs belges

De nos jours, ils viennent en vélo, chaque matin. Ou bien, pour ceux qui habitent au loin, des convois d'autobus payés par les usines s'en vont à l'aube les prendre en Belgique, dans leurs villages, pour les y ramener le soir. . Ils parlent, fument, chantent, tandis que les énormes machines suivent les étroits pavés à travers les Flandres et le Hainaut, s'arrêtant partout, desservant toute la zone frontalière, en un réseau serré, qui rayonne autour de Roubaix-Tourcoing jusque Tournai, Courtrai, Roulers et Ypres.

[" Quand les sirènes se taisent " - 1933]

Les " pots-au-burre ", (…) ce sont les ouvriers flamands qui viennent travailler en France, et s'en retournent le soir en Belgique.
A six heures, aux frontières, c'est ainsi un défilé incessant de lourds autocars bondés de Flamands, hommes et femmes, entassés pêle-mêle.

La pluie tombait à torrents, sur la grande route de Menin à Lille, où, cet après-midi, on attendait les autobus. On s'était réunis, tous ceux de Roubaix et de Tourcoing, au carrefour du Brun-Pain. On avait traversé Roncq. Et maintenant dans les fossés, de chaque côté du pavé, on attendait sous l'averse, l'arrivée des mastodontes, qui, vers le soir, devaient amener les ouvriers belges. (…) C'est alors qu'arriva l'autobus. (…) L'autobus fonçait. Le chauffeur, sans doute, avait deviné l'attaque, à voir autour de lui surgir ces formes noires. (…) Dauchy attendait, sans peur. Il laissa l'auto arriver sur lui. Et, en plein dans le pare-brise, il lança une énorme brique. La pierre creva la glace, s'abattit à l'intérieur. On entendit des cris d'effroi. Et d'autres briques commençaient à pleuvoir. L'auto s'arrêta. On s'y rua. Elle était pleine d'ouvriers belges, hommes et femmes. Plusieurs étaient blessés par les cailloux ou par le verre. (…) Tous les ouvriers furent jetés de l'auto sur le pavé. (…) - Retourne à t'maison, bande de Flahutes ! Sales Flamins ! Voleux d'pain ! Bradeux d'ouvrage Ils s'enfuirent en désordre. On les devinait, sous la pluie, qui se sauvaient, en pleine obscurité, vers Halluin et la frontière.

[" Quand les sirènes se taisent " - 1933]

Les " pots-au-burre ", les Flahutes, dit-on aussi ce sont les ouvriers flamands qui viennent travailler en France, et s'en retournent le soir en Belgique. Jadis, tous arrivaient pour la semaine entière avec leurs vivres. Ils n'achetaient rien, ne dépensaient pas un sou, vivaient à quatre et cinq dans un garni, et travaillaient avec cette patience courageuse de bête de labour qui caractérise la race ouvrière flamande. A eux les rudes besognes, (…) les places les plus pénibles dans la fabrique (…) Aussi, de tout temps, le peuple de Roubaix les a-t-il eus en grippe, ces gaillards bruyants et hardis, lents au parler, tenaces à la besogne. Et comme on les voyait autrefois passer la frontière, le lundi matin, débarquer des trains avec leur pain de six livres, leurs oeufs, leur lard, et aussi leur fameux pot de beurre, on les avait affublés du surnom patois de "pots-au-burre".

[" Quand les sirènes se taisent " - 1933]

Sobres, satisfaits de peu, ces Belges ne dépensent guère, rapportent chez eux la semaine entière, accrue des quarante pour cent du change.

[" Quand les sirènes se taisent " - 1933]

Retourne à t'maison, bande de Flahutes !
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