On demandait les cartes pour un jeu de piquet. On s'essayait aux fléchettes, aux boules, au javelot. Devant la porte, on jouait aux dés, au bouchon. Tous ces gens-là semblaient ne pouvoir laisser leurs mains oisives. Il fallait, comme de l'alcool à leur palais, la fièvre du jeu en leur esprit. Ils jouaient, non comme on se distrait, mais comme on se bat, avec passion, une espèce de rage muette de frénésie de la lutte et du gain, qui tendait leurs traits durs, et leur faisait des masques violents et tourmentés.
[" L'Empreinte du dieu " 1936]
On revint du syndicat en bande, tous ceux de la rue des Longues-Haies. En passant devant l'estaminet Vouters, on y vit de la lumière. Et on entra pour boire un verre et parler encore. (…) Donc, entra toute une bande de la cour Renart, les Boli, les Dauchy, les Drouvin, d'autres. Leur arrivée tumultueuse emplit d'une gaieté bruyante l'étroite et longue salle triste du cabaret, au papier peint décoloré, au plafond fumeux, aux tables de bois brun graisseuses. On se groupa tout de suite autour du poêle de faïence, qui ronflait. On commanda des chopes et des genièvres. On ralluma cigarettes et pipes. Un lourde fumée montait dans l'atmosphère malsaine, jusqu'aux deux lyres à gaz d'où tombait une sale clarté jaune.
[" Quand les sirènes se taisent " - 1933]