Carrées, massives, avec leurs baies romanes, leurs toits d'ardoises raides, et leur tourelles crénelées aux angles, les Halles (…) Juste au milieu, dominant la cité, montait la tour. Un premier étage carré, terminé par une balustrade en grande brique, flanquée de quatre tourelles, lui formait une solide assise. Là-dessus, plus léger montait un second étage percé de quatre doubles haies gothiques à meneaux de pierre. Quatre clochetons à fleurons en rehaussaient les angles et donnait appui aux arc-boutants qui soutenaient le dernier étage, un superbe octogone de pierre aérien, svelte, percé sur chaque face d'une énorme baie, si audacieux, si heureusement évidé, qu'on ressentait, à le voir ainsi, élancé et robuste sur le ciel de Flandre, une étonnante et complexe impression de hardiesse et de stabilité.
[" Maria, fille de Flandre " - 1935]
Puis il lui fit admirer la structure même du beffroi, l'élégance des gigantesques baies, la hardiesse de la charpente qui soutient le carillon, et qui est, à proprement parler, le beffroi, la tour n'ayant que par extension pris ce nom. Des troncs énormes, à peine équarris, peints en rouge-brun, s'étayaient au mur de pierre, montaient obliquement jusque sous le couronnement, s'enchevêtraient là dans une charpente compliquée, d'où pendaient, côte à côte, noires et immobiles, les petites cloches du carillon. Plus bas, imposantes, blasonnées, couvertes d'inscriptions en sévère gothique, étaient les grosses cloches (…) Sur ces pièces de bois séculaires, des gens, par centaines, avait gravé des noms, des initiales (…)
[" Maria, fille de Flandre " - 1935]
Il était là, dans son petit réduit vitré, au milieu de la chambre de guet. Il s'était assis devant le clavier rustique, fait de commandes de bois poli, en forme de poignées. De grosses pièces de bois, sous ses pieds, servaient de pédales. Et, sur un pupitre, il avait placé la partition qu'il suivait du regard. Aux mains, il portait des sortes de gants de cuir, emmaillotant l'auriculaire et tout le rebord externe de la paume. Et, les poings fermés, il tapait ainsi sur les commandes, brutalement, parfois, à toute volée des deux bras, ou bien à gestes ralentis, s'attardant sur les mêmes touches, faisant traîner et frissonner la mélodie, comme si elle avait manqué de force.
[" Maria, fille de Flandre " - 1935]
- Va montrer l'horloge et le tambour à Germain, dit-il à Maria Et Maria fit descendre Germain dans une pièce juste au-dessous, où tout un mécanisme délicat enchevêtré travaillait avec de lents déclics (…) Le quart sonna. Germain et Maria regardèrent tourner lentement le colossal tambour de cuivre, percé de plus de trente mille trous, qui met en branle les cloches. Et ils sortirent, remontèrent sur le plate-forme où ils trouvèrent Jef occupé à inspecter les tringles de fer qui transmettent les mouvements du clavier (…)
[" Maria, fille de Flandre " - 1935]