La courée

Elle regardait maintenant la " cour ", sa " cour ", où elle était née, où elle avait toujours vécu. Deux rangées de maisons basses se faisaient face, six de chaque côté. Peintes à la chaux, avec des soubassements vernis au goudron, elles eussent paru uniformes, identiquement sales, vétustes et branlantes, aux yeux d'un étranger. Mais Laure les connaissait depuis toujours, et l'habitude les faisait dissemblables, à ses yeux.

[ " Quand les sirènes se taisent " - 1933]

le long noyau sombre par où l'on accédait à la courée.

Dans la nuit, elle entra dans le long noyau sombre par où l'on accédait à la courée. On n'y voyait rien. C'était comme un tunnel, un puits d'ombre (…). Brusquement, un coin de ciel carré se découpa devant elle, constellé.

["Quand les sirènes se taisent "- 1933]

Les gens, tous, lui paraissaient blêmes et sales, les gosses minables et dépenaillés, les bêtes même affamées et misérables

Des fils de fer, en réseau dense, formaient à travers toute la courée, à deux mètres du sol, comme une nappe serrée. La lessive du samedi y pendait, un étalage de hardes pauvres et multicolores que gonflait le vent. (…) Il semblait que pour la première fois elle vît l'infamie du quartier, toute la misère de ces maisons surpeuplées, de ces cabarets de débauche, de ces garnis envahis de Tchèques, de Polonais et d'Italiens, de ces courées pullulantes et empestées. Les gens, tous, lui paraissaient blêmes et sales, les gosses minables et dépenaillés, les bêtes même affamées et misérables.

[" Quand les sirènes se taisent " - 1933]

Elle regardait maintenant la " cour ", sa " cour ", où elle était née, où elle avait toujours vécu.
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