Ma mère ouvrit la fenêtre. Nous vîmes la cour, des maisons ouvrières, et, plus haut, des usines, des cheminées, des grues, des squelettes de machines de fer. (…) L'ombre cachait devant nous les courées, l'entassement des bicoques sordides. Sur le fond pâle du ciel crépusculaire montaient les silhouettes noires des cheminées et des fabriques. Les dernières sirènes s'étaient tues. Çà et là, des usines s'allumaient, vastes cages vitrées, hautes cathédrales d'acier, de verre et de béton armé. C'était l'heure où les équipes de nuit arrivaient pour le travail.
[" Le cœur pur " - 1948]
Ce fit à Laure une impression étrange, de se retrouver ainsi dans une fabrique vivante, trépidante, encombrée de machines d'acier poli et de fonte verte et noire, avec des courroies qu'on voyait monter et descendre, des poulies innombrables, les grandes ralenties, les petites vertigineuses. Une odeur de suint, de métiers, d'humanité, chauffait l'air, sous les lanterneaux obliques. (…) Les dynamos grondaient. Un fracas de métiers vous saisissait à peine entré. (…) Au doublage, les machines claquaient, les femmes allaient et venaient on parlait les poulies et les transmissions ronflaient. C'était la fabrique.
[" Quand les sirènes se taisent " - 1933]
La firme Grouan frères, Vassort et Cie comprend trois groupes d'énormes usines, dispersées dans Roubaix. Ici la filature, ailleurs la teinture, ailleurs encore la préparation, le tissage et l'apprêt. On les appelle usine A, usine B, usine C. J'entrai à l'apprêt. On me donna un emploi de foulonnier. Ça n'était pas difficile et je m'en tirai tout de suite.
[" Pêcheurs d'hommes " - 1940]